: Marie Colombier
: Le Voyage de Sarah Bernhardt en Amérique
: Books on Demand
: 9782322445523
: 1
: CHF 8.80
:
: Essays, Feuilleton, Literaturkritik, Interviews
: French
: 182
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
RÉSUMÉ :"Le Voyage de Sarah Bernhardt en Amérique" de Marie Colombier plonge le lecteur dans les périples fascinants de la célèbre actrice française Sarah Bernhardt lors de sa tournée en Amérique à la fin du XIXe siècle. Ce récit captivant nous dévoile non seulement les performances théâtrales de Bernhardt, mais aussi les défis et les triomphes auxquels elle a fait face en tant qu'artiste de renommée mondiale. À travers des descriptions vivantes et détaillées, Colombier nous fait voyager dans le temps, nous permettant d'explorer les paysages culturels et sociaux de l'époque. Le livre met en lumière la détermination et le charisme de Bernhardt, qui, malgré les obstacles, a réussi à captiver le public américain avec son talent exceptionnel. En plus de ses exploits sur scène, l'ouvrage offre un aperçu des relations personnelles et professionnelles de Bernhardt, révélant une femme complexe et résolue."Le Voyage de Sarah Bernhardt en Amérique" est une exploration riche et nuancée de la vie d'une icône du théâtre, qui continue d'inspirer par son audace et sa passion pour l'art. _____________________________ ____________ BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR : Marie Colombier, de son vrai nom Aimée Marie Marcelle Millaud, est une écrivaine française du XIXe siècle, connue pour ses écrits sur la vie artistique et culturelle de son temps. Bien que peu de détails soient disponibles sur sa vie personnelle, elle a laissé sa marque en tant qu'observatrice perspicace des figures contemporaines du théâtre et de la société. Colombier a côtoyé des personnalités influentes, ce qui lui a permis de documenter avec authenticité et vivacité les événements marquants de son époque. Son oeuvre la plus notable reste"Le Voyage de Sarah Bernhardt en Amérique", où elle dépeint avec finesse les aventures de la célèbre actrice. En tant qu'écrivaine, Colombier a su combiner son talent narratif avec une approche journalistique, offrant à ses lecteurs des récits à la fois divertissants et informatifs. Bien que ses écrits soient moins connus aujourd'hui, ils constituent un témoignage précieux de la vie culturelle du XIXe siècle.

Chapitre I


Paris, le Havre et New-York. – Je pars et j’arrive. – Le mal de mer. – Découverte de l’Amérique.

Le jeudi 14 octobre dernier, j’étais bien tranquille chez moi, sur ma chaise longue, devant mon feu, quand Sarah m’envoie sa fidèle Guérard pour me dire de passer bien vite à l’hôtel de l’avenue de Villiers.

On ne m’y avait pas vue pendant de longs mois, à la suite de je ne sais quelle brouille avec Sarah.

Mais les journaux, depuis plusieurs semaines, ne tarissaient pas en détails sur sa prochaine tournée d’Amérique, et j’avais lu que la « grande artiste » s’embarquait le samedi suivant, dans deux jours.

Je ne pus résister à la tentation d’aller embrasser mon ancienne camarade, eu lui portant mes souhaits de bon voyage.

Le lendemain, de bon matin, j’arrive à la rue Fortuny.

Du plus loin qu’elle me voit, Sarah court à moi et, m’embrassant :

– Te voilà, ma chérie !… Très bien !… Dépêche-toi de faire tes malles. Tu pars avec moi ?…

– Où cela ?

– En Amérique.

Je la regarde :

– Tu es folle ?

– Non, non. Je t’emmène… Oh ! ne refuse pas… Il n’y a que toi, qui puisses me rendre ce service… Et je sais que tu m’aimes toujours, malgré les cancans…

– Mais enfin, qu’est-ce qui t’arrive ?

– Jeannette, ma sœur est malade. Les médecins ne veulent pas la laisser partir. Il faut que tu viennes.

– En Amérique ?

– Dame ! Pas à Chatou bien sûr.

– Encore faut-il le temps de se préparer… On ne va pas comme ça dans l’autre monde…

– Eh bien, nous irons comme ça ! Je n’ai qu’un jour à te donner, pas une heure de plus. Il faut, tu m’entends, il faut que je fasse cette affaire… Tout de suite… Huit jours d’attente, et ce serait trop tard !… Ainsi, arrange-toi…

– Mais, c’est impossible. Tu n’y songes pas… Quitter ma maison… mes amis. Et puis les rôles ? je ne les sais pas.

– Tu les apprendras en route… Je connais ta mémoire… Il faut faire ce tour de force pour me tirer d’embarras…

– Bien ! Mais les costumes ?

– Tu vas les commander tout de suite. Ils nous rattraperont… Allons, c’est convenu. Je télégraphie à New-York que tu acceptes… Et maintenant cours vite, dépêche-toi.

Moi, sans plus réfléchir, j’obéis à la charmeuse.

– Eh bien, oui… je vais.

Séance tenante, Sarah adresse à son impresario d’Amérique la dépêche suivante :

« Sœur Jeanne malade, ne peut partir. Voyant mon désespoir, Marie Colombier consent à venir.

– SARAH B.

Vingt-quatre heures pour organiser mon départ.

On me croira sans peine si je dis que le lendemain à midi, c’est-à-dire soixante minutes avant l’heure du train pour le Havre, où nous devions passer le dernier jour dans la campagne de Sarah, j’avais encore des courses pour une grande semaine.

Il fut convenu que je prendrais seule le train du soir, ce qui ne m’empêcha pas d’accompagner Sarah à la gare ;

Depuis longtemps déjà la foule des curieux, des amis, des simples voyageurs et plusieurs reporters des journaux boulevardiers attendent autour d’une montagne de malles énormes, en tout vingt-huit colis monstrueux, qui forment l’arsenal complet des costumes, robes, etc., indispensables à l’artiste et à la femme, pour jouer à la scène… et à la ville, la comédie classique et mondaine.

Dans le clan des intimes, je reconnais Busnach, Clairin, Saintin, Duquesnel. L. Abbéma, venus faire escorte à Sarah que Paris va perdre pour six longs mois.

Midi moins cinq ! Tout le monde se porte vers le train où Sarah et les siens prennent possession d’un wagon réservé.

« En voiture ! » Ceux qui restent, quêtent une dernière poignée de main à la portière « Bon voyage ! » crient plusieurs voix.

À ce moment, Sarah passe sa tête à la portière : « Tu sais, Marie, que je t’attends ce soir, ne vas pas manquer le train surtout. Je vous la recommande, crie-t-elle à ceux qui m’accompagnent. » Le train est déjà loin.

À onze heures du soir, j’étais à Sainte-Adresse, sonnant à la grille du futur chalet de Dona Sol, composé pour l’instant d’un modeste pavillon de garde.

C’est là que je reçois l’hospitalité de nuit dans le campement provisoire dressé pour abriter Sarah et sa « maison ».

Nous devisons joyeusement jusqu’au matin, parcourant à la file tous les beaux châteaux… en Amérique dont l’imagination de Sarah nous ouvre les portes d’or.

Le jour nous surprend dans ces rêveries de dormeuses éveillées, le grand jour. De la fenêtre de ma chambre, par-dessus la falaise de la Hève, je vois la moire de la mer qui brille au soleil levant.

C’est là-bas, là-bas, derrière l’horizon que nous serons ce soir à pareille heure. Tout cela est-il bien possible ?

Est-ce vrai que nous allons quitter non pas Paris seulement, cette fois, mais la terre ferme, la France ?

Je commence à le croire lorsque, à huit heures et demie, nous montons, Sarah et moi, la passerelle qui nous conduit à bord du steamer de la Compagnie transatlantique l’Amérique.

Voilà un nom du circonstance ! C’est sans doute pour ne pas manquer cet à-propos qu’on a prolongé d’un voyage supplémentaire le service de ce bateau qui avait bien gagné son tour de réparation.

Les amis de Paris sont au complet. Voici l’heure des adieux, des embrassades, des dernières recommandations et commissions.

Sarah embrasse son fils : « Tu seras bien sage, et tu m’écriras surtout. » Et Maurice doucement :

« Oui, maman ! »

On enlève les échelles, la dernière passerelle derrière les amis redescendus à terre. Seul, un reporter parisien reste avec nous et ne nous quittera qu’en rade en même temps que le pilote.

On va desserrer, les câbles énormes qui nous amarrent au quai. Mais voici des retardaires oubliés, une demi-douzaine de magnifiques têtes de veau fraîchement abattues et destinées à notre table du bord. Pour une minute, on replace une passerelle et à la fois, du bateau et du quai, les hommes saluent comme il convient l’entrée de ces belles têtes. L’incident ne contribue pas peu à renfoncer la petite émotion du départ.

Un coup de sifflet. Un autre. Nous marchons, on dirait. C’est bien cela. Lentement, nous avançons sous un soleil radieux. Les portes des bassins s’ouvrent. Nous traversons l’avant-port. Voici les jetées et la petite tour du phare qui passent devant nous. Nous avons quitté la France.

Du haut de la passerelle du commandant où nous sommes montés, Sarah, boutonnée dans un grand manteau et toute fleurie de lilas blancs, agite son mouchoir à l’adresse des deux douzaines d’amis et de flâneurs qu’on aperçoit le long du parapet.

Dona Sol est d’une gaieté nerveuse. Elle rit, cause, plaisante bruyamment. On dirait ce départ la soulage de quelque préoccupation intime. Elle semble défier tous les obstacles qui pourraient se dresser entre elle et ce voyage…

Sa gaieté tombe tout à coup. Elle nous quitte brusquement et court s’enfermer dans sa cabine, afin sans doute de donner libre cours à son émotion…

Nous restons sur le pont à admirer le spectacle nouveau de la mer.

À perte de vue l’Océan est calme et superbe. On se croirait sur le lac du Bois. Involontairement je cherche les cygnes. Hélas ! quand les reverrai-je, le bois et le lac ?

C’est égal, si l’on avait pareil-temps jusqu’à New-York ce serait charmant de voyager ainsi !

Tout à coup la machine s’arrête. Nous sommes en grande rade. On attend la barque du pilote qui devrait être arrivée déjà avec les dernières dépêches. Le commandant fouille l’horizon de sa lorgnette.

Un quart d’heure, une demi-heure, une heure s’écoulent. Ah ! enfin, la voilà, cette barque. Elle...