CHAPITRE PREMIER. Sur le Logone
20 février.
Nous quittons Fort-Lamy dans trois baleinières[1]. C’est le retour. Lente remontée du Logone ; assez exactement de la largeur de la Seine, me semble-t-il. Les eaux sont basses et les indigènes préfèrent à la rame la propulsion des perches sur lesquelles ils pèsent, quatre à l’avant, quatre à l’arrière, se penchant puis se relevant en cadence : ceci nous prive de leurs chants, réservés au rythme plus régulier des pagaies, mais cette avancée presque silencieuse effarouche moins le gibier et nous permet d’approcher de plus près les oiseaux qui peuplent les rives.
Dans cet étroit tunnel que forme le shimbeck de la baleinière, il ne fait pas trop chaud, et, si lente que soit la marche, elle entretient un exquis courant d’air. Étendu sur une chaise de bord, qui, de jour, prend la place du lit de camp replié, je relis leBarbier de Séville. Plus d’esprit que d’intelligence profonde. De la paillette. Manque de gravité dans le comique.
21 février.
Partis avant le lever du soleil. Une légère brume argente les bords du Logone, de proportions plus humaines que les bords du Chari. Austérité souriante des berges sablonneuses ; aucune mollesse. Quantité d’arbustes vert cendré, semblables aux saules et aux osiers de France. De même il y a, sur ces bords, des simili-cressons, des faux épilobes, des imitations de myosotis, des substituts de plantains. On dirait que les acteurs seuls ont changé, mais ni les rôles, ni la pièce. Qui tiendra l’emploi de la scrofulaire ?… Parfois c’est une plante de la même famille, une proche parente, comme il advient pour la balsamine. Mais c’est ce qui explique que l’on soit si peu dépaysé, encore que parfois les vedettes de nos contrées soient réduites ici au rang de comparses. Pour que le paysage prenne un aspect vraiment exotique, il faut l’intervention d’un de cesvégétaux axés et réguliers : palmiers, cactus, euphorbes-candélabres, etc., dont nous n’avons pas d’autres équivalents dans nos contrées du Nord, que certains conifères.
L’inconvénient d’un voyage trop bien préparé, c’est de ne laisser plus assez de place à l’aventure. Pourtant nous approchons du lieu où le premier patron de notre boy Outhman (l’administrateur Noumira ?) trouva le moyen de se faire bousculer mortellement par les hippopotames. On nous signale précisément, non loin d’ici, une bande d’une trentaine de ces monstres, barrant le Logone, que les pirogues indigènes n’osent plus remonter. Allons toujours ; nous verrons bien.
Depuis que nous avons quitté Fort-Lamy, nous vivons de gibier, canar