: Jules Verne
: Face au Drapeau
: Books on Demand
: 9782322456963
: 1
: CHF 3.50
:
: Science Fiction
: French
: 246
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Thomas Roch est un inventeur français oeuvrant dans le domaine militaire ; son invention géniale devrait lui apporter gloire et fortune, mais la folie des grandeurs qui le gagne lui vaut de se voir fermer les portes de tous les ministères de la guerre d'Europe et des États-Unis... car aucun gouvernement n'est prêt à payer le prix exorbitant demandé en contrepartie. Le gouvernement de Washington préfère le faire interner, plutôt que de le voir aller vers une autre puissance plus encline à se ruiner pour cet explosif révolutionnaire.

Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français dont l'oeuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures évoquant les progrès scientifiques du XIXe siècle.

I – Healthful-House


La carte que reçut ce jour-là – 15 juin 189* – le directeur de l’établissement de Healthful-House, portait correctement ce simple nom, sans écusson ni couronne :

LE COMTE D’ARTIGAS

 

Au-dessous de ce nom, à l’angle de la carte, était écrite au crayon l’adresse suivante :

« À bord de la goélette Ebba, au mouillage de New-Berne, Pamplico-Sound. »

La capitale de la Caroline du Nord – l’un des quarante-quatre États de l’Union à cette époque – est l’assez importante ville de Raleigh, reculée de quelque cent cinquante milles à l’intérieur de la province. C’est grâce à sa position centrale que cette cité est devenue le siège de la législature, car d’autres l’égalent ou la dépassent en valeur industrielle et commerciale, – telles Wilmington, Charlotte, Fayetteville, Edenton, Washington, Salisbury, Tarboro, Halifax, New-Berne. Cette dernière ville s’élève au fond de l’estuaire de la Neuze-river, qui se jette dans le Pamplico-Sound, sorte de vaste lac maritime, protégé par une digue naturelle, îles et flots du littoral carolinien.

Le directeur de Healthful-House n’aurait jamais pu deviner pour quel motif il recevait cette carte, si elle n’eût été accompagnée d’un billet demandant pour le comte d’Artigas la permission de visiter son établissement. Ce personnage espérait que le directeur voudrait bien donner consentement à cette visite, et il devait se présenter dans l’après-midi avec le capitaine Spade, commandant la goélette Ebba.

Ce désir de pénétrer à l’intérieur de cette maison de santé, très célèbre alors, très recherchée des riches malades des États-Unis, ne pouvait paraître que des plus naturels de la part d’un étranger.

D’autres l’avaient déjà visitée, qui ne portaient pas un aussi grand nom que le comte d’Artigas, et ils n’avaient point ménagé leurs compliments au directeur de Healthful-House. Celui-ci s’empressa donc d’accorder l’autorisation sollicitée, et répondit qu’il serait honoré d’ouvrir au comte d’Artigas les portes de l’établissement.

Healthful-House, desservie par un personnel de choix, assurée du concours des médecins les plus en renom, était de création privée.

Indépendante des hôpitaux et des hospices, mais soumise à la surveillance de l’État, elle réunissait toutes les conditions de confort et de salubrité qu’exigent les maisons de ce genre, destinées à recevoir une opulente clientèle.

On eût difficilement trouvé un emplacement plus agréable que celui de Healthful-House. Au revers d’une colline s’étendait un parc de deux cents acres, planté de ces essences magnifiques que prodigue l’Amérique septentrionale dans sa partie égale en latitude aux groupes des Canaries et de Madère. À la limite inférieure du parc s’ouvrait ce large estuaire de la Neuze, incessamment rafraîchi par les brises du Pamplico-Sound et