: Honoré de Balzac
: Illusions perdues Scènes de la vie de province
: Books on Demand
: 9782322236145
: 1
: CHF 3.50
:
: Erzählende Literatur
: French
: 950
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Lucien de Rubempré, jeune angoumoisin ambitieux et idéalement beau, monte à Paris pour y chercher la gloire littéraire. Dangereusement adulé par les siens - sa soeur, son meilleur ami et futur beau-frère -, il rejoint la capitale sans aucune idée des difficultés qui l'attendent. Il y perdra ses illusions en découvrant toutes les bassesses du milieu de l'édition. Finalement, il optera pour le journalisme qui, lui, semble rémunérateur et lui procurera une gloire illusoire et toute temporaire. Suite à des intrigues politiques que sa naïveté et son orgueil n'ont pu lui permettre de prévoir, Lucien se retrouvera condamné à la misère et cause de la ruine des siens. Il reviendra dans son Angoulême natale, où il tentera en fin de compte de se suicider. Il est sauvé par l'apparition impromptue du prétendu abbé Carlos Herrera. Qui n'est autre que le forçat Vautrin, ainsi que nous apprendra la suite de son histoire, qui se poursuit dans Splendeurs et misères des courtisanes.

Honoré de Balzac, né Honoré Balzac le 20 mai 1799 à Tours et mort le 18 août 1850 à Paris, est un écrivain français.

Comme un phare éternel.

– Comprenez-vous ce calembour ? dit Amélie à monsieur du Châtelet en lui adressant un regard de coquetterie.

– C’est des vers comme nous en avons tous plus ou moins fait au sortir du collège, répondit le baron d’un air ennuyé pour obéir à son rôle de jugeur que rien n’étonnait. Autrefois nous donnions dans les brumes ossianiques. C’était des Malvina, des Fingal, des apparitions nuageuses, des guerriers qui sortaient de leurs tombes avec des étoiles au-dessus de leurs têtes. Aujourd’hui, cette friperie poétique est remplacée par Jéhova, par les sistres, par les anges, par les plumes des séraphins, par toute la garde-robe du paradis remise à neuf avec les mots immense, infini, solitude, intelligence. C’est des lacs, des paroles de Dieu, une espèce de panthéisme christianisé, enrichi de rimes rares, péniblement cherchées, comme émeraude et fraude, aïeul et glaïeul, etc. Enfin, nous avons changé de latitude : au lieu d’être au nord, nous sommes dans l’orient ; mais les ténèbres y sont tout aussi épaisses.

– Si l’ode est obscure, dit Zéphirine, la déclaration me semble très claire.

– Et l’armure de l’archange est une robe de mousseline assez légère, dit Francis.

Quoique la politesse voulût que l’on trouvât ostensiblement l’ode ravissante à cause de madame de Bargeton, les femmes, furieuses de ne pas avoir de poète à leur service pour les traiter d’anges, se levèrent comme ennuyées, en murmurant d’un air glacial :très bien, joli, parfait.

– Si vous m’aimez, vous ne complimenterez ni l’auteur ni son ange, dit Lolotte à son cher Adrien d’un air despotique auquel il dut obéir.

– Après tout, c’est des phrases, dit Zéphirine à Francis, et l’amour est une poésie en action.

– Vous avez dit là, Zizine, une chose que je pensais, mais que je n’aurais pas aussi finement exprimée, repartit Stanislas en s’épluchant de la tête aux pieds par un regard caressant.

– Je ne sais pas ce que je donnerais, dit Amélie à du Châtelet, pour voir rabaisser la fierté de Naïs qui se fait traiter d’archange, comme si elle était plus que nous, et qui nous encanaille avec le fils d’un apothicaire et d’une garde-malade, dont la sœur est une grisette, et qui travaille chez un imprimeur.

– Puisque le père vendait des biscuits contre les vers, dit Jacques, il aurait dû en faire manger à son fils.

Il continue le métier de son père, car ce qu’il vient de nous donner me semble de la drogue, dit Stanislas en prenant une de ses poses les plus agaçantes. Drogue pour drogue, j’aime mieux autre chose.

En un moment chacun s’entendit pour humilier Lucien par quelque mot d’ironie aristocratique. Lili, la femme pieuse, y vit une action charitable en disant qu’il était temps d’éclairer Naïs, bien près de faire une folie. Francis, le diplomate, se chargea de mener à bien cette sotte conspiration à laquelle tous ces petits esprits s’intéressèrent comme au dénouement d’un drame, et dans laquelle ils virent une aventure à raconter le lendemain.

L’ancien consul, peu soucieux d’avoir à se battre avec un jeune poète qui, sous les yeux de sa maîtresse