: Bruno Guadagnini
: Nom de code Grenelle
: Books on Demand
: 9782322406173
: 1
: CHF 4.40
:
: Historische Romane und Erzählungen
: French
: 244
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Après"Les sacrifiés de l'an 40" Bruno Guadagnini, publie la suite des aventures de Pierre Malet, allant de la période de juillet 1940 à novembre 1942, date de l'envahissement de la"zone libre" par les allemands. L'auteur, comme à son habitude, s'efforce de coller à l'actualité du moment, pour davantage confondre le lecteur entre fiction et réalité, afin de le mener au bout du suspens.

Quatrième ouvrage et deuxième roman publié par Bruno Guadagnini, l'auteur, comme a son habitude se fond en historien romancier, ou le contraire, pour mieux plonger le lecteur dans une période sombre de notre histoire, sans écarter un moment de légèreté, teinté d'humour.

CHAPITRE 2 : À L’HEURE DU CHOIX.


Le mois, d’août file à une vitesse folle. La rentrée de septembre arrive, Monique reprend le chemin de l’école et nos rendez-vous deviennent moins fréquents. Le lundi 8 septembre, je reçois un étrange coup de téléphone au garage :

- Allô Sergent Malet ? Je marque un temps d’hésitation.

- J’ai été démobilisé, depuis moins d’un mois, je ne fais plus partie de l’armée ! Qui est à l’appareil ?

- Je ne peux pas vous le dire, vous vous souvenez que le téléphone représente un danger pour la confidentialité ! La voix m’est loin d’être inconnue et je fouille dans ma mémoire, pour essayer d’y mettre un nom.

- Que me voulez-vous ?

- Je souhaiterais que nous rencontrions rapidement, j’ai une proposition à vous faire, qui devrait vous intéresser ! Pris de court, j’avoue que je réponds, sans réfléchir.

- Très bien, à quel moment et à quel endroit ? Mon ton ferme, montre que je n’ai pas l’intention de me défiler.

- Disons, jeudi à 11 heures près de la statue du dieu Pan au parc des Buttes- Chaumont ! Est-ce que cela vous convient ?

- Je vais m’organiser en conséquence, comment vais-je pouvoir vous reconnaître ?

- Ne vous inquiétez Pierre, moi je vous reconnaîtrai ! Bonne journée à Jeudi !

Je n’ai pas le temps de rajouter un mot qu’il a déjà raccroché. N’ayant toujours pas reconnu cette voix qui me semble pourtant familière, j’essaye de rassembler le puzzle de notre conversation pour pouvoir l’identifier. La personne connaît mon nom, mon prénom et mon grade dans l’armée. Je pense tout d’abord qu’il s’agit d’un militaire. De plus, il parle de confidentialité au téléphone, comme quelqu’un faisant partie des transmissions et du « chiffre » en particulier. Soudain un nom me vient à l’esprit, le Lieutenant Duval, mon officier instructeur au centre de formation de Montargis.

Plus je réfléchis, moins j’ai de doutes, que peut-il me vouloir ? S’il s’agissait d’un simple rendez-vous de courtoisie, il aurait pris moins de précautions. D’autant que Duval n’est pas du style joueur, je me remémore le courrier que m’avait envoyé Jacqueline avec l’enveloppe cryptographiée et le savon que je m’étais fait passer à la suite. (Voir premier tome « les sacrifiés de l’an 40 »).

Retrouvant mes vieux réflexes de l’armée, je reste d’une discrétion absolue sur cet entretien, y compris au niveau de ma famille. Je me contente de dire à mon père de pas compter sur moi jeudi et que je prends ma journée : « Je vois tu profites du jour de repos de Monique, pour aller la rejoindre ? » pour toute réponse, je me contente d’un sourire : « Embrasse là pour moi ! »

De mon côté, je dois me montrer d’une prudence de sioux, si je m’étais trompé, s’il s’agissait d’un piège ? Mais pour quelle raison ? En tout état de cause, je ne suis pas décidé à renoncer maintenant.

Je fouille dans un tiroir pour récupérer mon pistolet MAS 35 d’ordonnance. À la réflexion, je finis par le reposer, en cas de contrôle et de fouille, je ne vois pas comment me justifier.

Soyons patient, il ne reste que 48 heures avant d’être fixé…

Jeudi 12 septembre, c’est l’été indien sur Paris. Il est 11 heures, je suis seul à contempler la statue du dieu Pan, que je trouve particulièrement hideuse. Est-ce que je me suis fait poser un lapin ? Dix minutes s'écoulent quand soudain j’entends une voix dans mon dos :

- Bel objet ne trouvez-vous pas Monsieur Malet ? Je me retourne, il s’agit bien du Lieutenant Maurice Duval en civil.

- Bonjour mon lieutenant, je suppose que vous ne m’avez pas fait venir pour me parler sculpture ?

- Pas uniquement Pierre, effectivement ! Faisons quelques pas voulez-vous, ensuite, je vous invite au restaurant ! Pour en finir avec le dieu Pan elle est l’œuvre du sculpteur grec Fanis Sakkelariou et a été offerte à la ville de Paris. Depuis début juillet il n’y a plus de lieutenant Duval, mais le capitaine Duval affecté au 2e bureau.

- Je vois finalement, vous êtes passé de l’instruction au renseignement proprement dit !

- On peut voir les choses de cette manière ! Entre temps j’ai combattu tout de même sur la Somme avec une partie du 38e R.G et j’ai échappé à la captivité en me sauvant en moto.

- Mais vous, parlez-moi de vous, je suppose que sur Sedan, ça ne devait pas être une partie de plaisir ? j’ai beaucoup pensé à vous et au drame dans lequel vous étiez plongé !

Je lui fais un topo détaillé de mon expérience sedanaise, avec dans un premier temps, mon rôle de formateur radio et au « chiffre ». Puis, j’évoque la débâcle à partir du 12 mai, pour finir avec notre voiture radio sautant sur une mine. Je lui fais comprendre, que l’armistice me laisse un goût particulièrement amer et que j’en veux à Philippe Pétain.

Nous sommes déjà sortis, du parc des Buttes - Chaumont depuis un petit moment et nous nous dirigeons vers un bistrot discret, ne payant pas de mine.

Nous pénétrons dans le restaurant déjà grandement occupé, au bar un homme fait un signe de la tête à Duval sans dire un mot. Le capitaine lui répond par le même signe, nous traversons la salle pour pénétrer dans une petite arrière-cour. Une minuscule table ronde dont le couvert a été dressé pour deux, nous attend. « Asseyons-nous ici dit Duval, loin des oreilles indiscrètes ». Puis il enchaîne :

- Vous savez à Vichy, rien n’est ni tout blanc, ni tout noir ! En apparence, le gouvernement mis en place, n’est plus en conflit avec les vainqueurs. L’armistice signé par le Maréchal Pétain va dans ce sens, sauf que le vainqueur de Verdun, veut toujours préserver ses compatriotes de l’oppression allemande. « Les vassaux », Pierre Laval et l’Amiral Darlan, vont aussi dans ce sens, toutefois les moyens pour y parvenir diffèrent entre eux ! Duval s’interrompt quand le serveur nous apporte des crudités, sans que nous n’ayons rien commandé. Il revient avec une corbeille de pain et une carafe de vin. Une fois éloigné, le capitaine reprend :

- Laval est convaincu que l’Allemagne va gagner la guerre et que la France doit « prendre sa place dans un ordre nouveau ». Darlan lui est plus subtil et plus à géométrie variable. Il pense qu’il faut ménager l’Allemagne en attendant que les choses tournent mal pour le Reich.

- Enfin Pétain, quant à lui déteste le « boche », il exècre également la 3e République et son système qui selon lui, a conduit la France à la catastrophe. Il bâtit « son ordre nouveau ». Laval et Darlan, ont au moins un point commun, ils abhorrent les anglais, alors que Pétain souhaite garder un contact avec ses anciens alliés. Au milieu de ces contradictions, le Général Charles Huntziger, responsable des 100 000 hommes encore sous les drapeaux, essaye de trouver sa place. Lui, est sincèrement convaincu qu’il y’a encore quelque chose à faire, pour renverser la situation ! Le serveur nous débarrasse de notre entrée et nous apporte un lapin en sauce. La discussion se poursuit.

- Le traité d’armistice a prévu la dissolution du 5e bureau (organisme chargé du renseignement) et la fin des Services Spéciaux. Le 2e bureau(contre-espionnage) existe toujours avec l’aval de l’occupant, afin d’éviter les complots contre Vichy et les allemands. Poussé par Maxime Weygand, le Colonel Louis Rivet*, dont je dépends a fondé à l’intérieur une cellule, le BMA (Bureau des Menées Antinationales) pour plus d’indépendance. Duval s’interrompt, une personne va aux toilettes au fond de la cours.

Quelques instants plus tard, il continue son exposé :

- Tant que les anglais tiendront, il nous reste un espoir. Churchill, vient de faire mettre en place une nouvelle organisation secrète le Spécial Opérations Executive (SOE) en...