: Jules Verne
: Clovis Dardentor
: Books on Demand
: 9782322457410
: 1
: CHF 3.50
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 271
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Marcel Lornans et son cousin Jean Taconnat s'embarquent pour l'Algérie avec l'intention de s'engager dans les chasseurs d'Afrique. Sur le même paquebot, les époux Désirandelle, petits bourgeois bornés, et leur fils Agathocle rejoignent sa future fiancée, Louise Elissane à Oran.

Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français dont l'oeuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures évoquant les progrès scientifiques du XIXe siècle.

Chapitre 2


Dans lequel le principal personnage de cette histoire est décidément présenté au lecteur

 

« Nous voici en route, dit Marcel Lornans, en route vers…

— L’inconnu, répliqua Jean Taconnat, l’inconnu qu’il faut fouiller pour trouver du nouveau, a dit Baudelaire !

— L’inconnu, Jean ?… Est-ce que tu espères le rencontrer dans une simple traversée de la France à l’Afrique, un voyage de Cette à Oran ?…

— Qu’il ne s’agisse que d’une navigation de trente à quarante heures, Marcel, d’un simple voyage dont Oran doit fournir la première et peut-être l’unique étape, je ne le conteste pas. Mais, quand on part, sait-on toujours où l’on va ?…

— Assurément, Jean, lorsqu’un paquebot vous mène là où vous devez aller, et à moins d’accidents de mer…

— Eh ! qui te parle de cela, Marcel ? répondit Jean Taconnat d’un ton dédaigneux. Des accidents de mer, une collision, un naufrage, une explosion de machine, une robinsonnade de quelque vingt ans sur une île déserte, la belle affaire !… Non ! L’inconnu, dont je ne me préoccupe guère d’ailleurs, c’est l’X de l’existence, c’est ce secret du destin que, dans les temps antiques, les hommes gravaient sur la peau de la chèvre Amalthée, c’est ce qui est écrit dans le grand livre de là-haut et que les meilleures besicles ne nous permettent pas de lire, c’est l’urne dans laquelle sont déposés les bulletins de la vie et que tire la main du hasard…

— Mets une digue à ce torrent de métaphores, Jean, s’écria Marcel Lornans, ou tu vas me donner le mal de mer !

— C’est le décor mystérieux sur lequel va se lever le rideau d’avant-scène…

— Assez, dis-je, assez ! Ne t’emballe pas ainsi dès le début !… Ne caracole pas sur le dada des chimères !… Ne chevauche pas à bride abattue…

— Eh !… là-bas !… Il me semble que te voici métaphorisant à ton tour !…

— Tu as raison, Jean. Raisonnons froidement, et voyons les choses comme elles sont. Ce que nous voulons faire est dépourvu de tout aléa. Nous avons pris à Cette passage pour Oran, avec un millier de francs chacun dans notre poche, et nous allons nous engager au 7e chasseurs d’Afrique. Il n’y a rien là que de très sage, de très simple, et l’inconnu, avec ses fantaisistes perspectives, ne saurait apparaître en tout cela…

— Qui sait ? » répondit Jean Taconnat en traçant de son index un point interrogatif.

Cette conversation, qui marque de certains traits distinctifs le caractère de ces deux jeunes gens, se tenait à l’arrière de la dunette. Du banc ajusté contre la rambarde à mailles de filet, leur regard, porté vers l’avant, n’était arrêté que par le roufle de la passerelle, qui dominait le pont entre le grand mât et le mât de misaine du paquebot.

Une vingtaine de passagers occupaient les bancs latéraux et les pliants, que la tente, suspendue à l’araignée de sa drisse, abritait des rayons du soleil.

Au nombre de ces passagers figuraient M. Désirande