: Emilie Riger, Frank Leduc, Rosalie Lowie, Dominique Van Cotthem
: Point de rencontre
: Books on Demand
: 9782322406111
: 1
: CHF 3.90
:
: Hauptwerk vor 1945
: French
: 238
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Certaines rencontres changent définitivement la vie. Parfois, il suffit d'un regard, d'un sourire, d'un parfum. Parois, il faut du temps pour comprendre l'importance de l'instant. Lorsque survient ce rendez-vous, le coeur sait qu'il ne battra plus pareil. Nous vous proposons un voyage jusqu'au point de rencontre, là où le hasard ressemble à une évidence, là où tout commence. Après"Quelques mots à vous dire" et"Un hôtel à Paris","Point de rencontre" est le troisième recueil de nouvelles publié par Dominique Van Cotthen, Rosalie Lowie, Frank Leduc et Emilie Riger.

Emilie Riger vit dans le Loiret, un endroit parfait pour élever ses trois petits lutins. Elle a pratiqué de multiples métiers, depuis historienne de l'art jusqu'à diététicienne. Aujourd'hui écrivaine, elle propose des ateliers d'écriture pour partager sa passion. Après avoir gagné le concours de nouvelles de Quais du Polar de Lyon en 2018 avec"Maux comptent triple", elle remporte le Prix Femme Actuelle - Les Nouveaux Auteurs du roman Feel Good pour Le temps de faire sécher un coeur (disponible chez Pocket). Autres titres : Les assiettes cassées, L'amertume du mojito, Top to bottom. Sous le nom d'Emilie Collins ont été publiés Les Délices d'Eve, Coeur à corps et L'Oiseau rare.

RÊVES ERRANCES

Je me souviens du temps - il y a fort longtemps - où durant mon enfance encore nourrie d’insou-ciance, je m’inventais des histoires faisant ainsi de mon quotidien un chemin jalonné des fruits de mon imagination, entre passages secrets, endroits sacrés et cachettes surprises. Je me souviens encore de ces mots en guise de préambule « et si on disait que j’étais … », précieux sésames donnant accès à des terrains de jeux que seuls mes copains et moi-même étions autorisés à explorer, transformant la réalité en terre d’aventures.

« Et si on disait que j’étais… » le cow-boy et toi l’indien ?... le pirate et toi le corsaire ? … le gladiateur et toi le centurion ? …et ainsi de suite selon les personnages historiques ou fantastiques que nous découvrions dans les bouquins ou à la télévision.

Depuis, les temps ont bien changé et désormais sur l’autel de la réalité cathodique trône une telle pléthore de héros en série que même la génération des millennials ne sait plus où donner du like. Certes, Starsky& Hutch ont cédé la place aux personnages Marvel, mais la magie opère toujours dans l'esprit des lutins du monde entier lorsqu’il s’agit de se réincarner en super héros ou de s’inventer un rôle sur mesure.

Ce « Et si on disait que j’étais… » prenait toute sa dimension lorsque nous le prononcions, point de départ d’un périple nous menant tout droit qui d’une chasse au trésor, qui d’un jeu de piste ou d’une course poursuite dans un périmètre allant du portail d’entrée des Radet jusqu’aux confins du parc des Guéry. Le décor était planté et je vous rassure, personne n’a jamais été blessé, même quand les soldats de plomb prenaient le relais les jours de pluie et envahissaient la salle à manger, faisant de l’endroit un véritable champ de mines où quiconque osait s’aventurer s’exposait à une salve d’obus-billes en terre cuite.

Le danger était partout, fallait faire attention où mettre les pieds dans ces espaces de vie transformés soudainement en territoires hostiles et bunkers insolites, où l’ennemi pouvait surgir du vaisselier, se planquer dans la penderie ou trouver un abri antiatomique dans la niche de Kiki, le chien.

Les déguisements n’étaient pas en reste, comme si revêtir nos habits de lumière nous octroyait des pouvoirs surnaturels. Tantôt Viking, tantôt Chevalier, Zorro ou Josh Randall, Geronimo ou Davy Crocket, Superman ou Hulk, forts de ce côté obscur de la force, nous changions de mondes et d’époques à volonté et réinterprétions l’Histoire à notre façon. Avec un grand i comme Imagination. Notre monde s’enrichissait de ces rencontres éphémères sur lesquelles, une fois nos parties terminées, nous jouions les prolongations en nous plongeant dans les aventures extraordinaires des nombreux livres soigneusement rangés dans l’imposante bibliothèque du salon. Du capitaine Nemo aux compagnons de la Croix-Rousse, de Jules Verne à Jack London, en passant par Alix et Rahan, c’est fou le monde que nous côtoyions.

Et vous, avec des si, vous étiez qui ?

Le « Et si … » fit son bout de chemin durant ces années d’errances imaginatives et rencontra un beau jour le « Quand je serai grand… », une sorte de grand frère sur lequel tous les espoirs semblaient permis. « Quand je serai grand, je serai astronaute…archéo-logue…explorateur…footballeur… » bref, des trucs de grand qui faisaient rêver les p’tits. La vie n’étant pas un long fleuve tranquille hormis pour Thomas Pesquet, Frank Leduc, Jean-Louis Etienne ou Michel Platini, je m’aperçus rapidement que les épaules de ce grand frère ne pouvaient porter à elles seules tous les espoirs des gamins de 7 à 18 ans, apportant la preuve irréfutable que les colosses aux pieds d’argile ne sont pas des légendes. La jeune pousse que j’étais alors ne pouvait pas s’imaginer que les espoirs placés en moi par mes parents resteraient à l’état de friche. Et que les chemins que j’em-prunterais à l’avenir seraient sevrés de ces parfums d’enfance, la vie se chargeant de déplacer mes rêves de tête de gondole au rayon congélation.

Et vous, quand vous étiez petits, vous vouliez être qui ?

La date de validité de mon « Quand je serai grand» arriva à échéance un 24 mai d’une année du siècle dernier, jour d’une rencontre fatale entre le début de ma vie active et la fin de ma vie fictive. Le coup de téléphone m’annonçant mon embauche pour mon premier job me fit certes sauter de joie mais aussi prendre conscience que la récréation était terminée. Je fêtai toutefois dignement l’événement avec mon ami québécois, le talentueux photographe André Doyon, qui avait établi son camp de base chez moi durant son séjour en France. Je m’en souviens encore puisque à partir de ce jour-là, je ne pensai plus, je fus. Par contre, je ne me souviens plus de la marque de la bière. Voilà ce qui arrive quand on prend de la bouteille.

Ce nouveau statut d’adulte enterra mes dernières illusions de devenir celui que j’imaginais quand j’étais enfant, creusant un peu plus le sillon de mes aspirations déçues. Heureusement, la vie est bien faite et m’apporta bon nombre de lots de consolation à défaut de m’avoir fait gagner celui du loto ou de m’avoir doté de supers pouvoirs. Je bossais dorénavant comme concepteur rédacteur au sein d’une agence de pub parisienne mais je ne le dis jamais à ma mère car elle croyait que j’étais pianiste dans un bordel.

N’empêche qu’il m’a souvent fallu résister à la tentation de me transformer en un autre que moi à en croire l’insistant précepte ‘‘J’aurai voulu être...’’ qui frappa à la porte de mon esprit vagabond avec ses embruns de nostalgie se fracassant sur le quotidien de ma réalité. Adieu les héros d’antan, bienvenus à ceux des temps modernes incarnés par des gens ordinaires mais animés d’une passion sans limites.

Je me souviens de ces apéros au Pacific Palissades de la rue Quincampoix où les musiciens d’un soir venaient pousser la chansonnette, entre la plancha et la tequila. Au sous-sol, juché sur une estrade recouverte de tissu en lamé rouge vermillon, un piano se tenait droit et fier comme Artaban. Le fait qu’il fut à queue expliquant sa posture. Il était à disposition de quiconque rêvait de se prendre pour Baxter Dury en agrémentant le menu avec la reprise d’un tube à la sauce relevée ou d’une mélodie aigre douce, le tout se terminant par un plat de résistance digne des plus beaux bœufs de la capitale. Là, au Pacific Palissades, j’y ai croisé Angie, Michelle, Roxanne, Mélissa, Billie Jean, Marcia, Aline et Joséphine.

Là, j’aurai voulu être pianiste…

Je me souviens de cette expédition sur la rivière Romaine, à l’autre bout du monde, où je rencontrai des baleines qui folâtraient dans le port de Havre Saint Pierre, des ours qui pointaient leur museau à la brunante et des brûlots qui prenaient ma peau pour du gâteau. Je n’oublierai pas Bob, l’ouragan, à l’humeur particulièrement cyclo(ne)thymique et au caractère bien trempé. Là-bas, au pays de la démesure, outre des situations jamais vécues, une rencontre inoubliable avec Bernard Voyer, guide-explorateur-conteur-alpiniste-skieur-conférencier, bref un personnage hors norme dont la carrure, la bonté, les connaissances et la fiche wikipédia sont à la mesure de son pays. Démesurées.

Là-bas, j’aurais voulu être aventurier…

Je me souviens de JM. Renard, brillant illustrateur dont le passe-temps favori était de distribuer des coups. Des coups de crayon. Il se tenait toujours prêt à dégommer le Renard et lorsqu’il commençait à croquer des instantanés de vie, c’était un spectacle. Affûter la mine, noircir la page, mettre les formes, arrondir les angles, tracer les contours, donner une expression, esquisser un paysage, puis dégainer son couteau et ses aquarelles avant d’immortaliser le croquis dans ses carnets de...