: Charles Dickens
: L'abîme
: Books on Demand
: 9782322439461
: 1
: CHF 2.50
:
: Historische Romane und Erzählungen
: French
: 222
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Walter Wilding, riche négociant en vin, mène une vie heureuse auprès de sa mère, à qui il doit sa fortune et sa réussite sociale. A la mort de celle-ci, la découverte d'un terrible secret va bouleverser son existence : il n'est pas son vrai fils ! Rangé par la culpabilité d'avoir usurpé l'identité - et l'héritage - d'un autre, Walter décide de se lancer à la recherche de ce mystérieux double. Mais qui est donc le véritable Walter Wilding ? L'abîme, chef-d'oeuvre encore méconnu signé par deux grands noms de la littérature,conjugue le talent de Charles Dickens pour les ambiances et les personnages à celui de Wilkie Collins, génie des énigmes et du mystère.

Charles John Huffam Dickens est un romancier anglais. Il passa une enfance heureuse à Chatham au sein d'une famille modeste. Malheureusement, alors qu'il rejoint son père, muté à Londres, il doit arrêter ses études pour des raisons financières. Les difficultés sont telles que la famille se retrouve en grande misère et que son père est emprisonné pour dettes. A tout juste douze ans, Charles Dickens se retrouve employé dans une simple fabrique de cirage. Cette nostalgie de l'enfance heureuse et pure, cette obsession de la faim et de la pauvreté sont des thématiques et de réels sentiments qui se retrouveront dans son oeuvre. Quelques temps après, Charles Dickens entreprend tout de même trois années d'études et entre ainsi dans un cabinet juridique au service d'un avoué. Friand et passionné de littérature et de lectures en tout genre, il trouve une place en tant que sténographe dans une revue. En 1833, il fait ses débuts d'écrivain dans divers journaux et magazines de contes dans les quartiers populaires de Londres. C'est en 1836, que son premier livre de contes et autres pièces intitulées"Les Esquisses de Boz" (Boz étant son pseudonyme) paraît. Dès 1837, il commence à révéler son talent avec"Les Aventures de M. Pickwick", son succès est immédiat. Entre écriture et grands voyages, Charles Dickens est prolifique et inspiré. C'est à cette même époque qu'il se marie avec Catherine Hogarth. Pratiquement tous les romans de Charles Dickens seront publiés de façons mensuelles ou hebdomadaires. En pleine gloire, il se sépare de sa femme et devient à ce qu'on dit"le baladin national et international de l'Angleterre" car il fait alors des lectures à travers le monde : en Angleterre, en France et même aux États-Unis. Surmené et très nerveux, Charles Dickens ne se ménage pas et sa santé en pâtit. Le 9 juin 1865, il a un terrible et grave accident de chemin de fer qui le diminue physiquement. Le même jour, cinq ans plus tard, il meurt."Les Aventures d'Oliver Twist","De Grandes Espérances","Contes de Noël","David Copperfield" et"Un Conte des Deux Villes", font partie de ses oeuvres majeures.

Premier acte



Le rideau se lève


Au fond d’une cour de la Cité de Londres, dans une petite rue escarpée, tortueuse, et glissante, qui réunissait Tower Street à la rive de la Tamise, se trouvait la maison de commerce de Wilding et Co., marchands de vins. L’extrémité de la rue par laquelle on aboutissait à la rivière (si toutefois on avait le sens olfactif assez endurci contre les mauvaises odeurs pour tenter une telle aventure) avait reçu le nom d’Escalier du Casse Cou. La cour elle-même n’était pas communément désignée d’une façon moins pittoresque et moins comique : on l’appelait le Carrefour des Éclopés.

Bien des années auparavant, on avait renoncé à s’embarquer au pied de l’Escalier du Casse Cou et les mariniers avaient cessé d’y travailler. La petite berge vaseuse avait fini par se confondre avec la rivière ; deux ou trois tronçons de pilotis, un anneau, et une amarre en fer rouillé, voilà tout ce qui restait de la splendeur du Casse Cou. Il arrivait pourtant encore de temps à autre qu’une barque chargée de houille vint y aborder violemment. Quelques vigoureux chargeurs surgissaient alors de la vase, déchargeaient le bateau, transportaient le charbon dans le voisinage ; et puis on ne les voyait plus. D’ordinaire le seul mouvement commercial de l’Escalier du Casse Cou, c’était le transport des tonneaux pleins et des bouteilles vides remplissant et désemplissant les caves, entrant et sortant à grand bruit, chez Wilding et Co., marchands de vins. Encore ce mouvement n’était-il pas de tous les goûts, et pendant trois marées sur quatre, la sale eau grise de la rivière venait solitairement battre de son écume et de sa vase l’amarre et l’anneau rouillé. On eût dit que madame la Tamise, ayant entendu parler du Doge et de l’Adriatique, voulait, elle aussi, s’unir, au moyen de cet anneau, à son Doge, le Très Honorable Lord Maire, le grand conservateur de sa corruption et de ses souillures.

Vers la droite, à quelque deux cents mètres sur le monticule opposé, (touchant au bas de l’Escalier fantastique), on trouvait le Carrefour des Éclopés. Il appartenait tout entier à Wilding et Co., ce coin sordide. Leurs caves étaient creusées par-dessous, leur maison s’élevait par-dessus. Cette maison avait été réellement une habitation autrefois ; on voyait encore au-dessus de sa porte un antique auvent sans support, ce qui était naguère l’ornement obligé de toute demeure habitée par un bourgeois de Londres. Une longue rangée de petites fenêtres étroites perçait cette morne façade de briques et la rendait symétriquement disgracieuse ; au-dessus de tout on avait perché certaine coupole, où se balançait une cloche.

– Monsieur Bintrey, dit Walter Wilding, pensez-vous qu’un homme de vingt-cinq ans qui peut se dire en mettant son chapeau : Ce chapeau couvre la tête du propriétaire de cette propriété et le maître des affaires qui se font dans la maison, pensez-vous que cet homme, sans être orgueilleux, n’ait point le droit de se déclarer satisfait de lui-même ; le pensez-vous ?

Ainsi s’exprimait Walter Wilding dans son propre bureau, s’adressant à son homme de loi, et tout de suite, pour joindre l’action à la parole, il prit son chapeau, s’en coiffa, et remit ensuite ce meuble où il l’avait pris. Il fit tout cela sans outrepasser les bornes de la modestie qui lui était naturelle, car il était né modeste.

C’était un homme à l’air simple et franc, le plus naïf des hommes, que Walter Wilding, avec son teint blanc et rosé et son heureuse corpulence, étonnante chez un garçon de vingt-cinq ans. Ses cheveux bruns frisaient avec grâce, ses beaux yeux bleus avaient un attrait extraordinaire. Le plus communicatif des hommes aussi bien que le plus candide, – jamais il ne trouvait assez de paroles pour épancher sa gratitude et sa joie quand il croyait avoir quelque motif d’être reconnaissant ou joyeux.

Bintrey, au contraire, était un prudent compagnon, la réserve même. Ses yeux pouvaient être comparés à deux petits globules clignotants qui sortaient de deux grosses paupières au milieu d’une grosse tête chauve. En ce moment, Wilding le réjouissait fort, il trouvait que le franc langage du jeune homme et la simplicité de son cœur étaient deux choses bien comiques.

– Oui, dit-il, je pense que vous avez le droit d’être satisfait... Oui, vraiment... Ah ! ah !

Il y avait sur le bureau, des biscuits, une carafe, et deux verres.

– Aimez-vous le vieux porto de quarante-cinq ans ? dit Wilding.

– Si je l’aime ? répéta Bintrey, mais vous m’en avez fait assez boire...

– C’est du meilleur coin de notre meilleure cave, s’écria Wilding.

– Eh ! oui. Je vous remercie, monsieur... excellent vin !

Puis il se mit à rire de nouveau tout en élevant son verre et lui faisant les doux yeux. Il lui paraissait aussi bien plaisant qu’on pût se séparer sans regret d’un pareil vin et surtout le faire boire gratis à personne.

– Maintenant, reprit Wilding, qui apportait jusque dans la discussion des affaires une gaieté d’enfant, je crois que nous avons tout arrangé, monsieur Bintrey, et le mieux du monde.

– Le mieux du monde, reprit Bintrey.


– Nous nous sommes assuré un associé.


– Oui, nous nous sommes assuré un associé !... Oui, vraiment !

– Nous demandons dans les journaux une femme de cha