: Thomas Hardy
: Jude l'Obscur
: Books on Demand
: 9782322271429
: 1
: CHF 3.50
:
: Erzählende Literatur
: French
: 369
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Tout en exerçant son métier de maçon, Jude Fawley rêve d'une vie meilleure et s'acharne à acquérir le savoir et la culture. La passion qui naît en lui pour sa cousine Sue, mariée à un maître d'école, va lui faire entrevoir d'autres horizons de bonheur et les conduire tous deux à la perdition.

Thomas Hardy, né le 2 juin 1840 à Stinsford, à Dorchester, et mort le 11 janvier 1928 à Dorchester, est un poète et écrivain britannique appartenant au courant naturaliste. Auteur devenu aujourd'hui classique, il a tout particulièrement influencé D. H. Lawrence et John Cowper Powys.

II

Délicat comme était Jude Fawley, il porta sans s’arrêter les seaux pleins d’eau jusqu’au cottage. Sur la porte était un petit rectangle de carton bleu, où étaient peints en lettres jaunes ces mots : « Drusilla Fawley, boulangère. » Derrière les petits carreaux plombés de la fenêtre – cette maison était une des plus anciennes du pays – il y avait cinq bocaux de bonbons, et trois gâteaux sur une assiette à ramages.

Tandis qu’il vidait ses seaux derrière la maison, Jude pouvait entendre une conversation animée qui continuait à l’intérieur, entre sa grand-tante, la Drusilla de l’enseigne, et quelques autres villageoises. Ayant vu le départ du maître d’école, elles discutaient sur les détails de l’évènement et se plaisaient à en tirer des pronostics pour l’avenir.

– Qui est donc celui-là ? demanda l’une, qui paraissait n’être pas du pays, quand le garçon entra.

– Vous pouvez bien me le demander, mistress Williams. C’est mon petit-neveu. Il n’était pas ici la dernière fois que vous êtes venue.

La vieille bonne femme qui répondait était une grande maigre ; elle parlait d’un ton tragique sur lesujet le plus trivial et adressait une phrase de sa conversation à chaque auditeur à son tour. « Il vient de Mellstock, dans le Vessex méridional, il y a un an déjà, – il n’a pas eu de chance, Belinda – (setournant à droite) : son père vivait dans ce pays ; il attrapa le mal de la mort, et mourut en deux jours, comme vous savez, Caroline. (Se tournant à gauche) : C’eût été une bénédiction si la Providence t’avait enlevé aussi, avec ta mère et ton père, toi, pauvre enfant inutile !… Mais je l’ai pris ici pour rester avec moi, jusqu’à ce que je puisse voir ce que je ferai de lui, quoique je sois obligée de le laisser gagner un penny quand il en trouve l’occasion. Précisément, en ce moment, il écarte les oiseaux dans les champs du fermier Troutham. Cela l’empêche de mal faire. – Pourquoi te tournes-tu, Jude ? continua-t-elle, en s’adressant à l’enfant qui sentait pleuvoir les regards comme des soufflets sur son visage et détournait la tête.

La blanchisseuse du pays répondit que Mmeou MlleFawley (comme on la nommait indifféremment) avait fait peut-être un très bon calcul en prenant Jude avec elle. « Pour vous tenir compagnie dans votre solitude, chercher l’eau, fermer les volets le soir, et vous aider un peu dans la boulangerie. »

Miss Fawley