Du Noël d'antan au Père Noël
Pixabay
Noël est une fête dans de nombreux pays. Les traditions qui l'accompagnent sont multiples et variées, païennes ou chrétiennes, nationales ou internationales.
Dans la Rome antique, avant le solstice d'hiver, de grandes fêtes célèbrent le dieu Saturne: les saturnales.
Occasion de grandes réjouissances populaires, elles permettent d'effacer les barrières sociales; des repas sont organisés; des cadeaux sont échangés; les maisons sont décorées de houx, de gui, de lierre ou de plantes vertes; des figurines sont offertes aux enfants.
En 274, l’empereur romain Aurélien fixe au 25 décembre une fête nommée «Diès natalis solis invicti» (jour de la naissance du soleil invaincu). Cette date suit les traditionnelles saturnales romaines mais proche du jour du solstice d’hiver et de l’anniversaire de la naissance de Mithra, elle permet de rassembler dans la fête, les adeptes de ce dernier et ceux du Sol invictus !
La date exacte de la naissance de Jésus de Nazareth n’étant pas connue, le christianisme adopte cette date pour célébrer la Nativité dans le but de christianiser les fêtes païennes. Et puis le Livre de Malachie (3,20) ne qualifie-t-il pas le Christ de «Soleil de justice » ?
Le christianisme étant devenu la religion officielle de l’empire romain, Noël est une des fêtes chrétiennes les plus célébrées en Occident; elle est la plus honorée pendant la période médiévale. Elle demeure, avec Pâques, la plus importante du calendrier liturgique chrétien.
Au XIème siècle le culte de Saint Nicolas se répand en Europe et le chevalier lorrain Aubert de Varangeville offre une de ses reliques à la ville de Port, qui prend le nom de Saint Nicolasde-Port (Meurthe-et-Moselle) tandis que Saint Nicolas devient le saint patron de la Lorraine. Une légende selon laquelle Saint Nicolas reconstitue et ressuscite trois enfants qu'un ogre a découpés en morceaux et mis au saloir, crée l'image d'une personne bienveillante qui rassure, apporte cadeaux aux enfants sages, de maison en maison.
Au XVIème siècle, en réponse à la légende, il est accompagné du père Fouettard qui punit les enfants désobéissants...
Saint Nicolas évolue avec le temps selon les régions. Il devient un vieux monsieur, le «bonhomme hiver», qui cherche à se rapprocher du feu pour se réchauffer et rejoint ainsi la bûche de Noël qui apporte les cadeaux.
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les protestants hollandais migrent aux États-Unis et particulièrement dans la Nouvelle-Amsterdam. Ils emmènent avec eux Santa Claus et ses légendes, ses rennes, ses lutins, etc.
La déchristianisation fait son chemin : Saint Nicolas devient le bonhomme Noël, puis le Père Noël, la Nativité devient la fête des enfants et ce n'est plus le petit Jésus qui apporte des cadeaux mais le Père Noël; les histoires et traditions évoluent localement...
Les légendes et traditions autour du Père Noël s'affinent et s'adaptent selon les lieux, parfois avec divers détails, du nom des rennes, à la manière dont il distribue les cadeaux…
La publicité s'empare de l'image du Père Noël et contribue à la populariser.
En 1907 les stylos Waterman, en 1919 les pneumatiques Michelin, en 1920 les savons Colgate utilisent son image.
En 1931, Coca-Cola, qui contrairement à ce qui se dit souvent n'a pas créé le Père Noël, l'utilise dans sa publicité et va lui donner une image universelle !
En 1946, Tino Rossi le consacre dans sa chanson «Petit Papa Noël».
Le Père Noël prend désormais un rôle commercial et Noël qui célèbre pour les chrétiens la Nativité, devient la fête pour tous avec une place mercantile de plus en plus prépondérante.
En France, en 1962, le ministre des PTT, Jacques Marette crée le secrétariat du Père Noël, dans le service des «rebuts» de l'hôtel des Postes de Paris; la première secrétaire du Père Noël est la propre sœur du ministre.
Transféré au Centre du courrier de Libourne (Gironde), ce service reçoit et répond aujourd'hui à des millions de lettres et de courriels.
L'Occitanie-Pyrénées Méditerranée n'échappe pas à la tradition de Noël, à sa diversité.
Si Saint Nicolas reste fêté dans l'est de la France, en Occitanie-Pyrénées Méditerranée les cadeaux sont apportés aux petits et aux grands par le Père Noël, parfois par la bûche de Noël.
Autrefois Noël se fête de manière beaucoup plus sobre qu'aujourd'hui. Plusieurs générations vivent sous le même toit. Noël se prépare quelques jours avant : les femmes sont en cuisine pour préparer le repas de fête et les petites gâteries pour les enfants.
La cheminée est ramonée; la veille de Noël, les écuries et étables sont nettoyées; les animaux ont droit à un peu plus de foin que d'habitude et leur litière reçoit plus de paille qu'à l'ordinaire. Le personnel est autorisé à rejoindre sa famille plus tôt.
A l'église, des paroissiens bénévoles préparent la crèche; à l'origine toute simple avec des sujets en cartons : l'âne et le bœuf, Marie et Joseph et un enfant Jésus qu'on placera à la fin de la messe de minuit ou une crèche vivante jouée par les enfants de la paroisse. Peu à peu la crèche s'enrichit : les sujets sont modelés en terre cuite, les santons (littéralement petits saints), puis se multiplient, allant même jusqu'à faire naître Jésus dans le village...
Après une légère collation et avant de partir à la messe de minuit, la famille se retrouve autour de la cheminée. Histoires, légendes, chants animent la veillée.
La bûche de Noël est une tradition millénaire héritée du culte du feu des païens qui la faisait brûler au solstice d'hiver pour garantir une bonne récolte à venir.
Choisie avec soin, la «souco» (souche) doit être de bonne taille : elle doit brûler jusqu'au premier de l'an et même dans certains endroits jusqu'à l’Épiphanie. Elle provient d'un arbre fruitier car elle est censée garantir une bonne récolte pour l'année suivante. Elle doit être coupée avant le lever du soleil.
Décorée de rubans, de feuillages, elle est déposée dans la cheminée par le plus jeune et le plus âgé de la famille.
Bénite avec un rameau de buis ou de laurier conservé depuis la fête des derniers Rameaux, elle est arrosée de vin, et d'huile...
Le feu est ranimé avec un brandon de la bûche de l'an passé; il doit faire de hautes étincelles lorsqu'on l'allume pour préserver les récoltes et porter bonheur. Dans certains endroits, du gros sel est jeté sur le feu pour protéger la maison des sorcières et des mauvais esprits...
Les paroles suivantes sont prononcées :
Bota fuòc cachafuòc, que nos alegre, que nos fague la jòia d'èstre aquí l'an que ven, e se sèm pas maï, que siaguem pas mens!(Prends feu bûche de Noël, réjouis-nous, donne-nous la joie d'être ici l'an prochain et si nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne soyons pas moins!) .
Ses cendres et ses tisons sont conservés précieusement; ils seront remis au feu en cas de maladie ou de famine pour rompre le malheur... Elles sont censées protéger la maison de la foudre et des accidents et auraient des vertus médicinales en particulier pour soigner les morsures de serpents.
Les nouveaux modes de vie, l'absence de cheminées dans les maisons, ont fait évoluer la bûche de Noël, d'abord en une petite bûche décorée de houx, de gui, enrubannée, placée sur la table du réveillon, puis du repas de Noël, ensuite à partir du XIXème siècle par une bûche pâtissière.
Dans les Pyrénées-Orientales, une bûche particulière, le Tio (Soca, Xoca ou Tronca) de Nadal est toujours d'actualité et «cague» des cadeaux.
Le...