: Hector Malot
: Sans Famille L'enfant abandonné
: Books on Demand
: 9782322429486
: 1
: CHF 2.60
:
: Erzählende Literatur
: French
: 144
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
RÉSUMÉ :"Sans Famille" est un roman poignant de Hector Malot qui raconte l'histoire de Rémi, un jeune garçon orphelin recueilli par une femme bienveillante mais rapidement vendu à un artiste ambulant, Vitalis. Ce dernier, accompagné de ses animaux savants, devient pour Rémi une figure paternelle, lui enseignant la musique et le théâtre. À travers leurs voyages à travers la France, Rémi découvre la rudesse de la vie mais aussi la chaleur de l'amitié et la solidarité. Les péripéties s'enchaînent, marquées par des rencontres marquantes et des épreuves qui forgent son caractère. Rémi doit surmonter de nombreux obstacles, de la pauvreté à la quête de ses véritables origines. Le roman explore des thèmes universels tels que l'identité, l'amour familial et la résilience face à l'adversité. Malot dresse un tableau émouvant de la société française du XIXe siècle, mettant en lumière les inégalités sociales et la condition des enfants abandonnés."Sans Famille" est une oeuvre intemporelle qui touche par sa sensibilité et sa profondeur, offrant une réflexion sur la quête de soi et l'importance des liens affectifs. L'AUTEUR : Hector Malot, né le 20 mai 1830 à La Bouille, en Normandie, est un écrivain français reconnu principalement pour ses romans destinés à la jeunesse. Après des études de droit à Rouen puis à Paris, il se tourne vers le journalisme et la critique littéraire avant de se consacrer pleinement à l'écriture. Malot publie son premier roman,"Les Amants", en 1859, mais c'est avec"Sans Famille", paru en 1878, qu'il connaît un succès retentissant. Ce roman, qui reste son oeuvre la plus célèbre, est salué pour sa narration touchante et son engagement social. Hector Malot a écrit plus de 70 ouvrages au cours de sa carrière, explorant divers genres littéraires, mais c'est dans la littérature pour enfants qu'il laisse son empreinte la plus durable. Parmi ses autres oeuvres notables, on compte"En Famille" et"Romain Kalbris". Malot s'est retiré dans sa propriété de Fontenay-sous-Bois, où il continue d'écrire jusqu'à sa mort le 17 juillet 1907. Son oeuvre est marquée par une attention particulière aux questions sociales et à la psychologie des personnages, faisant de lui une figure incontournable de la littérature française du XIXe siècle.

Hector-Henri Malot né le 20 mai 1830 à La Bouille, non loin de Rouen, et mort le 18 juillet 1907 à Fontenay-sous-Bois, est un romancier français."Sans famille" est un roman français paru en 1878 chez Édouard Dentu à Paris.

II
Un père nourricier


Je m’étais approché pour l’embrasser à mon tour, mais du bout de son bâton il m’arrêta :

« Qu’est-ce que c’est que celui-là ?

– C’est Rémi.

– Tu m’avais dit…

– Eh bien, oui, mais… ce n’était pas vrai, parce que…

– Ah ! pas vrai, pas vrai. »

Il fit quelques pas vers moi son bâton levé, et instinctivement je reculai. Qu’avais-je fait ? De quoi étais-je coupable ?

Pourquoi cet accueil lorsque j’allais à lui pour l’embrasser ?

Je n’eus pas le temps d’examiner ces diverses questions qui se pressaient dans mon esprit troublé.

« Je vois que vous faisiez mardi gras, dit-il ; ça se trouve bien, car j’ai une solide faim. Qu’est-ce que tu as pour souper ?

– Je faisais des crêpes.

– Je vois bien ; mais ce n’est pas des crêpes que tu vas donner à manger à un homme qui a dix lieues dans les jambes.

– C’est que je n’ai rien ; nous ne t’attendions pas.

– Comment, rien ; rien à souper ? »

Il regarda autour de lui.

« Voilà du beurre. »

Il leva les yeux au plafond à l’endroit où l’on accrochait le lard autrefois ; mais depuis longtemps le crochet était vide, et à la poutre pendaient seulement maintenant quelques glanes d’ail et d’oignon.

« Voilà de l’oignon, dit-il en faisant tomber une glane avec son bâton ; quatre ou cinq oignons, un morceau de beurre, et nous aurons une bonne soupe.

Retire ta crêpe et fricasse-nous les oignons dans la poêle. »

Retirer la crêpe de la poêle ! mère Barberin ne répliqua rien. Au contraire, elle s’empressa de faire ce que son homme demandait, tandis que celui-ci s’asseyait sur le banc qui était dans le coin de la cheminée.

Je n’avais pas osé quitter la place où le bâton m’avait amené, et appuyé contre la table, je le regardais.

C’était un homme d’une cinquantaine d’années environ, au visage rude, à l’air dur ; il portait la tête inclinée sur l’épaule droite par suite de la blessure qu’il avait reçue, et cette difformité contribuait à rendre son aspect peu rassurant.

Mère Barberin avait replacé la poêle sur le feu.

« Est-ce que c’est avec ce petit morceau de beurre que tu vas nous faire la soupe ? » dit-il.

Alors, prenant lui-même l’assiette où se trouvait le beurre, il fit tomber la motte entière dans la poêle.

Plus de beurre, dès lors plus de crêpes.

En tout autre moment, il est certain que j’aurais été profondément touché par cette catastrophe ; mais je ne pensais plus aux crêpes, ni aux beignets, et l’idée qui occupait mon esprit, c’était que cet homme qui paraissait si dur était mon père.

« Mon père, mon père ! » C’était là le mot que je me répétais machinalement.

Je ne m’étais jamais demandé d’une façon bien précise ce que c’était qu’un père, et vaguement, d’instinct, j’avais cru que c’était une mère à grosse voix ; mais en regardant celui qui me tombait du ciel, je me sentis pris d’un effroi douloureux.

« Au lieu de rester immobile comme si tu étais gelé, me dit-il, mets les assiettes sur la table. »

Je me hâtai d’obéir. La soupe était faite. Mère Barberin la servit dans les assiettes.

J’étais si troublé, si inquiet, que je ne pouvais manger, et je le regardais aussi, mais à la dérobée, baissant les yeux quand je rencontrais les siens.

« Alors tu n’as pas faim ? me dit-il.

– Non.

– Eh bien, va te coucher, et tâche de dormir tout de suite ; sinon, je me fâche. »

Comme cela se rencontre dans un grand nombre de maisons de paysans, notre cuisine était en même temps notre chambre à coucher. Auprès de la cheminée tout ce qui servait au manger, la table, la huche, le buffet ; à l’autre bout les meubles propres au coucher ; dans un angle le lit de mère Barberin, dans le coin opposé le mien, qui se trouvait dans une sorte d’armoire entourée d’un lambrequin en toile rouge.

Je me dépêchai de me déshabiller et de me coucher. Mais dormir était une autre affaire.

On ne dort pas par ordre ; on dort parce qu’on a sommeil et qu’on est tranquille.

Or, je n’avais pas sommeil et n’étais pas tranquille.

Au bout d’un certain temps, je ne saurais dire combien, j’entendis qu’on s’approchait de mon lit.

« Dors-tu ? » demanda une voix étouffée.

Je n’eus garde de répondre, car les terribles mots : « Je me fâche », retentissaient encore à mon oreille.

« Il dort, dit mère Barberin ; aussitôt couché, aussitôt endormi, c’est son habitude ; tu peux parler sans craindre qu’il t’entende. »

Sans doute, j’aurais dû dire que je ne dormais pas, mais je n’osais point ; on m’avait commandé de dormir, je ne dormais pas, j’étais en faute.

« Ton procès, où en est-il ? demanda mère Barberin.

– Perdu ! Les juges ont décidé que j’étais en faute de me trouver sous les échafaudages et que l’entrepreneur ne me devait rien. »

Là-dessus il donna un coup de poing sur la table et se mit à jurer sans dire aucune parole sensée.

– Le procès perdu, reprit-il bientôt ; notre argent perdu, estropié, la misère ; voilà ! Et comme si ce n’était pas assez, en rentrant ici je trouve un enfant. M’expliqueras-tu pourquoi tu n’as pas fait comme je t’avais dit de faire ?

– Parce que je n’ai pas pu.

– Tu n’as pas pu le porter aux Enfants trouvés ?

– On n’abandonne pas comme ça un enfant qu’on a nourri de son lait et qu’on aime.

– Ce n’était pas ton enfant.

– Enfin je voulais faire ce que tu demandais, mais voilà précisément qu’il est tombé malade.

– Malade ?

– Oui, malade ; ce n’était pas le moment, n’est-ce pas, de le porter à l’hospice pour le tuer.

– Et quand il a été guéri ?

– C’est qu’il n’a pas été guéri tout de suite. Après cette maladie en est venue une autre : il toussait, le pauvre petit, à vous fendre le cœur. C’est comme ça que notre petit Nicolas est mort ; il me semblait que, si je portais celui-là à la ville, il mourrait aussi.

– Mais après ?

– Le temps avait marché. Puisque j’avais attendu jusque-là, je pouvais bien attendre encore.

– Quel âge a-t-il présentement ?

– Huit ans.

– Eh bien, il ira à huit ans là où il aurait dû aller autrefois, et ça ne lui sera pas plus agréable ; voilà ce qu’il y aura gagné.

– Ah ! Jérôme, tu ne feras pas ça.

– Je ne ferai pas ça ! Et qui m’en empêchera ? Crois-tu que nous pouvons le garder toujours ?

Il y eut un moment de silence et je pus respirer ; l’émotion me serrait à la gorge au point de m’étouffer.

Bientôt mère Barberin reprit :

« Ah ! comme Paris t’a changé ! tu n’aurais pas parlé comme ça avant d’aller à Paris.

– Peut-être. Mais ce qu’il y a de sûr, c’est que, si Paris m’a changé, il m’a aussi estropié. Comment gagner sa vie maintenant, la tienne, la mienne ? nous n’avons plus d’argent. La vache est vendue. Faut-il que, quand nous n’avons pas de quoi manger, nous nourrissions un enfant qui n’est pas le nôtre ?

– C’est le mien.

– Ce n’est pas plus le tien que le mien. Ce n’est pas un enfant de paysan. Je le regardais pendant le souper : c’est délicat, c’est maigre,...