: Isabelle Desbenoit
: Bertille La Patiente aux souliers gris
: Books on Demand
: 9782322464289
: 1
: CHF 5.20
:
: Hauptwerk vor 1945
: French
: 152
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
BERTILLE est une jeune retraitée.Mariée à Jean-Baptiste, ils ont quatre enfants et huit petits-enfants. Cette année, ils vont vivre une bien palpitante aventure, loin de chez eux... Extrait :"Je m'entends répondre sans même y avoir réfléchi ni avoir demandé son avis à Jean-Baptiste ! Aïe ! Moi qui d'habitude ne prends pas de décision hâtive... Delphine me fixe avec attention et pose ses mains sur mes épaules : - C'est vrai, vous feriez cela ? ...." La suite à l'intérieur ! Découvrez vite les précedentes aventures de BERTILLE dans : BERTILLE Les lilas ont fleuri, BoD, Mars 2019 BERILLE Les candélabres en Porphyre, BoD, Mars 2020 BERTILLE L'Amour n'a pas d'âge, BoD, Mars 2021

Isabelle Desbenoit est romancière, elle a écrit une quinzaine d'ouvrages : la série en 4 tomes"La Villa aux Oiseaux","Farid la Trilogie" (aventures pour enfants de 9 à 14 ans)"In Manus tuas Domine..." (thriller religieux) etc. ainsi que deux recueils de nouvelles, ces dernières sont disponibles également en Grands Caractères en une collection de 18 courts romans.

Chapitre I
RENDEZ-VOUS AVEC DELPHINE


Il fait encore nuit car pour une fois, je me suis levée bien avant le soleil ! En effet aujourd'hui, j'ai rendez-vous en tout début de matinée avec Delphine, cette médecin quadragénaire rencontrée à un dîner de bienfaisance ; elle souhaite me confier quelque chose d'important. La douche chaude à laquelle j'ai adjoint quelques jets froids sur les membres et le café noir que j'ai bu dans un grand bol, ont dégagé suffisamment mon cerveau encore embrumé de sommeil pour me mettre en état de conduire. Je lève la tête et contemple le ciel étoilé : sortir très tôt ainsi me rappelle mon ancien métier de représentante auprès des écoles et des collèges. Je partais quelquefois avant l'aurore pour être sur place juste après la rentrée des élèves en classe. J'organisais ainsi ma matinée de manière à faire trois rendez-vous dans le même secteur. Et, après un rapide déjeuner, je me rendais à mon dernier rendez-vous de la journée en début d'après-midi. Ensuite, je prenais le chemin du retour avant que les routes ne soient encombrées par les retours du travail et pour être rentrée à temps pour retrouver mes enfants après leurs cours. Mais, maintenant que je suis à la retraite, je ne mets plus mon réveil, c'est un des bonheurs des personnes qui n'ont plus d'obligations professionnelles ou familiales et j'en profite à fond !

Le trajet se passe sans encombre et, après une heure et demie de route, me voilà installée avec Delphine dans un petit salon privé d'un hôtel assez chic. Nous sommes assises l'une en face de l'autre sur deux confortables fauteuils en cuir beige et une table basse nous sépare sur laquelle est disposé le petit-déjeuner : jus de fruits frais, thé et café, beurre, confitures, viennoiseries, cakes et autres pains grillés sont à notre disposition. La décoration du lieu est un peu sombre, mais plusieurs lampes à abat-jour, disposées çà et là, donnent de la chaleur en distillant une lumière tamisée.

— Je vous remercie encore de vous être déplacée, vraiment Bertille, c'est tellement gentil de votre part !

Delphine pose sa tasse de café et me regarde avec un bon sourire.

— Je vous avoue que la curiosité a été un grand moteur pour me lever tôt ce matin ! J'ai été tellement frustrée l'autre jour quand nous avons dû nous séparer avant que vous ne m’ayez parlé…

Nous rions toutes les deux de bon cœur avant de nous lancer dans le vif du sujet. J'aime beaucoup cette jeune femme qui doit avoir à peu près l'âge de mon aînée, Garance. Elle me semble tellement saine, ouverte aux autres et pleine d'énergie ! La jeune médecin commence son récit. Elle parle à voix presque basse bien que nous soyons absolument seules dans la pièce, comme si elle craignait qu'une oreille indiscrète ne traîne. Ce secret doit être bien pesant sur ses épaules, pourtant solides, de médecin expérimentée…

— Je vous avais donc parlé, lors du dîner, de la mort d'une de mes patientes, à soixante-quinze ans, Yvonne Bauvin, puisqu'elle s'appelait ainsi et que j'appelais, ma « patiente aux souliers gris »1*.Elle était à peine enterrée que j'ai reçu un coup de fil d'un notaire lyonnais qui me demandait de passer à son étude dès que j'en aurai la possibilité. Je quittais donc mon cabinet plus tôt, le vendredi suivant, et fus reçue directement, sans même attendre, le notaire vint me chercher dès que sa secrétaire m'annonça. L'homme de loi m'attendait visiblement. Il me fit asseoir et me pria de me préparer à une nouvelle surprenante : « vous n'êtes pas cardiaque ? » me demanda-t-il en souriant. « Pas que je sache… » répondis-je, au comble de la curiosité. « Alors, je vais vous lire une lettre qui vous est destinée », m'expliqua-t-il.

Delphine chaussa alors de fines lunettes et sortit quelques feuilles photocopiées d'une chemise qu'elle avait apportée et reprit :

— Voilà, je vous en donne lecture de manière intégrale pour que vous compreniez bien ce qui m'arrive : « Chère Docteure, vous allez être surprise je le sais, car vous n'imaginez pas du tout combien vous m'avez aidée. Vous avez été la seule personne à qui j'ai vraiment pu parler et qui m'a réellement écoutée. Je n'avais plus personne, je vivais seule depuis dix ans, depuis que mon cher époux avait quitté ce monde. La solitude a été ma compagne fidèle, trop fidèle malheureusement… Les visites chez vous étaient un vrai réconfort, je me sentais exister pour quelqu'un, j'avais l'impression que, lorsque j'entrais dans votre cabinet, rien d'autre n'existait pour vous que moi, que ce que je vous disais… Maintenant que je n'en ai plus pour longtemps, j'ai fait venir mon notaire à mon chevet, ici à l'hôpital, pour régler mes affaires. La mort sera pour moi une délivrance, mon corps me lâche… Oh ! Je ne me plains pas, ici, on me dorlote, on m'aime, tout est fait pour que je sois bien. Je n'ai pas d'héritier sur cette terre, ma confortable et grande maison et les deux immeubles que nous avions acquis à Nice avec mon mari sont toujours loués et ils ont pris énormément de valeur au fil des années vu leur localisation. Je n'ai personne de confiance, que je connaisse depuis longtemps, et qui soit suffisamment jeune pour que je puisse lui confier ma fortune. Car oui ! Ces biens valent beaucoup d'argent. Bien sûr, nous n'avons pas de lien de parenté et l’État prélèvera sa part mais je pense que vous pourriez avoir quand même un bon pactole. Vous verrez cela avec mon notaire, cela fait déjà bien longtemps que je lui ai demandé de gérer mes biens, il les connaît je pense mieux que moi et ils ont toujours été parfaitement entretenus. Je vous lègue donc toute ma fortune, je sais qu'une personne de votre valeur humaine l'utilisera à bon escient. Vous êtes jeune, vous pourrez ainsi vous sécuriser pour l'avenir ainsi que votre future famille, car une jolie médecin comme vous ne restera pas seule ! Peut-être pourrez-vous aussi faire un peu de bien autour de vous, avec une partie seulement ; vous connaissez, sans nul doute, des associations auxquelles vous pourrez donner pour soutenir les plus malheureux y compris à l'étranger. Peut-être pourrez-vous vous servir des revenus et intérêts des biens pour faire ces dons ? Je souhaite vraiment que vous gardiez le reste pour vous. Mon notaire a tout prévu : vendre un des deux immeubles suffira pour payer les frais de la succession. Je sais que vous serez surprise mais ce que je veux surtout c'est que vous soyez heureuse ! Et moi, je le suis de savoir que l'argent que mon mari avait gagné et qui a si bien fructifié sera entre de bonnes mains. Si je vous en avais parlé, vous auriez refusé, j'en suis sûre ! Mon notaire a été au courant depuis trois ans, ce n'est pas une toquade de dernière minute, mais une décision mûrement réfléchie, c'était une de mes préoccupations bien avant que je tombe malade et je vous avais déjà choisie, vous pourrez lire, pour preuve, le court testament holographe signé à la date de ma décision : ainsi, vous comprendrez que ce n'est pas le fait de m'avoir accompagnée dans ma grave maladie et jusqu'à la fin qui a motivé mon choix. Cela devrait vous ôter, j'espère, vos derniers scrupules. Que tout cela ne vous effraie pas ! Vous serez magnifiquement épaulée. Vous verrez, les choses roulent toutes seules : les immeubles sont gérés par une agence qui s'occupe de tout, la même depuis des années. Maître Château gère mes avoirs avec compétence car je lui en ai donné le mandat mais vous serez libre de faire ce que vous voulez de cet argent. Comme je vous connais, je sais bien qu'il ne sera pas gaspillé pour des futilités mais pour le bien de l'humanité. Je ne vous donne aucune consigne pour la suite, vous êtes libre de disposer de ma fortune comme vous l'entendez. Chère Docteure, nous nous retrouverons « de l'autre côté », dans quelques années, je vous souhaite une belle vie en attendant ! Et si, ce faisant, j'ai pu l'agrémenter un peu, j'en suis ravie.

Fait le ...

Yvonne Bauvin

La médecin posa le feuillet et reprit après un temps de silence que je n'interrompis pas.

— Vous savez les choses n'ont pas été faciles pour moi à accepter et ne le sont...