: Arthur Conan Doyle
: Le Signe des Quatre
: Books on Demand
: 9782322393602
: 1
: CHF 3.10
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: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 168
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Le Signe des quatre se déroule en 1888. Son intrigue s'appuie sur l'Inde coloniale, un trésor volé et un pacte secret entre quatre bagnards, et nous présente notamment Mary Morstan, future épouse du docteur Watson, ainsi que Toby, chien au flair très développé. Arthur Conan Doyle commence à nous y dévoiler les habitudes de Sherlock Holmes, et notamment, son utilisation de drogue pour tromper l'ennui qui l'accable entre deux enquêtes.

Arthur Conan Doyle, né Arthur Ignatius Conan Doyle le 22 mai 1859 à Édimbourg et mort le 7 juillet 1930 à Crowborough (Sussex de l'Est), est un écrivain et médecin britannique. Conan est l'un de ses prénoms et Doyle son nom de famille. Il doit sa célébrité à ses romans et nouvelles mettant en scène le détective Sherlock Holmes et, dans une moindre mesure, le professeur Challenger. Cet écrivain prolifique a également été l'auteur de livres de science-fiction, de romans historiques, de pièces de théâtre et de poésies. Il est élevé au rang de Chevalier de l'ordre du Très vénérable ordre de Saint-Jean par le roi Édouard VII le 24 octobre 1902.

Chapitre 1 - La déduction est une science


Sherlock Holmes prit la bouteille au coin de la cheminée puis sortit la seringue hypodermique de son étui de cuir. Ses longs doigts pâles et nerveux préparèrent l’aiguille avant de relever la manche gauche de sa chemise. Un instant son regard pensif s’arrêta sur le réseau veineux de l’avant-bras criblé d’innombrables traces de piqûres. Puis il y enfonça l’aiguille avec précision, injecta le liquide, et se cala dans le fauteuil de velours en poussant un long soupir de satisfaction.

Depuis plusieurs mois j’assistais à cette séance qui se renouvelait trois fois par jour, mais je ne m’y habituais toujours pas. Au contraire, ce spectacle m’irritait chaque jour davantage, et la nuit ma conscience me reprochait de n’avoir pas eu le courage de protester. Combien de fois ne m’étais-je pas juré de délivrer mon âme et de dire ce que j’avais à dire ! Mais l’attitude nonchalante et réservée de mon compagnon faisait de lui le dernier homme avec lequel on pût se permettre une certaine indiscrétion. Je connaissais ses dons exceptionnels et ses qualités peu communes qui m’en imposaient : à le contrarier, je me serais senti timide et maladroit.

Pourtant, cet après-midi-là, je ne pus me contenir. Était-ce la bouteille du Beaune que nous avions bue à déjeuner ? Était-ce sa manière provocante qui accentua mon exaspération ? En tout cas, il me fallut parler.

« Aujourd’hui, lui demandai-je, morphine ou cocaïne ? »

Ses yeux quittèrent languissamment le vieux livre imprimé en caractères gothiques qu’il tenait ouvert.

« Cocaïne, dit-il, une solution à sept pour cent. Vous plairait-il de l’essayer ?

– Non, certainement pas ! répondis-je avec brusquerie. Je ne suis pas encore remis de la campagne d’Afghanistan. Je ne peux pas me permettre de dilapider mes forces. »

Ma véhémence le fit sourire.

« Peut-être avez-vous raison, Watson, dit-il. Peut-être cette drogue a-t-elle une influence néfaste sur mon corps. Mais je la trouve si stimulante pour la clarification de mon esprit, que les effets secondaires me paraissent d’une importance négligeable.

– Mais considérez la chose dans son ensemble ! m’écriai-je avec chaleur. Votre cerveau peut, en effet, connaître une acuité extraordinaire ; mais à quel prix ! C’est un processus pathologique et morbide qui provoque un renouvellement accéléré des tissus, qui peut donc entraîner un affaiblissement permanent. Vous connaissez aussi la noire dépression qui s’ensuit : le jeu en vaut-il la chandelle ? Pourquoi risquer de perdre pour un simple plaisir passager les grands dons qui sont en vous. Souvenez-vous que ce n’est pas seulement l’ami qui parle en ce moment, mais le médecin en partie responsable de votre santé. »

Il ne parut pas offensé. Au contraire, il rassembla les extrémités de ses dix doigts et posa ses coudes sur les bras de son fauteuil comme quelqu’un s’apprêtant à savourer une conversation.

« Mon esprit refuse la stagnation, répondit-il ; donnez-moi des problèmes, du travail ! Donnez-moi le cryptogramme le plus abstrait ou l’analyse la plus complexe, et me voilà dans l’atmosphère qui me convient. Alors je puis me passer de stimulants artificiels. Mais je déteste trop la morne routine et l’existence ! Il me faut une exaltation mentale : c’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi cette singulière profession ; ou plutôt, pourquoi je l’ai créée, puisque je suis le seul au monde de mon espèce.

– Le seul détective privé ? dis-je, l