: Eugène Viollet-le-Duc
: Entretiens sur l'architecture
: Books on Demand
: 9782322422517
: 1
: CHF 8.80
:
: Kunstgeschichte
: French
: 656
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Les Entretiens sur l'architecture ont été publiés en 1863. Viollet-le-Duc y concentre, plus que dans le Dictionnaire, l'essentiel de son expérience et de sa pensée. L'architecture n'est pas la seule affaire des architectes, c'est l'affaire de tous : elle naît et se développe dans et avec les sociétés où elle s'incarne. Cette véritable encyclopédie consacrée à l'Architecture Française du XIe au XVIe siècle est un document que tout praticien de l'architecture se doit de posséder.

Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc est un architecte français né le 27 janvier 1814 à Paris. Il est décédé le 17 septembre 1879 à Lausanne. Il est connu auprès du grand public pour ses restaurations de constructions médiévales. On lui doit aussi d'avoir posé les bases de l'architecture moderne. Il a été Inspecteur général des édifices diocésains, Membre de la Commission des arts et édifices religieux (en 1848), etc. Viollet-le-Duc a participé à la restauration de nombreux édifices comme la basilique de Vézelay en 1840, la cité de Carcassonne, la cathédrale de Paris, le château de Pierrefonds, etc.

Obtenir le plus grand vide possible à l'aide des pleins les plus réduits est certainement le problème posé par toutes les architectures, dès l'instant qu'il a fallu bâtir pour le public . La foule n'entrait pas dans les temples grecs, et comme je l' ai dit quelque part déjà, les petites républiques de la Grèce n' assemblaient les citoyens que dans des enceintes en plein air. Si les romains ont les premiers donné à leur structure des dispositions qui permettaient à un public nombreux de se réunir à couvert, les gens du moyen âge ont suivi ce programme en cherchant à réduire autant que possible les pleins. Les matériaux mis à leur disposition ne leur ont pas permis cependant de franchir une certaine limite, puisqu'ils prétendaient voûter leurs grands édifices. Ne pouvant employer le fer forgé ou la fonte en grandes pièces, ce n'était qu'à l'aide de combinaisons d'appareil, d'un système d'équilibre des résistances et des poussées, qu'ils parvenaient à élever des vaisseaux tels que ceux de nos grandes cathédrales. Or nous possédons ces moyens qui leur manquaient. Le fer nous permet des hardiesses à peine tentées, à la condition d'employer cette matière en raison de ses qualités. Encore une fois, il ne s'agit pas d'élever des halles, des gares de chemin de fer, mais bien de couvrir des surfaces en maçonnerie, largement éclairées et pouvant remplir les conditions de salubrité et de durée que demande notre climat. Les corps solides, les polyèdres composés de surfaces planes paraissent devoir fournir un élément applicable à la structure partie en fer , partie en maçonnerie s'il s'agit de voûtes. En effet les combinaisons tendant à fabriquer des arcs en fer, soit au moyen de plaques de tôle assemblées, soit au moyen de trapèzes en fer fondu ou forgé réunis par des boulonnages ne sont données ni par la nature du métal, ni par les formes que peuvent fournir les usines. Dans ces conditions, les armatures en fer sont dispendieuses et ne remplissent les fonctions auxquelles on les affecte qu'à la condition de leur donner plus de force qu'il n' est nécessaire pour résister aux déformations ou aux ruptures ; mais si nous considérons le fer laminé comme une matière bonne surtout pour résister à des tirages, si par la combinaison des maçonneries qui les accompagnent nous maintenons les chantournements, si nous prenons le métal comme étant d'un emploi et d'un assemblage faciles par parties rectilignes ; si nous formons de ces pièces une sorte de réseau indépendant, et si sur ce réseau en ferronnerie nous posons des voûtes par parties, nous aurons ainsi établi les armatures en fer suivant leurs qualités et nous aurons des facilités pour couvrir de grandes surfaces au moyen d'une suite de concrétions en maçonnerie. Soit un polyèdre, figure 16 pouvant être inscrit dans une demisphère, composé de côtés égaux entre eux, formant des octogones, des hexagones et des carrés, il est clair que si nous établissons une armature en fer, ainsi disposée, nous obtiendrons un réseau solide, résistant, et que sur chacune des parties de ce réseau nous pourrons bander des portions de voûtes. Partant de cette donnée simple, nous admettons que nous avons à voûter une grande salle de concert, par exemple, pouvant contenir, compris les tribunes, environ 3000 personnes. Le plan A, figure 17, remplira ce programme. En A nous aurons un vestibule pour les piétons, en B des vestibules pour les personnes arrivant en voiture, en C des escaliers montant aux tribunes. La salle, non compris les appendices E aura 46 mètres dans les deux sens, dans oeuvre, et donnera une surface de plus de 2000 mètres. En(..) est tracée la projection horizontale du polyèdre indiqué figure 16. Si nous faisons une coupe sur Gh, nous obtiendrons le tracé B. L'armature du polyèdre en fer reposera sur huit colonnes en fonte reportant les charges sur les jambes de force obliques I.

Ces jambes de force porteront en même temps les tribunes K. Les murs des quatre appendices buteront les poussées de tout le système, poussées d'ailleurs réduites à une très faible action.

Ces appendices seront voûtés (ainsi que l'indique la coupe C, faite sur Op) sur des poitraux en tôle S, de façon à ne point exercer de poussée sur les pignons. On observera que chaque membre rectiligne de l'armature est d'égale longueur et que cette longueur est de 8 m, 60 environ, pour le polyèdre comme pour les autres parties des voûtes. Nous reviendrons sur la forme de ces membres et sur leur décoration, quand nous nous occuperons plus spécialement de la serrurerie. L'aspect de cette structure est présenté dans la figure 18, grâce à ce réseau de fer, les portions de voûtes pourraient être faites en matériaux trèslégers et n'auraient qu'une très−faible épaisseur. On voit que ces portions de voûtes, entre les mailles du réseau en fer, sont composées d'arcs qui pourraient être faits soit en brique moulée , soit en pierre tendre ; que les remplissages se feraient aisément, soit en poteries, soit en briques creuses à plat, soit même en tranches moulées comme il a été dit ci−dessus. Le cintrage de ces voûtains s'établirait sur l'armature même qui reste indépendante, vue, au−dessous des voûtains, et qui ne sert qu'à les porter aux points où aboutissent leurs arcs diviseurs.

La plus grande surface à voûter est celle de l'octogone du milieu qui a 21 mètres de diamètre, mais dont le poids est diminué par le jour circulaire du sommet. Quant aux hexagones ils n'ont que 16 mètres d'angle en angle, et leur position oblique fait que les charges de la voûte qui les remplit, se reportent sur les colonnes en fonte. Il faudrait, pour rendre compte de tous les moyens d'exécution de ce système de construction, une quantité de détails qui ne peuvent avoir ici leur place ; et d'ailleurs il n'entre nullement dans ma pensée de donner dans cet exemple autre chose qu'une des applications raisonnées de l'emploi simultané du fer et de la maçonnerie, d' indiquer seulement le sens dans lequel les recherches doivent être poussées, si l'on prétend sortir de la routine et adopter sérieusement le fer dans nos grandes constructions, autrement que comme un palliatif ou un moyen dissimulé. i 95 en examinant les cristaux naturels, par exemple, on trouverait les dispositions les mieux applicables à des voûtes partie en fer, partie en maçonnerie. La plupart de ces polyèdres donnés par la cristallisation présentent des dispositions de plans permet tant non−seulement l'emploi de la ferronnerie en grandes parties pour couvrir des espaces considérables, mais aussi des formes dont l' aspect serait très−satisfaisant. Quand il s'agit de l'emploi de matières nouvelles, il ne faut rien négliger, chercher un enseignement partout et particulièrement dans ces principes naturels de la création, dont nous ne saurions trop nous inspirer s'il faut créer à notre tour. Supposons que nous ayons à élever un édifice de cette dimension ; en fermant ce vide énorme à l' aide des procédés de structure admis par les architectes romains ou même par ceux du moyen âge, on pourra supputer facilement la surface qu'il sera nécessaire de donner aux pleins, comparativement aux vides, pour contrebuter une voûte en maçonnerie ayant 15 mètres de plus que la calotte de sainteSophie de Constantinople. Ce n'est pas exagérer de dire que cette surface des pleins devrait être au moins trois fois plus considérable que celle donnée dans notre plan. Serait−il possible même d'établir sur ces dimensions une voûte sphéroïdale en maçonnerie sur pendentifs ? On ne l'a jamais tenté. Mais, objectera−t−on, quelles preuves apportez−vous de la stabilité du système indiqué ici ? Ceci n'est qu'une hypothèse ; en la supposant ingénieuse, elle ne peut valoir une expérience. Je ne saurais, il est vrai, bâtir une salle de cette dimension pour prouver la valeur du système. Je ne puis qu'appuyer cette valeur sur le raisonnement. D'abord remarquons que la voûte principale, celle qui remplace la calotte en maçonnerie d'une coupole sur pendentifs, est dans oeuvre, isolée des points d'appui en maçonnerie par un intervalle de 5 à 6 mètres ; que l'armature en fer de cette voûte centrale est composée de membres tous égaux entre eux, possédant des assemblages semblables et formant tous, à la réunion des trois membres, une pyramide suivant les mêmes angles ; que, par conséquent, n'y eût−il pas d'assemblages, ces trois membres se butent de façon...