: Charles Sheldon
: Que ferait Jésus ? Dans ses pas...
: Books on Demand
: 9782322422227
: 1
: CHF 2.60
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 300
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
La place occupée dans la littérature évangélique par In His Steps, le best-seller de Charles Sheldon, pourrait se comparer à celle de l'épître de Jacques dans la Bible : Il faut avoir lu ce livre, mais il serait dangereux de vouloir baser sa théologie dessus. C'est pourtant ce qu'a tenté de faire, au début du vingtième siècle, le mouvement américain connu sous le terme de Social Gospel. Son principe se résume sommairement, comme le livre de Sheldon, à insister sur le côté pratique du message évangélique, sans se préoccuper du côté doctrinal. Vendu à trente millions d'exemplaires, traduit en une douzaine de langues, comment s'expliquer le succès phénoménal rencontré par ce livre dans le public chrétien ? Il tient tout entier dans le caractère spirituel de la question : Que ferait Jésus J Cependant seuls les chrétiens authentiques sont capables de ne pas la comprendre de travers. Le Fils de Dieu reste par nature unique dans l'humanité ; ses actes, ses pensées, ses paroles ont été uniques, et nul être humain ne peut prétendre à leur originalité. L'imitation de Dieu que nous exhorte l'Écriture à exercer ne peut donc consister en un simple mimétisme dicté par notre imagination. Savoir ce que Jésus ferait à notre place, ne peut correspondre à une réalité que si son Esprit nous anime. Cette édition ThéoTeX reproduit le texte de 1899, traduit en français par Louise Cornaz.

Chapitre II


Celui qui dit qu’il demeure en lui doit marcher aussi comme il a marché luimême.

(1Jean 2.6)

Lelundi matin, Edouard Norman, le rédacteur en chef duJournal de Raymond, songeait, assis devant son pupitre, au mobile qui allait désormais décider de ses actions. Il s’était engagé de bonne foi à ne se laisser diriger en toutes choses que par cette question : « Que ferait Jésus ». Il croyait s’être rendu compte d’emblée de tout ce qui pourrait résulter de cette nouvelle direction donnée à sa vie, mais en cet instant, au moment de reprendre le cours régulier de son activité et de rentrer dans le tourbillon des affaires journalières, il éprouvait une hésitation assez voisine de la peur. Comme il était descendu à son bureau de très bonne heure, il s’y trouvait encore complètement seul et, peu à peu, tandis qu’il considérait sa situation, un désir aussi intense que nouveau s’emparait de lui. Ainsi que tous les membres de la petite compagnie enrôlée au service littéral du Christ, il avait encore à comprendre que l’Esprit de vie allait se manifester en lui comme jamais jusqu’ici. Il se leva, ferma sa porte, et fit ce qu’il n’avait pas fait depuis des années : il s’agenouilla devant son pupitre et demanda à être guidé pas à pas par la divine Sagesse, puis il se releva, résolu à suivre les directions qui lui seraient suggérées, au fur et à mesure, par les événements de la journée. Maintenant que l’heure était venue de se mettre à l’oeuvre, il se disposait à l’accomplir vaillamment, fort de l’appui qu’il venait de solliciter.

Il ouvrit sa porte et se remit à sa besogne. Le rédacteur en second venait d’entrer dans la salle voisine, et l’un des reporters faisait déjà courir ses doigts sur le clavier d’une machine à écrire. Lui-même saisit une plume et s’absorba dans l’article du jour, qu’il écrivait toujours en personne. La voix du metteur en pages lui fit bientôt lever la tête :

—Voilà l’article concernant le concours de lutte d’hier, disaitil. Il remplira trois colonnes et demie, je suppose qu’il peut passer en entier.

Edouard Norman avait coutume de s’occuper lui-même, jusque dans les détails, de tout ce qui concernait son journal, et on le consultait à propos des moindres articles, mais souvent, comme dans le cas présent, cette consultation n’était qu’une simple formalité.

— Oui. . ., c’est-à-dire non. Montrez-moi cela.

Il prit la copie qu’on lui tendait et la parcourut avec attention, puis il la posa devant lui et réfléchit un instant, les sourcils froncés, le front anxieux.

— Non, cela ne passera pas aujourd’hui, dit-il enfin. Le rédacteur en second, qui écoutait, debout sur le seuil séparant les deux chambres, crut avoir mal entendu et s’écria :

— Que voulez-vous dire? Ne pas insérer cet article ?

— Oui, c’est bien ce que j’entends, jetez-le au panier.

— Mais !. . . il regardait son chef comme s’il avait perdu la tête.

— Je prétends, Clark, que ce compte rendu ne doit pas être publié, voilà tout, répondit Edouard Norman en levant les yeux de dessus son pupitre.

Il était rare que ses employés discutassent avec lui, son opinion faisait loi, et il ne changeait que fort rarement sa manière de voir. Cependant, le cas qui se présentait semblait si extraordinaire, que Clark ne put s’empêcher d’exprimer sa pensée.

— Voulez-vous vraiment dire que le journal ne parlera pas du concours d’hier ?

— Oui, c’est bien ce que je prétends.

—Mais, c’est impossible! Songez-y, un concours qui a passionné la ville. . . des lutteurs de premier ordre. . . des paris importants engagés. . . que diront nos abonnés? Ce serait simplement. . . Ici Clark s’arrêta; il cherchait une expression assez énergique pour caractériser tout ce que cette omission sans précédent aurait d’inouï.

Edouard Norman regardait son rédacteur en second d’un air pensif. Clark appartenait à une autre Église que lui, jamais encore ces deux hommes n’avaient abordé ensemble des questions religieuses, quand même ils travaillaient depuis des années au même journal.

— Entrez un instant ici, Clark, et fermez la porte derrière vous, dit Norman au bout d’un instant.

Clark obéit et les deux hommes se considérèrent en silence pendant quelques minutes. Enfin Norman s’écria :

— Clark, si le Christ éditait un journal, croyez-vous, honnêtement, qu’il publierait trois colonnes et demie au sujet d’une fête telle qu’a été celle d’hier.

Clark fit un geste de stupéfaction, puis il répondit :

— Non, je ne le crois pas !

—Eh bien, c’est ma seule raison pour ne pas insérer ce compte rendu. Je me suis engagé à ne faire, pendant une année entière, aucune chose que je considérerais comme opposée à ce que ferait Jésus.

Clark n’aurait certainement pas eu l’air plus étonné si son chef était subitement devenu fou. A la vérité il pensait que quelque chose d’insolite se passait dans son cerveau car, jusqu’alors, il lui avait toujours paru posséder un jugement particulièrement sain.

— Quel effet cela aura-t-il sur leJournal, dit-il enfin.

— Qu’en pensez-vous? demanda Norman.

— Je pense que cela le ruinera, ni plus ni moins, répondit sans hésiter Clark, qui se remettait de son étonnement et se disposait maintenant à tenir tête à son chef. Il n’est pas possible, aujourd’hui, absolument pas possible, de rédiger un journal d’après ce principe. C’est se proposer un idéal beaucoup trop élevé pour être accessible à notre monde ; lui obéir équivaudrait à se couper les vivres. Vous pouvez être absolument certain qu’en refusant d’insérer ce compte rendu de fête, vous vous exposez à perdre des centaines d’abonnés, point n’est besoin d’être prophète pour vous prédire cela. Tout ce qu’il y a de mieux en ville se réjouit de le lire. Chacun s’est intéressé à cette lutte et la première chose que l’on cherchera, en ouvrant son journal, ce sera un article qui en donne les résultats. Vous ne pouvez pas méconnaître à ce point les désirs du public. Si vous le faisiez, ce serait, à mon avis, une grosse faute.

Edouard Norman resta un moment silencieux, puis il dit avec autant de calme que de fermeté.

— Clark, quelle est, selon vous, sincèrement parlant, la règle véritable qui devrait déterminer notre conduite? La seule règle juste est-elle celle que Jésus lui-même suivrait? Affirmeriez-vous que la loi la plus haute à laquelle un homme puisse obéir est celle qui consisterait à suivre ses traces, le plus littéralement possible ? En d’autres termes, croyez-vous, oui ou non, que nous soyons appelés à suivre l’exemple de Jésus dans notre vie journalière?

Clark rougit et s’agita pendant un moment sur sa chaise, avant de répondre à la question de son chef.

— Hem! non. . . c’est-à-dire. . . oui, je pense que si vous vous placez au point de vue de ce que nous devrions faire, il n’y a pas d’autre règle de conduite pour nous. Reste à savoir si la chose est faisable, et si un journal, rédigé d’après cette règle, pourrait rapporter quelque chose. Pour réussir dans la presse, nous devons nous plier aux coutumes et aux méthodes admises par la société à laquelle nous nous adressons. Nous ne pouvons pas agir comme si nous habitions un monde idéal.

—Voulez-vous dire que vous ne croyez pas qu’il soit possible de rédiger notre journal dans un esprit strictement chrétien, sans nuire à son succès ?

— Oui, c’est justement ce que je pense. C’est impossible. Ce serait la banqueroute d’ici à trente jours.

Edouard Norman ne répondit pas tout de suite. Il était visiblement préoccupé.

Nous en reparlerons, Clark, dit-il enfin, mais il importe que nous soyons, dès aujourd’hui, au clair l’un vis-à-vis de l’autre. Je me suis engagé à rédiger mon journal, pendant une année entière, en me demandant toujours : « que ferait...