: Helder Serpa
: 120 Propositions dans la Raison Privative de la Catégorisation du Possible (Série 4-1)
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: 9782322447381
: 1
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Ce qui se passe devant les portes de la philosophie.

Dans le champ de la philosophie effective l'auteur n'est rien. Il n'en va pas de même s'agissant du champ de la philosopphie à faire.

20ième Proposition


Le sacrifice du commencement


Ce qui arrive dans le domaine de l’effectuation catégorielle du sens est ce qui arrive depuis toujours, tout en devant arriver.

Postulons l'existence d'un projet logique consistant à identifier le fait logique, énoncé ou entité catégorisée (de la simple localisation déictique à la désignation, voire majuscule) d'où dépende la possibilité et le critère de validité de tout autre accomplissement logique.

La question de la médiation entre ce facteur fondamental59 et les événements secondaires, dérivés, dépendants ne sera pas traitée à part. Si elle ne découle pas immédiatement de notre identification de la situation fondatrice irréductible, elle ne peut pas être constituée.

L'état de choses qui nous inspire et nous guide est l'expérience identifiable par l'abréviation devenue quelque peu argotique « le cogito ».

Cette recherche doit partir de quelque fait « noétique », plus exactement catégoriel car c'est la fatalité qui frappe tout ce qui est de l'ordre du noétique « humain » (par redondance), d'être de nature catégorielle, autrement dit de consister en sa propre représentation60.

Ce désir logique ne peut pas émaner d’un domaine de l’action possible extérieur à l’accomplissement du fait logique, ou effectuation catégorielle du sens. Le déterminant fondamental ne peut pas non plus être extérieur au domaine de cette effectuation catégorielle du sens, qui est de nature matérielle (même réduite au niveau neuronal le plus rudimentaire). Identifier ce processus nécessaire comme un désir (un projet, un but) provient du fait que la réalité du fait noétique est protocolaire, consiste en un travail d’élaboration catégorielle, et que par conséquent le statut de la réalité du logique nous apparaît comme étant de l’ordre d’un « pas encore », d’une génération, progressive, linéaire (même si on souhaite ensuite interpréter cette linéarité, et la soumettre à des variations stylistiques, par exemple l’enroulement en spirale, ou la clôture en cercle, propre de la séquence cyclique) qui recourt donc à une précession fonctionnelle nécessairement requise. L’acte de création du fait logique anticipe ce parcours, et sollicite une antécédence sinon essentielle, du moins fonctionnelle ou instrumentale.

Cette séquentialité atomique, cette linéarité constituante est représentable (en mode catégoriel, linguistique, gestuel, sensoriel, hallucinatoire, peu importe) mais nullement prélevable, susceptible d’une présentation en dehors d’un accomplissement logique local, par exemple, le tracé d’un segment de droite, ou d’une ligne quelconque sur une surface quelconque. Ou une aspersion d’encre ou de sang sur une surface vide. Cette détermination protocolaire correspond au choix cartésien de montrer le processus logique en cours d’accomplissement, plutôt que de le décrire ou exprimer au moyen de préceptes61.

La forme irréductible de cette linéarité séquentielle orientée d’arrière en avant (suivant la convention qui définit la progression, de gauche à droite, de droite à gauche, d’ouest en est, d’est en ouest, du nord au sud, du sud au nord, de bas en haut, de haut en bas et toutes les obliquités et intersections possibles.) consiste en la contradiction absolue que le fait qu’il y a quelque chose oppose à la thèse selon laquelle rien n’existe. C’est la limite extrême de la possibilité de concevoir une séquence. La claustration matérielle du fait logique réduit ce « quelque chose » à une chose déterminée, consistant en la totalité de ses qualifications, restriction qui est un accomplissement effectif, une immanentisation continue de l’accomplissement catégoriel du sens. Quant à la fondation ontologique absolue, exprimée par le verbe « est » elle consiste en une manifestation (quelconque, visibilité, lisibilité, ou action sur le bâton d’aveugle que mentionne Descartes). Le mode d’être de ce qui s’oppose absolument à l’hypothèse que rien n’existe est donc de l’ordre de l’ostension quelconque62. Cette ostensibilité est au moins l’expression du fait que la chose est, et de la totalité (close ou inépuisée) de ses qualifications. Autrement dit l’ostensibilité dit immédiatement que cela est et en quoi cela consiste (vrai ou faux, exact ou erroné peu importe).

C’est dont une réalité de l’ordre du catégoriel. La précession identifiée par les étapes imaginaires, rien n’existe et ensuite une chose est, qui aboutirait à ce stade catégoriel est une rétrospection qui suppose une fondation entièrement accomplie. Le fondateur est fondé par un acte de fondation, un artefact qui s’accompli par voie protocolaire. « Protocolaire » car le sujet de cette capacité pragmatique n’est rien sans les facteurs contextuels qui rendent possible et restreignant sa fonction63. La contradiction protocolaire existe sous forme d’énonciation64 et est causée par l’acte d’énonciation. Si le Malin Génie me persuade que je ne suis rien, il suffit que j’énonce cette affirmation pour que cet acte même l’invalide. Et c’est la voie unique et nécessaire pour énoncer la tautologie protocolaire correspondante, à savoir « je suis quelque chose », « j’existe », abréviation de la double contradiction « je ne suis pas nulle chose ». Pour parodier le modus tollendo ponens, si dire ‘~p’ implique que je dis ‘p’, alors je dis ‘p’. C’est aussi simple que ça, et on comprend la révolte intellectuelle contre le fait qu’un si banal et matériel empêchement nous coupe la voie vers la pensée grandiose, ouverte, qui traite de l’Être, de Dieu, de l’Homme65, de l’Âme, j’en passe. Comme si un obstacle protocolaire dressait à chaque fois un barrage contre le dépassement du processus local, un dépassement de l’actualité, la transition vers le constitué au-delà de la constitution, tout autant qu’une régression en amont de l’acte constituant, et nous forçait au recul. Cette motion annule la possibilité d’une précession du logique sur sa propre constitution effective et en cours.

Cette circonstance réductrice, voire dirimante est le mode d’existence irréductible et indépassable de la précession logique, au sens de condition de possibilité première non pas de la véridicité (quelle que soit la forme canonique de cette véridicité, validité, pertinence, etc.) mais de l’existence du sens, celui-là même qu’en un deuxième temps subit l’effet du désir logique de l’annuler.Détenir une précession logique est contradictoire quant à l’identité même de la précession, frappée pour ainsi dire de caducité aussitôt qu’elle se réalise.

Mais cette forme protocolairement aporistique est la seule manière de « détenir » la précession, en l’accomplissant matériellement. De la même façon qu’il n’y a pas de transcendance de la transcendance, le mode d’existence de la précession logique fait qu’il ne peut pas y avoir de précession de la précession66, pas plus qu’inexistence de cette position précessive. De cette façon, l’irréductibilité protocolaire (fonctionnelle, instrumentale, opératoire) de la position fondatrice, la convertit (fonctionnellement) en phénomène primitif indiscutable, même sous l’apparence d’un accomplissement secondaire, tardif, dérivé. La primitivité est fonctionnelle, plus exactement de nature protocolaire.

Soit par exemple l’assertion «je sais que j’existe », paraphrase de la négation de la contradiction protocolaire en laquelle consiste le propos « je ne suis rien », que le terme « cogito » symbolise, en ce sens que ce « cogito » existe en mode catégoriel, c’est-à-dire sous forme d’énonciation. Si on le sépare de l’acte d’énonciation, un tel...