: George Sand
: Isidora
: Books on Demand
: 9782322454174
: 1
: CHF 3.50
:
: Erzählende Literatur
: French
: 236
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Il s'agit de l'histoire d'une femme à deux visages : Julie, nommée également Isidora. La première, femme de jour, semble incarner la vertu. La seconde, femme es nuit, est une véritable courtisane, ayant mauvaise réputation au sein de la société et de sa belle-famille.

George Sand, nom de plume d'Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, par mariage baronne Dudevant, est une romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876.

DEUXIÈME PARTIE. ALICE.


Dans un joli petit hôtel du faubourg Saint-Germain, plusieurs personnes étaient réunies autour de madame de T*** Que madame de T*** fût comtesse ou marquise, c’est ce que je n’ai pas retenu et ce qui importe le moins. Elle avait un nom plus doux à prononcer qu’un titre quelconque : elle s’appelait Alice.

Elle était ce jour-là au milieu de ses nobles parents ; aucun ne lui ressemblait. Ils étaient rogues et fiers. Elle était simple, modeste et bonne.

C’était une femme de vingt-cinq ans, d’une beauté pure et touchante, d’un esprit mur et sérieux, d’une tournure jeune et pleine d’élégance. Au premier abord, cette beauté avait un caractère peut-être trop chaste et trop grave pour qu’il y eût moyen de mettre, comme on dit, un roman sur cette figure-là. L’extrême douceur du regard, la simplicité des manières et des ajustements, le parler un peu lent, l’expression plus juste et plus sensée qu’originale et brillante, tous ces dehors s’accordaient parfaitement avec tout ce que le monde savait de la vie d’Alice de T*** Un mariage de convenance, un veuvage sans essai et sans désir de nouvelle union, une absence totale de coquetterie, aucune ambition de paraître, une conduite irréprochable, une froideur marquée et quelque peu hautaine avec les hommes à succès, une bienveillance désintéressée à l’égard des femmes, des amitiés sérieuses sans intimité exclusive, c’était là tout ce qu’on en pouvait dire. Lions et lionnes de salons la détestaient et la déclaraient impertinente, bien qu’elle fût d’une politesse irréprochable, savante même, et calculée comme l’est celle d’une personne fière à bon droit, au milieu des sots et des sottes. Les gens de cœur et d’esprit, qui sont en minorité dans le monde, l’estimaient au contraire ; mais ils lui eussent voulu plus d’abandon et d’élan.

Quelques observateurs l’étudiaient, cherchant à découvrir un secret de femme sous cette réserve inexplicable ; mais ils y perdaient leur science. Cependant, disaient-ils, cet œil noir si calme a des éclairs rapides presque insaisissables ; ces lèvres qui parlent si peu ont quelquefois un tremblement nerveux, comme si elles refoulaient une pensée ardente ; cette poitrine si belle et si froide a comme des tressaillements mystérieux. Puis tout cela s’efface avant qu’on ait pu l’étudier, avant qu’on puisse dire si c’est une aspiration violentée par la prudence, ou quelque bâillement de profond ennui étouffé par le savoir-vivre.

Revenue depuis peu de jours de la campagne, elle revoyait ses parents pour la première fois depuis six mois environ. Ils avaient remarqué qu’elle était changée, amincie, pâlie extrêmement, et que sa gravité ordinaire avait quelque chose d’une nonchalance chagrine.

— Ma nièce, lui disait sa vieille tante la marquise, la campagne ne vous a point profité cette année. Vous y êtes restée trop longtemps, vous y avez pris de l’ennui.

— Ma chère, disait une cousine fort laide, vous ne vous soignez pas. Vous montez trop à cheval ; j’en suis sûre, vous lisez la soir, vous vous fatiguez. Vos lèvres sont blêmes et vos yeux cernés.

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