: Jean de La Fontaine
: Fables LivresIX à XII
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: 9782322442782
: 1
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: Jugendbücher ab 12 Jahre
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Le renard flatte le corbeau, qui tient un fromage dans son bec, si bien que celui-ci est obligé de lâcher son bien. Une grenouille veut gonfler pour ressembler au boeuf et finit par exploser. En effet, le mulet portant l'argent est fier, mais c'est sur lui que les voleurs vont attaquer et non sur le mut.

Jean de La Fontaine, né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry et mort le 13 avril 1695 à Paris, est un poète français de grande renommée, principalement pour ses Fables et dans une moindre mesure pour ses contes.

Livre dixième


Discours à Madame de la Sablière

Iris, je vous louerais, il n’est que trop aisé ;

Mais vous avez cent fois notre encens refusé,

En cela peu semblable au reste des mortelles,

Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles.

Pas une ne s’endort à ce bruit si flatteur.

Je ne les blâme point ; je souffre cette humeur :

Elle est commune aux Dieux, aux Monarques, aux belles.

Ce breuvage vanté par le peuple rimeur,

Le nectar, que l’on sert au Maître du tonnerre,

Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre,

C’est la louange, Iris. Vous ne la goûtez point ;

D’autres propos chez vous récompensent ce point ;

         Propos, agréables commerces,

Où le hasard fournit cent matières diverses,

         Jusque-là qu’en votre entretien

La bagatelle a part : le monde n’en croit rien.

         Laissons le monde et sa croyance.

         La bagatelle, la science,


Les chimères, le rien, tout est bon ; je soutiens

         Qu’il faut de tout aux entretiens :

         C’est un parterre où Flore épand ses biens

         Sur différentes fleurs l’abeille s’y repose,

         Et fait du miel de toute chose.

Ce fondement posé, ne trouvez pas mauvais

Qu’en ces fables aussi j’entremêle des traits

         De certaine philosophie,

         Subtile, engageante et hardie.

On l’appelle nouvelle : en avez-vous ou non

         Ouï parler ? Ils disent donc

         Que la bête est une machine ;

Qu’en elle tout se fait sans choix et par ressorts :

Nul sentiment, point d’âme ; en elle tout est corps.

         Telle est la montre qui chemine

À pas toujours égaux, aveugle et sans dessein.

         Ouvrez-la, lisez dans son sein ;

Mainte roue y tient lieu de tout l’esprit du monde,

         La première y meut la seconde,

Une troisième suit : elle sonne à la fin.

Au dire de ces gens, la bête est toute telle.


         L’objet la frappe en un endroit ;

         Ce lieu frappé s’en va tout droit,

Selon nous, au voisin en porter la nouvelle ;

Le sens de proche en proche aussitôt la reçoit ;

L’impression se fait : mais comment se fait-elle ?

         Selon eux, par nécessité,

         Sans passion, sans volonté :

         L’animal se sent agité

         De mouvements que le vulgaire appelle

Tristesse, joie, amour, plaisir, douleur cruelle,

         Ou quelque autre de ces états.

Mais ce n’est point cela : ne vous y trompez pas.

Qu’est-ce donc ? Une montre. Et nous ? C’est autre chose.

Voici de la façon que Descartes l’expose ;

Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu

         Chez les païens, et qui tient le milieu

Entre l’homme et l’esprit ; comme entre l’huître et l’homme

Le tient tel de nos gens, franche bête de somme ;

Voici, dis-je, comment raisonne cet auteur :

Sur tous les animaux, enfants du Créateur,

J’ai le don de penser ; et je sais que je pense.


Or, vous savez, Iris, de certaine science,

         Que, quand la bête penserait,

         La bête ne réfléchirait,

         Sur l’objet ni sur sa pensée.

Descartes va plus loin, et soutient nettement

         Qu’elle ne pense nullement.

         Vous n’êtes point embarrassée

De le croire ; ni moi. Cependant, quand aux bois

         Le bruit des cors, celui des voix,

N’a donné nul relâche à la fuyante proie,

         Qu’en vain elle a mis ses efforts

         À confondre et brouiller la voie,

L’animal chargé d’ans, vieux cerf, et de dix cors,

En suppose un plus jeune, et l’oblige, par force

À présenter aux chiens une nouvelle amorce.

Que de raisonnements pour conserver ses jours !

Le retour sur ses pas, les malices, les tours,

         Et le change, et cent stratagèmes

Dignes des plus grands chefs, dignes d’un meilleur sort.

         On le déchire après sa mort :

         Ce sont tous ses honneurs suprêmes.


         Quand la Perdrix

         Voit ses petits

En danger, et n’ayant qu’une plume nouvelle,

Qui ne peut fuir encore par les airs le trépas,

Elle fait la blessée, et va traînant de l’aile,

Attirant le chasseur et le chien sur ses pas,

Détourne le danger, sauve ainsi sa famille.

Et puis, quand le chasseur croit que son chien la pille,

Elle lui dit adieu, prend sa volée, et rit

De l’homme, qui, confus, des yeux en vain la suit.

         Non loin du Nord il est un monde

         Où l’on sait que les habitants

         Vivent, ainsi qu’aux premiers temps

         Dans une ignorance profonde :

Je parle des humains ; car, quant aux animaux,

         Ils y construisent des travaux

Qui des torrents grossis arrêtent le ravage,

Et font communiquer l’un et l’autre rivage.

L’édifice résiste, et dure en son entier :

Après un lit de bois est un lit de mortier.


Chaque castor agit : commune en est la tâche ;

Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche,

Maint maître d’œuvre y court, et tient haut le bâton.

         La République de Platon

         Ne serait rien que l’apprentie

         De cette famille amphibie.

Ils savent en hiver élever leurs maisons,

         Passent les étangs sur des ponts,

         Fruit de leur art, savant ouvrage ;

         Et nos pareils ont beau le voir,

         Jusqu’à présent tout leur savoir

         Est de passer l’onde à la nage.

Que ces Castors ne soient qu’un corps vide d’esprit,

Jamais on ne pourra m’obliger à le croire :

Mais voici beaucoup plus ; écoutez ce récit,

         Que je tiens d’un roi plein de gloire.

Le défenseur du Nord vous sera mon garant :

Je vais citer un prince aimé de la Victoire ;

Son nom seul est un mur à l’Empire ottoman :

C’est le roi polonais ; jamais un roi ne ment.

         Il dit donc que, sur sa frontière,


Des animaux entre eux ont guerre de tout temps :

Le sang qui se transmet des pères aux enfants

         En renouvelle la matière.

Ces animaux, dit-il, sont germains du renard.

         Jamais la guerre avec tant d’art

         Ne s’est faite parmi les hommes,

         Non pas même au siècle où nous sommes.

Corps de garde avancé, vedettes, espions,

Embuscades, partis, et mille inventions

D’une pernicieuse et maudite science,

         Fille du Styx, et mère des héros,

         Exercent de ces animaux

         Le bon sens et l’expérience.