: André Gide
: Voyage au Congo - Retour au Tchad les carnets de voyage d'André Gide
: Books on Demand
: 9782322390564
: 1
: CHF 9.70
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: Essays, Feuilleton, Literaturkritik, Interviews
: French
: 480
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
RÉSUMÉ :"Voyage au Congo - Retour au Tchad" d'André Gide est une oeuvre marquante qui documente les observations et réflexions de l'auteur lors de son périple en Afrique centrale dans les années 1920. Dans ce journal de voyage, Gide offre un témoignage poignant et critique de la colonisation française, mettant en lumière les réalités souvent ignorées des territoires africains sous domination coloniale. Son récit est à la fois une exploration géographique et une introspection personnelle, où il décrit avec précision les paysages, les coutumes locales et les interactions humaines. Gide ne se contente pas de narrer son voyage ; il interroge également les politiques coloniales de son époque, soulignant les injustices et les abus dont il est témoin. Ce livre est une invitation à réfléchir sur les conséquences de la colonisation, tout en offrant un regard sincère et sans concession sur les sociétés africaines rencontrées. Par son style littéraire riche et ses observations incisives, Gide réussit à capturer l'essence d'une époque charnière de l'histoire franco-africaine, tout en posant des questions toujours pertinentes sur l'éthique et l'humanité. L'AUTEUR : André Gide, né le 22 novembre 1869 à Paris, est l'une des figures emblématiques de la littérature française du XXe siècle. Écrivain prolifique, il a marqué son époque par ses oeuvres littéraires audacieuses et son engagement intellectuel. Son parcours littéraire débute avec des oeuvres telles que"Les Nourritures terrestres" et"L'Immoraliste&qu t;, qui révèlent son goût pour l'exploration des thèmes de la liberté individuelle et de la morale. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1947, Gide est également connu pour ses essais critiques et ses journaux intimes, où il partage ses réflexions sur la société et la politique. En plus de sa carrière littéraire, il a joué un rôle actif dans les débats intellectuels de son temps, notamment en s'opposant au colonialisme et en soutenant la cause des droits de l'homme. Son voyage en Afrique, documenté dans"Voyage au Congo - Retour au Tchad", témoigne de son engagement à dénoncer les injustices coloniales. André Gide est décédé le 19 février 1951, laissant derrière lui une oeuvre riche et complexe qui continue d'influencer les générations suivantes.

André Gide est un écrivain français, né le 22 novembre 1869 à Paris et mort le 19 février 1951 à Paris. Après une jeunesse perturbée par le puritanisme de son milieu, jeune Parisien qui se lie d'une amitié intense et tourmentée avec Pierre Louÿs, il tente de s'intégrer au milieu littéraire post-symboliste et d'épouser sa cousine. Une rencontre avec Oscar Wilde et un voyage initiatique avec Paul Albert Laurens le font rompre avec le protestantisme et vivre sa pédérastie. Il écrit notamment Paludes qui clôture sa période symboliste et, après la mort « libératrice » de sa mère, ses noces avec sa cousine Madeleine en 1895, il achève Les Nourritures terrestres, dont le lyrisme est salué par une partie de la critique à sa parution en 1897 mais qui est aussi critiqué pour son individualisme. Après des échecs au théâtre, il s'affirme comme un romancier moderne dans la construction et dans les thématiques et s'impose dans les revues littéraires. Son oeuvre trouve ensuite un nouveau souffle avec la découverte des réalités du monde auxquelles il est confronté. Ainsi, le voyageur esthète découvre l'Afrique noire et publie en 1927 le journal de son Voyage au Congo, dans lequel il dénonce les pratiques des compagnies concessionnaires mais aussi celles de l'administration coloniale et l'attitude de la majorité des Européens à l'égard des colonies. Au début des années 1930, il s'intéresse au communisme, s'enthousiasme pour le régime soviétique, mais subit une désillusion lors de son voyage sur place à l'été 1936. Il publie son témoignage la même année, Retour de l'U.R.S.S., qui lui vaut de virulentes attaques des communistes. Il persiste cependant dans sa dénonciation du totalitarisme soviétique au moment des procès de Moscou et s'engage, parallèlement, dans le combat des intellectuels contre le fascisme. En 1940, il abandonne La Nouvelle Revue française et quasiment l'écriture en se repliant sur la Côte d'Azur, puis en Afrique du Nord durant la guerre. Après le conflit, il est mis à l'écart de la vie littéraire, mais honoré par le prix Nobel de littérature en 1947, et il se préoccupe dès lors de la publication intégrale de son Journal. Il meurt le 19 février 1951.

CHAPITRE II – LA LENTE REMONTÉE DU FLEUVE


5 septembre


Ce matin, au lever du jour, départ de Brazzaville. Nous traversons le Pool pour gagner Kinshassa où nous devons nous embarquer sur leBrabant. La duchesse de Trévise, envoyée par l’institut Pasteur, vient avec nous jusqu’à Bangui, où son service l’appelle.

Traversée du Stanley-Pool. Ciel gris. S’il faisait du vent, on aurait froid. Le bras du pool est encombré d’îles, dont les rives se confondent avec celles du fleuve ; certaines de ces îles sont couvertes de buissons et d’arbres bas ; d’autres, sablonneuses et basses, inégalement revêtues d’un maigre hérissement de roseaux. Par places, de larges remous circulaires lustrent la grise surface de l’eau. Malgré la violence du courant, le cours de l’eau semble incertain. Il y a des contre-courants, d’étranges vortex, et des retours en arrière, qu’accusent les îlots d’herbe entraînés. Ces îlots sont parfois énormes ; les colons s’amusent à les appeler des « concessions portugaises ». On nous a dit et répété que cette remontée du Congo, interminable, était indiciblement monotone. Nous mettrons un point d’honneur à ne pas le reconnaître. Nous avons tout à apprendre et épelons le paysage lentement. Mais nous ne cessons pas de sentir que ce n’est là que le prologue d’un voyage qui ne commencera vraiment que lorsque nous pourrons prendre plus directement contact avec le pays. Tant que nous le contemplerons du bateau, il restera pour nous comme un décor distant et à peine réel.

Nous longeons la rive belge d’assez près. À peine si l’on distingue, là-bas, tout au loin, la rive française. Énormes étendues plates, couvertes de roseaux, où mon regard cherche en vain des hippopotames. Sur le bord, par instants, la végétation s’épaissit ; les arbrisseaux, les arbres remplacent les roseaux ; mais toujours, arbre ou roseau, la végétation empiète sur le fleuve – ou le fleuve sur la végétation du bord, comme il advient en temps de crue (mais dans un mois les eaux seront beaucoup plus hautes, nous dit-on). Branches et feuilles baignent et flottent, et le remous du bateau, comme par une indirecte caresse, en passant les soulève doucement.

Sur le pont, une vingtaine de convives à la table commune. Une autre table, parallèle à la première, où l’on a mis nos trois couverts.

Une montagne assez haute ferme le fond du pool, devant laquelle le pool s’élargit. Les remous se font plus puissants et plus vastes ; puis leBrabant s’engage dans le « couloir ». Les rives deviennent berges et se resserrent. Le Congo coule alors entre une suite rompue d’assez hautes collines boisées. Le faîte des collines est dénudé, ou du moins semble couvert d’herbes rases, à la manière des « chaumes » vosgiens ; pacages où l’on s’attend à voir des troupeaux.

Arrêt devant un poste à bois, vers deux heures (j’ai cassé ma montre hier soir). Aimables ombrages des manguiers. Peuple indolent, devant quelques huttes. Je vois pour la première fois des ananas en fleurs. Surprenants papillons, que je poursuis en vain avec un filet sans monture, car j’ai perdu le manche à Kinshassa. La lumière est glorieuse ; il ne fait pas trop chaud.

Le navire s’arrête à la tombée du jour sur la rive française, devant un misérable village : vingt huttes clairsemées autour d’un poste à bois, où leBrabant se ravitaille. Chaque fois q