: George Sand
: Gabriel
: Books on Demand
: 9782322453627
: 1
: CHF 3.50
:
: Erzählende Literatur
: French
: 171
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Le Prince de Bramante avait deux fils. L'un deux lui déplut fortement et il le répudia. Les deux fils moururent. Celui qui avait encouru la colère du prince était le père d'un garçon nommé Astolphe, l'autre avait eu une fille. Le Prince de Bramante ne voulut pas se résoudre à suivre la loi qui le contraignait à laisser son titre et sa fortune à un héritier mâle, donc à Astolphe. Il décida de faire passer sa petite fille pour un garçon, de l'élever comme tel, de lui laisser ignorer son véritable sexe et de la dégoûter de la condition féminine. C'est ainsi que, le jour de ses seize ans, Gabriel reçoit de son grand-père la révélation de sa véritable nature...

George Sand, nom de plume d'Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, par mariage baronne Dudevant, est une romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876.

PROLOGUE


Au château de Bramante.

Scène première

LE PRINCE, LE PRÉCEPTEUR, MARC

(Le prince est en manteau de voyage, assis sur un fauteuil. Le précepteur est debout devant lui. Marc lui sert du vin.)

 

LE PRÉCEPTEUR

Votre altesse est-elle toujours aussi fatiguée ?

 

LE PRINCE

Non. Ce vieux vin est ami du vieux sang. Je me trouve vraiment mieux.

 

LE PRÉCEPTEUR

C’est un long et pénible voyage que votre altesse vient de faire… et avec une rapidité…

 

LE PRINCE

À quatre-vingts ans passés, c’est en effet fort pénible. Il fut un temps où cela ne m’eût guère embarrassé. Je traversais l’Italie d’un bout à l’autre pour la moindre affaire, pour une amourette, pour une fantaisie ; et maintenant il me faut des raisons d’une bien haute importance pour entreprendre, en litière, la moitié du trajet que je faisais alors à cheval… Il y a dix ans que je suis venu ici pour la dernière fois, n’est-ce pas, Marc ?

 

MARC, très-intimidé.

Oh ! oui, monseigneur.

 

LE PRINCE

Tu étais encore vert alors ! Au fait, tu n’as guère que soixante ans. Tu es encore jeune, toi !

 

MARC

Oui, monseigneur.

 

LE PRINCE, se retournant vers le précepteur.

Toujours aussi bête, à ce qu’il paraît ? (Haut.) Maintenant laisse-nous, mon bon Marc, laisse ici ce flacon.

 

MARC

Oh ! oui, monseigneur. (Il hésite à sortir.)

 

LE PRINCE, avec une bonté affectée.

Va, mon ami…

 

MARC

Monseigneur… est-ce que je n’avertirai pas le seigneur Gabriel de l’arrivée de votre altesse ?

 

LE PRINCE, avec emportement.

Ne vous l’ai-je pas positivement défendu ?

 

LE PRÉCEPTEUR

Vous savez bien que son altesse veut surprendre monseigneur Gabriel.

 

LE PRINCE

Vous seul ici m’avez vu arriver. Mes gens sont incapables d’une indiscrétion. S’il y a une indiscrétion commise, je vous en rends responsable.

(Marc sort tout tremblant.)

Scène II

LE PRINCE, LE PRÉCEPTEUR

 

LE PRINCE

C’est un homme sûr, n’est-ce pas ?

 

LE PRÉCEPTEUR

Comme moi-même, monseigneur.

 

LE PRINCE

Et… il est le seul, après vous et la nourrice de Gabriel, qui ait jamais su…

 

LE PRÉCEPTEUR

Lui, la nourrice et moi, nous sommes les seules personnes au monde, après votre altesse, qui ayons aujourd’hui connaissance de cet important secret.

 

LE PRINCE

Important ! Oui, vous avez raison ; terrible, effrayant secret, et dont mon âme est quelquefois tourmentée comme d’un remords. Et dites-moi, monsieur l’abbé, jamais aucune indiscrétion…

 

LE PRÉCEPTEUR

Pas la moindre, monseigneur.

 

LE PRINCE

Et jamais aucun doute ne s’est élevé dans l’esprit des personnes qui le voient journellement ?

 

LE PRÉCEPTEUR

Jamais aucun, monseigneur.

 

LE PRINCE

Ainsi, vous n’avez pas flatté ma fantaisie dans vos lettres ? Tout cela est l’exacte vérité ?

 

LE PRÉCEPTEUR

Votre alte