: George Sand
: Jean Ziska
: Books on Demand
: 9782322454853
: 1
: CHF 3.50
:
: Historische Romane und Erzählungen
: French
: 187
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
George Sand n'a guère pratiqué le roman historique. Elle a pourtant composé en 1843 un récit à la gloire de Jean Zizka (1424), le général tchèque qui mit son glaive au service de l'hérésie nationale, le hussitisme ; allant de victoire en victoire, il réussit à faire plier l'empereur Sigismond et terrorisa la Chrétienté entière cinq années durant. Tout acquise aux idées du socialisme naissant, Sand exalte en lui le défenseur des pauvres et des femmes, le chantre de la liberté de pensée, le champion de l'identité slave. Jamais réédité depuis 1864, cet ouvrage traduit l'intérêt de la génération de 1848 pour les convulsions religieuses, sociales et nationales de la fin du Moyen Age, qui ont profondément marqué l'histoire européenne. Attentif aux"racines spirituelles de l'Europe" et au passé de chacun des pays membres, le lecteur du début du XXIe siècle découvrira avec Jean Zizka un épisode qui, par divers aspects, peut être considéré comme le premier chaînon des révolutions de notre temps.

George Sand, nom de plume d'Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, par mariage baronne Dudevant, est une romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876.

NOTICE


J’ai écrit Jean Ziska entre la première et la seconde partie de Consuelo, c’est-à-dire entre Consuelo et la Comtesse de Rudolstadt. Ayant eu à consulter des livres sur l’histoire des derniers siècles de la Bohême, où j’avais placé la scène de mon roman, je fus frappée de l’intérêt et de la couleur de cette histoire des Hussites, qui n’existait en français que dans un ouvrage long, indigeste, diffus, quasi impossible à lire. Et pourtant ce livre avait sa valeur et ses côtés saisissants pour qui avait la patience de les attendre à venir. Je crois en avoir extrait la moelle en conscience et rétabli la clarté qui s’y noyait sous le désordre des idées et la dissémination des faits.

GEORGE SAND.

Nohant, 17 janvier 1853.

 

L’histoire de la Bohême est peu répandue chez nous. Pour en faire une étude particulière il faudrait savoir le bohême et le latin. Or, ne sachant pas mieux l’un que l’autre, je me vois forcé d’extraire d’un gros livre, estimable autant qu’indigeste, quelques pages sur la guerre des Hussites, comme explications, comme pièces à l’appui (c’est ainsi qu’on dit, je crois), enfin comme documents à consulter entre les deux séries principales d’aventures que j’ai entrepris de raconter sous le titre de Consuelo. En parcourant la Bohême à la piste de mon héroïne, j’avais été frappé du souvenir des antiques prouesses de Jean Ziska et de ses compagnons. Je pris alors quelques notes ; et ce sont ces notes que je publie maintenant, avec prière aux lecteurs de ne prendre ceci ni pour un roman ni pour une histoire, mais pour le simple récit de faits véritables dont j’ai cherché le sens et la portée, dans mon sentiment plus que dans les ténèbres de l’érudition.

Les personnes qui s’adonnent à la lecture du roman ne se piquent pas, en général, d’un plus grand savoir que celles qui l’écrivent.

Il est donc arrivé que plusieurs dames m’ont demandé ingénument où le comte Albert de Rudolstadt avait été pêcher Jean Ziska ; ce que Jean Ziska venait faire dans mon roman, sur la scène du dix-huitième siècle ; enfin si Jean Ziska était une fiction ou une figure historique. Bien loin de dédaigner cette sainte ignorance, je suis charmé de pouvoir faire part à mes patientes lectrices du peu que j’ai lu sur cette matière, et de l’enrichir de quelques contradictions que je me suis permis de puiser à meilleure source ; oserai-je dire quelquefois sous mon bonnet ? Pourquoi non ? J’ai toujours eu la persuasion qu’un savant sec ne valait pas un écolier qui sent parler dans son cœur la conscience des faits humains.

Mon récit commence à la fin de ce fameux et scandaleux concile de Constance, où les bûchers de Jean Huss et de Jérôme de Prague vinrent apporter un peu de distraction aux ennuis des vénérables pères et des prélats qui siégeaient dans la docte assemblée. On sait qu’il s’agissait d’avoir un pape au lieu de deux qui se disputaient fort scandaleusement l’empire du monde spirituel. On réussit à en avoir trois. La discussion fut longue, fastidieuse. Les riches abbés et les majestueux évêques avaient bien là leurs maîtresses ; Constance était devenu le rendez-vous des plus belles et des plus opulentes courtisanes de l’univers ; mais que voulez-vous ? On se lasse de tout. L’Église de ce temps-là n’était pas née pour la volupté seulement ; elle sentait ses appétits de domination singulièrement méconnus chez les nations remuantes et troublées : le besoin d’un peu de vengeance se faisait naturellement sentir.

Le grand théologien Jean Gerson était venu là de la part de l’Université de Paris pour réclamer la condamnation d’un de ses confrères, le docte