: Marie-Paule Dunant
: Deuxième chance On a tous besoin d'une main tendue
: Books on Demand
: 9782322389858
: 1
: CHF 2.50
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: Hauptwerk vor 1945
: French
: 188
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Dans la vie il y a deux types de personnes - les forts et les faibles. Les premiers dominent les deuxièmes, les exploitant jusqu'à ce que mort s'ensuive. C'est ainsi que Dan voit le monde, lui qui a dû fuir les atrocités de sa famille pour descendre aux enfers de la rue. Pourtant dans ce monde obscur, il a des amis sur qui compter. Jusqu'au jour où sa vie bascule à nouveau et cette fois à cause de Luc, un éducateur d'un centre de réinsertion. Entre haine, folie et regret, un sentiment étrange apparaît dans la vie de Dan. Il s'agit d'une réédition.

Marie-Paule Dunant est un écrivain français. Elle est née le 1er avril 1982 à Thionville où elle réside toujours. Après des études sciences médico-sociales, elle se dirige vers le secteur du bâtiment. En 2013, après le cumul de nombreux petits emplois, elle entre dans la fonction publique dans un service marchés publics. Parallèlement à son travail, elle écrit énormément pour elle avant de se décider, poussée par des amis, à publier sur Wattpad pendant près de 2 ans. En 2018, elle décide de sauter le pas et de se lancer dans l'aventure de l'auto-édition avec un premier roman LGBT"Deuxième chance".

I


Trois adolescents étaient adossés au mur d’un vieux hangar désaffecté, devenu leur lieu de rendez-vous quotidien. Ils s’y retrouvaient pour boire de l’alcool et fumer quelques joints, à l’abri des regards indiscrets, surtout ceux de la police. Ces derniers n’attendaient qu’un faux pas de leur part pour les arrêter. Cela faisait des années qu’ils ne fréquentaient plus l’école, exactement depuis leur fugue respective. Ils squattaient à gauche et à droite, dans des bâtiments vides. Ils vivaient principalement de petits larcins et de vols. Occasionnellement, quand il fallait plus d’argent, ils tiraient à la courte paille celui qui irait faire la pute. Pour eux, ce n’était pas une insulte, juste une évidence de ce qu’ils faisaient avec leur corps. C’était une chose courante dans le quartier où ils résidaient et les professionnelles du sexe, plus âgées, ne s’en formalisaient pas trop. On leur refilait souvent les vieux vicelards autour de la cinquantaine qui aimait les garçons. C’était de l’argent facile, même si pour cela, ils s’asseyaient sur leur fierté.

— Hé, Dan, file-moi la bouteille avant de tout descendre comme un égoïste.

— Ne me fait pas chier Yann, je n’ai même pas bu une gorgée, j’ai juste trempé les lèvres. Cody, tu as fini de le rouler ou c’est pour demain ? demanda-t-il en se retournant vers son ami.

— Ça va, je me dépêche, mais il s’agit d’un papier de mauvaise qualité. La prochaine fois, faites gaffe à ce que vous prenez. Ne le gâchez surtout pas, les gars, c’est la dernière dose. On ne sait pas quand on pourra en fumer un de nouveau.

— On doit donc tirer au sort celui qui ira se faire enculer ce soir, annonça Yann tout en inspirant une taffe. Il n’y a pas moyen que j’attende plus que nécessaire. Je ne tiendrai pas.

Yann, le plus âgé de la bande, possédait des cheveux courts châtains et le regard argenté. Les deux autres le considéraient comme le chef du groupe alors qu’il n’y avait pas de réelle hiérarchie. Il se chargeait souvent des transactions pour de la drogue. Personne ne savait depuis combien d’années il était dans la rue. Dan et Cody pensaient que cela durait depuis très longtemps, car c’était lui qui leur avait appris toutes les ficelles pour survivre dans la jungle urbaine.

Dan du haut de ses dix-sept ans passait beaucoup de temps à provoquer leur aîné même pour des broutilles. C’était son caractère et ce qui lui permettait de tenir dans cet enfer. Ces cheveux café mi-longs, coiffés à la sauvage, lui donnaient un air beaucoup plus jeune, ce qui attirait de nombreux clients pendant de ses séances de tapin. Même après autant de mois à le faire, il avait du mal à s’y habituer. D’ailleurs prenait-on le pli réellement quand son corps était en permanence sali par les autres. La seule chose qui le faisait tenir était le gros billet qu’il encaissait à la fin. Au moins, il pouvait s’acheter ce dont il avait besoin.

Cody était le plus jeune et le dernier de la bande. Il était arrivé dans le groupe depuis six mois. Ce garçon aux allures de punk avait tenté de voler l’argent gagné par Dan. Après une bonne bagarre, les trois adolescents avaient finalement sympathisé. Il était le plus bavard de la bande. Dan le surnommait la pile. Ce dernier se demandait même comment il faisait pour être en permanence aussi énergique, quand lui ne rêvait que de son lit et de paix. Mais il ne pouvait pas nier qu’il aimait bien ce type qui rendait moins triste leur quotidien.

Ils firent tourner le joint, se délectant de chaque bouffée qu’ils fumaient. Cody ouvrit une deuxième bouteille de vodka. Les trois amis appréciaient déguster les alcools forts sans aucun mélange. La consommation simultanée de la boisson et de la drogue les rendit rapidement stone. Ils se décidèrent tout de même de tirer au sort, avec le jeu « pierre – feuille – ciseaux », celui qui devait se débrouiller pour trouver de l’argent afin d’acheter de l’herbe assez vite. À la fin de la partie, ce fut Dan qui perdit. Il tenta de contester, mais ses gestes étaient devenus tellement désordonnés qu’il tomba aux pieds de Yann. Cody éclata de rire, aussitôt rejoint par l’aîné.

— C’est quand même super la liberté, lança le punk.

— Je ne te le fais pas dire. Pas de contrainte, on peut faire ce que l’on veut, quand on le désire, c’est la grande vie au final, commenta Dan.

— Les gars, on doit se relever, on a de la visite. Regardez qui passe par là. Un duo d’intello. Ils ont peut-être du fric pour nous, annonça Cody.

— Occupe-toi en Yann. Si tu désires de l’aide, on viendra en renfort, mais ils ne paraissent pas costauds.

— Putain les mecs, pourquoi moi ?

— Parce que Dan a besoin d’être en forme pour ce soir et moi je tiens la bouteille.

Yann se leva et se dirigea vers le groupe des premiers de la classe.

— Ben alors les gosses, on s’est perdu ? Il est fortement déconseillé de traîner dans certaines rues. Il pourrait vous arriver des malheurs, vous savez.

— On ne fait que passer, répondit le petit blond.

— Ben voyons. Pour traverser, il faut s’acquitter de la taxe.

— La rue appartient à tout le monde. Laissez-nous continuer notre chemin.

— Vous avez entendu les gars ? La rue serait à n’importe qui.

— Allez, Yann, montre-leur que cette rue est une propriété privée, lança Cody.

Dan observait la scène, le regard brumeux. Il trouvait le blondinet bon à croquer et il se voyait bien le faire couiner contre un mur. Il se leva péniblement et se dirigea vers la troupe.

— Dis Jean, j’ai une idée. S’ils n’ont pas les moyens de payer cash leur droit de passage, ils peuvent toujours régler en nature. Surtout le petit garçon aux cheveux de blés.

— Pourquoi pas, le deuxième est plutôt mignon et tout à fait à mon goût.

— Alors les gars, c’est cent euros par tête ou bien ce sera un tour dans le hangar. À vous de choisir, nous sommes dans un jour de bonté.

Le blond semblait garder son sang-froid et regardait les deux voyous. Il analysa brièvement la situation avant de saisir le poignet de son camarade et de prendre la tangente. Yann et Dan mirent quelques secondes à réagir. Aussitôt, ils coururent après les deux fuyards. Ils s’arrêtèrent au coin de la rue après les avoir perdus de vue.

— Putain, tu fais chier Dan. Tu aurais pu aller plus vite.

— Et toi alors, tu n’avais qu’à les attraper plus tôt. Tu veux toujours t’amuser et regardes à comment cela se finit. On aurait pu tirer notre coup tranquille et tu as tout gâché.

— Vas-y plains toi. Toi tu n’as même pas bougé d’un centimètre ton cul.

Ils se cherchèrent quelques secondes les poings serrés, prêts à en découdre avant d’apercevoir Cody revenir au pas de course avec les flics à ses trousses. Ils décampèrent illico et se séparèrent pour avoir une chance de s’en sortir.

*

Dan entra dans un hôtel plutôt insalubre où il possédait une chambre permanente. C’est ici qu’il faisait généralement ses affaires de cul. Il n’appréciait pas de faire ses passes à l’arrière d’une voiture ou sur un parking. Et puis après, il pouvait se laver pour enlever l’odeur et la sensation des mains de ces hommes qui se sentaient trop hétéros pour accepter qu’ils aimassent pourtant une bite.

Le propriétaire fermait l’oeil contre un petit pourcentage des gains. Ce dernier n’allait pas cracher sur quelques billets. Il monta dans sa pièce miteuse et s’allongea sur le lit, dont on pouvait douter de la fraîcheur des draps jaunis. Il n’allait pas s’en plaindre, car au moins, il avait un toit. Les murs étaient tellement épais, qu’il entendait tout ce qui se passait de part et d’autre. La chambre du côté de sa tête de lit était actuellement occupée. Il percevait parfaitement le grincement du sommier et les simulations de la femme qui devait en être à son énième client de la journée. Il y avait à peine deux jours, il l’avait croisé en rentrant de sa balade nocturne. Un coquard et la lèvre inférieure fendue décoraient le visage de la prostituée....