: Doyle Arthur Conan
: Le Monde Perdu
: Books on Demand
: 9782322440146
: 1
: CHF 4.40
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: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 307
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Quand le jeune journaliste Malone demande à son rédacteur en chef qu'un grand reportage lui soit confié, il se voit convié le soin d'interviewer le célèbre, l'irascible, le mégalomane professeur Challenger. Celui-ci de retour d'une expédition en Amérique du Sud prétend y avoir trouvé des animaux extraordinaires, mais il est la risée du monde scientifique. Lors d'une houleuse conférence scientifique à laquelle participe le professeur Challenger, une mission est décidée pour vérifier ses dires. L'équipe sera composée du Pr Summerlee, rival de Challenger, de Lord John Roxton, grand aventurier, et du jeune Malone...

Chapitre 1 - Tout autour de nous, des héroïsmes…


M. Hungerton, son père, n’avait pas de rival sur la terre pour le manque de tact. Imaginez un cacatoès duveteux, plumeux, malpropre, aimable certes, mais qui aurait centré le monde sur sa sotte personne. Si quelque chose avait pu m’éloigner de Gladys, ç’aurait été la perspective d’un pareil beau-père. Trois jours par semaine je venais aux Chesnuts, et il croyait dans le fond de son cœur que j’y étais attiré uniquement par le plaisir de sa société, surtout pour l’entendre discourir sur le bimétallisme ; il traitait ce sujet avec une autorité croissante.

Un soir, j’écoutais depuis plus d’une heure son ramage monotone : la mauvaise monnaie qui chasse la bonne, la valeur symbolique de l’argent, la dépréciation de la roupie, ce qu’il appelait le vrai taux des changes, tout y passait.

– Supposez, s’écria-t-il soudain avec une véhémence contenue, que l’on batte partout le rappel simultané de toutes les dettes, et que soit exigé leur remboursement immédiat. Étant donné notre situation présente, que se produirait-il ?

J’eus le malheur de lui répondre par une vérité d’évidence : à savoir que je serais ruiné. Sur quoi il bondit de son fauteuil et me reprocha ma perpétuelle légèreté qui, dit-il, « rendait impossible toute discussion sérieuse ». Claquant la porte, il quitta la pièce ; d’ailleurs il avait à s’habiller pour une réunion maçonnique.

Enfin je me trouvais seul avec Gladys. Le moment fatal était arrivé ! Toute cette soirée j’avais éprouvé les sentiments alternés d’espoir et d’horreur du soldat qui attend le signal de l’attaque.

Elle était assise : son profil, fier, délicat, se détachait avec noblesse sur le rideau rouge. Qu’elle était belle ! Belle, mais inaccessible aussi, hélas ! Nous étions amis, très bons amis ; toutefois, je n’avais pu me hasarder avec elle au-delà d’une camaraderie comparable à celle qui m’aurait lié tout aussi bien avec l’un de mes confrères reporters à laDaily Gazette : une camaraderie parfaitement sincère, parfaitement amicale, parfaitement asexuée… Il est exact que tous mes instincts se hérissent devant les femmes qui se montrent trop sincères, trop aimables : de tels excès ne plaident jamais en faveur de l’homme qui en est l’objet. Lorsque s’ébauche d’un sexe à l’autre un vrai sentiment, la timidité et la réserve lui font cortège, par réaction contre la perverse Antiquité où l’amour allait trop souvent de pair avec la violence. Une tête baissée, le regard qui se détourne, la voix qui se meurt, des tressaillements, voilà les signes évidents d’une passion ! Et non des yeux hardis, ou un bavardage impudent. Je n’avais pas encore beaucoup vécu, mais cela je l’avais appris… à moins que je ne l’eusse hérité de cette mémoire de la race que nous appelons instinct.

Toutes les qualités de la femme s’épanouissaient en Gladys. Certains la jugeaient froide et dure, mais c’était trahison pure. Cette peau délicatement bronzée au teint presque oriental, ces cheveux noirs et brillants, ces grands yeux humides, ce