: André Gide
: Voyage au Congo
: Books on Demand
: 9782322435203
: 1
: CHF 6.10
:
: Romanhafte Biographien
: French
: 238
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
RÉSUMÉ :"Voyage au Congo" d'André Gide est un témoignage littéraire qui documente son périple en Afrique équatoriale française entre 1925 et 1926. Ce récit de voyage, à la fois personnel et critique, offre une observation minutieuse des paysages, des peuples et des conditions de vie locales. Gide, en tant qu'observateur attentif et humaniste, livre une critique acerbe du système colonial français, dénonçant l'exploitation et les abus dont il est témoin. Il décrit avec une grande sensibilité les interactions avec les populations autochtones, leur culture et leurs traditions, tout en s'interrogeant sur l'impact destructeur de la colonisation. À travers ses descriptions vivantes et ses réflexions introspectives, Gide propose une analyse profonde de la complexité des relations coloniales. Son écriture, empreinte de poésie et de réalisme, capte l'essence des lieux visités, tout en soulevant des questions éthiques et morales sur le rôle de la France en Afrique. Ce livre, bien plus qu'un simple récit de voyage, est une invitation à réfléchir sur les enjeux sociaux et politiques de son temps, tout en offrant un regard critique sur l'histoire coloniale. L'AUTEUR : André Gide, né le 22 novembre 1869 à Paris, est une figure emblématique de la littérature française du XXe siècle. Issu d'une famille protestante, il s'intéresse très tôt à la littérature et publie son premier ouvrage,"Les Cahiers d'André Walter", en 1891. Tout au long de sa carrière, Gide explore divers genres littéraires, de l'autobiographie au roman, en passant par l'essai et le théâtre. Son oeuvre est marquée par une quête constante de vérité et de liberté individuelle, souvent en opposition avec les conventions sociales et morales de son époque. Parmi ses oeuvres les plus célèbres figurent"L'Immorali te","La Porte étroite" et"Les Faux-monnayeurs". En 1927, il fonde la revue"Nouvelle Revue Française", qui devient un important vecteur de diffusion des idées littéraires et culturelles. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1947, Gide est reconnu pour son style élégant et sa capacité à aborder des sujets complexes avec finesse. Sa vie personnelle, marquée par des voyages et des rencontres, influence profondément son oeuvre. Il décède le 19 février 1951 à Paris, laissant derrière lui un héritage littéraire riche et diversifié.

André Gide est un écrivain français, né le 22 novembre 1869 à Paris et mort le 19 février 1951 à Paris. Après une jeunesse perturbée par le puritanisme de son milieu, jeune Parisien qui se lie d'une amitié intense et tourmentée avec Pierre Louÿs, il tente de s'intégrer au milieu littéraire post-symboliste et d'épouser sa cousine. Une rencontre avec Oscar Wilde et un voyage initiatique avec Paul Albert Laurens le font rompre avec le protestantisme et vivre sa pédérastie. Il écrit notamment Paludes qui clôture sa période symboliste et, après la mort « libératrice » de sa mère, ses noces avec sa cousine Madeleine en 1895, il achève Les Nourritures terrestres, dont le lyrisme est salué par une partie de la critique à sa parution en 1897 mais qui est aussi critiqué pour son individualisme. Après des échecs au théâtre, il s'affirme comme un romancier moderne dans la construction et dans les thématiques et s'impose dans les revues littéraires. Son oeuvre trouve ensuite un nouveau souffle avec la découverte des réalités du monde auxquelles il est confronté. Ainsi, le voyageur esthète découvre l'Afrique noire et publie en 1927 le journal de son Voyage au Congo, dans lequel il dénonce les pratiques des compagnies concessionnaires mais aussi celles de l'administration coloniale et l'attitude de la majorité des Européens à l'égard des colonies. Au début des années 1930, il s'intéresse au communisme, s'enthousiasme pour le régime soviétique, mais subit une désillusion lors de son voyage sur place à l'été 1936. Il publie son témoignage la même année, Retour de l'U.R.S.S., qui lui vaut de virulentes attaques des communistes. Il persiste cependant dans sa dénonciation du totalitarisme soviétique au moment des procès de Moscou et s'engage, parallèlement, dans le combat des intellectuels contre le fascisme. En 1940, il abandonne La Nouvelle Revue française et quasiment l'écriture en se repliant sur la Côte d'Azur, puis en Afrique du Nord durant la guerre. Après le conflit, il est mis à l'écart de la vie littéraire, mais honoré par le prix Nobel de littérature en 1947, et il se préoccupe dès lors de la publication intégrale de son Journal. Il meurt le 19 février 1951.

CHAPITRE II – LA LENTE REMONTÉE DU FLEUVE


5 septembre


Ce matin, au lever du jour, départ de Brazzaville. Nous traversons le Pool pour gagner Kinshassa où nous devons nous embarquer sur leBrabant. La duchesse de Trévise, envoyée par l’Institut Pasteur, vient avec nous jusqu’à Bangui, où son service l’appelle.

Traversée du Stanley-Pool. Ciel gris. S’il faisait du vent, on aurait froid. Le bras du pool est encombré d’îles, dont les rives se confondent avec celles du fleuve ; certaines de ces îles sont couvertes de buissons et d’arbres bas ; d’autres, sablonneuses et basses, inégalement revêtues d’un maigre hérissement de roseaux. Par places, de larges remous circulaires lustrent la grise surface de l’eau. Malgré la violence du courant, le cours de l’eau semble incertain, Il y a des contre-courants, d’étranges vortex, et des retours en arrière, qu’accusent les îlots d’herbe entraînés. Ces îlots sont parfois énormes ; les colons s’amusent à les appeler des « concessions portugaises ». On nous a dît et répété que cette remontée du Congo, interminable, était indiciblement monotone. Nous mettrons un point d’honneur à ne pas le reconnaître. Nous avons tout à apprendre et épelons le paysage lentement. Mais nous ne cessons pas de sentir que ce n’est là que le prologue d’un voyage qui ne commencera vraiment que lorsque nous pourrons prendre plus directement contact avec le pays. Tant que nous le contemplerons du bateau, il restera pour nous comme un décor distant et à peine réel.

Nous longeons la rive belge d’assez près. À peine si l’on distingue, là-bas, tout au loin, la rive française. Énormes étendues plates, couvertes de roseaux, où mon regard cherche en vain des hippopotames. Sur le bord, par instants, la végétation s’épaissit ; les arbrisseaux, les arbres remplacent les roseaux ; mais toujours, arbre ou roseau, la végétation empiète sur le fleuve – ou le fleuve sur la végétation du bord, comme il advient en temps de crue (mais dans un mois les eaux seront beaucoup plus hautes, nous dit-on). Branches et feuilles baignent et flottent, et le remous du bateau, comme par une indirecte caresse, en passant les soulève doucement.

Sur le pont, une vingtaine de convives à la table commune. Une autre table, parallèle à la première, où l’on a mis nos trois couverts.

Une montagne assez haute ferme le fond du pool, devant laquelle le pool s’élargit. Les remous se font plus puissants et plus vastes ; puis leBrabant s’engage dans le « couloir ». Les rives deviennent berges et se resserrent. Le Congo coule alors entre une suite rompue d’assez hautes collines boisées. Le faîte des collines est dénudé, ou du moins