Se porte dans l’air tout d’un coup
Par sa propre force organique,
Tel l’amour puissant, sympathique,
Qui forme tout et nourrit tout.
Il faut, avant tout, considérer cette scène comme un épilogue que Goethe donne à son œuvre, et qui sert de pendant au prologue de la première partie deFaust, dans lequel Méphistophélès, en présence de la cour céleste, demande au Père Éternel la permission de tenter le vieux Docteur. C’est entre ce prologue, dont on trouve l’idée première dans le livre de Job, et cet épilogue, qui donne l’occasion à Goethe, ainsi que nous le verrons plus tard, de mettre en lumière ses idées sur la théologie, qu’est renfermé le drame de l’existence de Faust, cette existence insatiable à laquelle la science, l’amour et la conquête ne suffisent pas. Quant à ce qui regarde l’action, il faut en prendre son parti, et, de plus, ne pas se montrer trop exigeant à l’endroit de la clarté ; car il s’agit ici de théologie, de mysticisme, et de mysticisme allemand. Cependant, si toutes ces raisons ne suffisaient pas pour expliquer la présence de tant de personnages bien excentriques, disons-le tout à notre aise, et qui semblent au premier abord ne prendre point de part au mystère qui se joue, Goethe pourrait répondre qu’il a voulu représenter en eux l’amour, la quiétude au sein de Dieu, opposés à la spéculation turbulente de Faust. La nature parle de Dieu sans cesse, et conduit vers Dieu celui qui sait la comprendre ; voilà le sens qu’il faut donner à la présence des anachorètes : ils ont contemplé la nature avec cette intelligence divine des choses qui manquait à Faust, à son activité ; et ces hommes, au lieu de tomber par le désespoir dans le sensualisme,éternelle soif de la soif (ewiger Durst nach dem Durste), ont conquis la béatitude ineffable, du sein de laquelle ils intercèdent, ô néant de la science humaine ! pour l’orgueilleux alchimiste.
Arrêtons-nous un moment pour contempler la divine comédie. Voilà bien tous les degrés de la céleste nature, depuis l’initiation au sortir de la vie terrestre jusqu’à la béatitude suprême au sein de Dieu : les Enfants Bienheureux, les Chérubins, les Anges, les Séraphins, et, pour tous ces membres de la hié