: Jules Verne
: Les histoires de Jean-Marie Cabidoulin
: Books on Demand
: 9782322456673
: 1
: CHF 3.50
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 241
: Wasserzeichen
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: ePUB
Le Saint-Enoch est un baleinier commandé par le capitaine Bourcart et dont l'équipage est composé d'une trentaine de personnes. Le navire quitte le Havre à destination de l'océan Pacifique.Parmi l'équipage, un vieux matelot, très pessimiste de nature, qui prévoit toujours le pire et qui ne cesse de raconter à ses compagnons les histoires les plus épouvantables sur l'océan et ses monstres La pêche à la baleine est tantôt remplie de succès, tantôt lamentable. Surviennent des évènements mystérieux, de plus en plus fréquents, s'agit il de phénomènes naturels ? s'agit il d'un monstre marin ?

Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français dont l'oeuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures évoquant les progrès scientifiques du XIXe siècle.

1 – Un départ retardé


« Eh ! capitaine Bourcart, ce n’est donc pas aujourd’hui le départ ?…

— Non, monsieur Brunel, et je crains que nous ne puissions partir ni demain… ni même dans huit jours…

— Cela est contrariant…

— Et surtout inquiétant, déclara M. Bourcart en secouant la tête. Le Saint-Enoch devrait être en mer depuis la fin du mois dernier afin d’arriver en bonne saison sur les lieux de pêche… Vous verrez qu’il se laissera distancer par les Anglais et les Américains…

— Et ce sont toujours ces deux hommes qui vous manquent à bord ?…

— Toujours… monsieur Brunel… l’un dont je ne puis me passer, l’autre dont je me passerais à la rigueur, n’étaient les règlements qui me l’imposent…

— Et celui-ci n’est pas le tonnelier, sans doute ?… demanda M. Brunel.

— Non… ayez la bonté de m’en croire, non !… À mon bord, le tonnelier est aussi indispensable que la mâture, le gouvernail ou la boussole, puisque j’ai deux mille barils dans ma cale…

— Et combien d’hommes compte le Saint-Enoch, capitaine Bourcart ?…

— Nous serions trente-quatre, monsieur Brunel, si j’étais au complet. Voyez-vous, il est plus utile d’avoir un tonnelier pour soigner les barils que d’avoir un médecin pour soigner les hommes !… Des barils, cela exige sans cesse des réparations, tandis que les hommes… ça se répare tout seul ! D’ailleurs, est-ce qu’on est jamais malade à la mer ?…

— Évidemment on ne devrait pas l’être en si bon air, capitaine Bourcart… et, pourtant, quelquefois…

— Monsieur Brunel, j’en suis encore à avoir un malade sur le Saint-Enoch…

— Tous mes compliments, capitaine. Mais que voulez-vous ? Un navire est un navire, et, comme tel, il est soumis aux règlements maritimes… Lorsque son équipage atteint un certain nombre d’officiers et de matelots, il faut qu’il embarque un médecin… c’est formel. Or vous n’en avez pas…

— Et c’est bien pour cette raison que le Saint-Enoch ne se trouve pas aujourd’hui par le travers du cap Saint-Vincent, où il devrait être ! »

Cette conversation entre le capitaine Bourcart et M. Brunel se tenait sur la jetée du Havre, vers onze heures du matin, dans cette partie un peu relevée qui va du sémaphore au musoir.

Ces deux hommes se connaissaient de longue date, l’un ancien capitaine au cabotage, devenu officier de port, l’autre commandant le trois-mâts Saint-Enoch. Et, ce dernier, avec quelle impatience il attendait d’avoir pu compléter son rôle d’équipage pour prendre le large !

Bourcart (Évariste-Simon), âgé d’une cinquantaine d’années était avantageusement connu sur la place du Havre, son port d’attache. Célibataire, sans famille, sans proches parents, ayant navigué dès sa prime enfance, il avait été mousse, novice, matelot et maître au service de l’État.

Après de multiples voyages comme lieutenant et second dans la marine marchande, il commandait depuis dix ans le Saint-Enoch un baleinier qui lui appartenait par moitié avec la maison Morice frères.

Excellent marin, à la fois prudent, hardi et résolu, il gardait toujours, contrairement à tant d’autres de ses collègues, une extrême politesse dans ses fonctions, ne jurant pas, donnant ses ordres avec une parfaite urbanité.

Sans doute, il n’allait pas jusqu’à dire à un gabier : « Prenez la peine de larguer les ris du petit perroquet ! » ou au timonier : « Ayez l’extrême obligeance de mettre la barre à tribord, toute ! » Mais il passait pour être le plus poli des capitaines au long cours.

À noter, en outre, que M. Bourcart, favorisé d