: Lise-Marie Lecompte
: Souvenirs à Fleur de Peau
: Books on Demand
: 9782322417315
: 1
: CHF 2.50
:
: Erzählende Literatur
: French
: 172
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Pour Rose Dujaux, talentueuse graphiste en free-lance, les vacances sont synonymes de détente. Du moins, en théorie... Parce que rien ne va plus depuis que la jeune femme découvre l'énigmatique château de Montbrun, dans la Haute-Vienne. Une forteresse médiévale recélant bien des secrets et que, tout aussi mystérieusement, Rose parvient à entrevoir. Est-elle victime d'hallucinations ? A-t-elle des visions ? À moins qu'elle ne croie devenir folle. Surtout depuis qu'elle a croisé Tom dans le parc du château. En compagnie de cet homme qui ne la laisse pas indifférente, Rose découvrira que les secrets les plus prégnants entourant un couple maudit ne résident pas dans la mémoire des lieux... Mais bel et bien à travers celles et ceux qui s'en souviennent aujourd'hui encore. Aux prises avec un passé révolu, Rose pourrait finir par comprendre que, par delà le Temps, l'Amour n'oublie jamais. Réécriture de la toute première nouvelle de l'écrivaine,"Souven rs à Fleur de Peau" est une romance auréolée d'autant de passions que de mystères enivrants.

Lise-Marie Lecompte est née en 1976. Dès le plus jeune âge, elle fait preuve d'un fort attrait pour la création, la mythologie et les histoires fantastiques sous différents médias. Après son baccalauréat littéraire, elle s'intéresse à l'ésotérisme, la divination, la spiritualité ainsi qu'aux vertus naturelles des plantes et des minéraux. Son tout premier livre publié traite de ces sujets. Elle vit à présent en région parisienne. Après avoir publié trois autres essais ésotériques, elle se consacre désormais à l'écriture romanesque. Elle a déjà écrit et autopublié la Trilogie Draconia, un thriller surnaturel ainsi que Errances, une escapade onirique.

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Tracing the trails through the mirrors of time

Spinning in circles with riddles in rhyme

We lose our way, trying to find

Searching to find our way home

Trying to find our way home

Sans même m’en rendre compte, je m’étais mise à fredonner cette chanson aux relents nostalgiques de Blackmore’s Night, comme celle que j’écoutais :Where are we going from here ? À me demander pourquoi j’avais opté pour ce groupe et son registre aux consonances médiévales parmi mesplaylists pop-rock habituelles. Qui sait… Peut-être une envie d’autre chose au niveau musical, durant ces vacances.

Les vacances.

Ce simple mot était déjà riche de promesses de farniente enfin méritées pour la plupart des salariés bénéficiant en toute quiétude de leurs congés payés. Sauf qu’il en va autrement pour les professions libérales dont, très bizarrement, je faisais partie. Étant graphiste enfree-lance, je pouvais me considérer comme ma propre patronne, libre de décider de mon emploi du temps. L’idée étant de réussir à se couper de ses obligations suffisamment longtemps pour plus qu’un simple week-end. Il fallait en plus qu’un autre facteur soit au vert : le planning, mais aussi les finances.

Par chance, je venais de terminer une importante commande pour mon client fétiche, une maison d’édition spécialisée dans la littérature de l’imaginaire, tous genres confondus. Trois couvertures complètes pour une trilogie dans un style Bit-Lit publiée aux USA et récemment traduite dans la langue de Molière. L’éditeur voulait donner un nouveau visuel aux trois livres, assez différents de ceux choisis pour les versions originales. Ce qui faisait mon affaire, tout en garnissant encore plus mon carnet de commandes pour cette année. Par chance, le projet m’a été confié.

Trêve de boulot ! J’avais déplacé mes engagements les moins urgents pour la fin du mois, après mon retour dans la grisaille de la région parisienne. Dans l’immédiat, je profitais de l’air frais printanier du Limousin.

Jusqu’ici, j’avais surtout visité Limoges en solo, orientée par le bon vieux pifomètre ainsi qu’un petit guide touristique acheté à la gare d’Austerlitz au moment du départ. Sauf qu’il était dommage de venir dans ce genre de région pour ne pas s’aventurer hors de la ville. L’occasion de profiter des visites guidées, d’autant plus qu’elles comprenaient les trajets, ce qui ôtait une épine du pied tant certains coins étaient reculés dans l’arrière-pays.

J’étais donc dans un minibus pouvant contenir jusqu’à une quinzaine de personnes, en incluant le chauffeur, qui faisait aussi office d’accompagnateur.

Dournazac aurait pu être un patelin fleurant bon l’air iodé de la Bretagne, à ceci près qu’il se trouvait à plus d’une trentaine de kilomètres de Limoges, dans le département de la Haute-Vienne. Bien loin du littoral armoricain.

Parmi les lieux et monuments du coin, il y avait l’église Saint-Sulpice qui n’avait rien à voir avec son homonyme parisien. J’aurais bien aimé visiter l’Abbaye de Tavaud, datant du XIIe siècle, mais j’avais jeté mon dévolu sur le château de Montbrun. Une forteresse médiévale de style roman qui m’intriguait au plus haut point.Exit donc l’édifice tape-à-l’œil de Versailles ou les palais comme à Chenonceaux ! J’étais plus à la recherche d’une bâtisse évoquant les châteaux forts aux épaisses fortifications crénelées et, à en croire les quelques photos glanées sur Internet, j’allais être servie.

En attendant, nous en avions pour trois quarts d’heure de trajet avant d’y parvenir. Ce qui laissait tout le temps de profiter du paysage. Quand la route me semblait interminable, je me replongeais un instant dans ma lecture du moment ; la trilogie dont j’avais fait les illustrations de couverture. L’éditeur m’en avait envoyé des copies numériques en avant-première pour que je puisse m’inspirer de l’ambiance. Sauf que le genre Bit-Lit ne me plaisait pas trop à cause des clichés dont l’autrice avait usé, sinon abusé. L’héroïne était l’archétype même de la femme ultra sexy et forte, mais au passé fracturé d’un traumatisme qui allait immanquablement compliquer l’intrigue. Elle rencontrerait un super beau mec et ils ne pourraient pas se piffrer d’entrée de jeu. À ce stade de l’histoire, cousue d’un fil blancflashy, il y aurait la première d’une longue série de parties de jambes en l’air au cours des dix premiers chapitres. Sans oublier quelques meurtres bien sanguinolents et que ladite bombe sexuelle masculine serait un vampire. Séduisant, plein aux as, et doté d’une libido excessive, de surcroît.

Je soupirais de dépit. Si les trois romans étaient de cet acabit, je n’allais pas tarder à me lasser dès le premier tome.

J’aimerais bien, pour une fois, tomber sur une intrigue dans laquelle le vampire serait laid à faire peur, fauché comme les blés, et atteint d’hématophobie ! Imaginez un peu, un vampire qui aurait la trouille du sang…

L’idée me faisait déjà marrer !

D’un autre côté, je n’avais pas dans l’habitude de lire des romans de vampires, hormis quelques exceptions. Le terrifiantSalem de Stephen King en faisait partie pour avoir empli d’effroi mes nuits de lecture, à l’adolescence. Ensuite, plus rien du côté des impitoyables suceurs d’hémoglobine -mis à part les moustiques- jusqu’à l’étrangeDe fièvre et de sang de Cédric Sire. Un thriller surnaturel inspiré de la légendaire comtesse de Báthory, qui était à l’origine même du mythe. Le genre de lecture qui m’avait fait craindre des profusions sanguinolentes rien qu’en allumant ma liseuse. Ma dernière lecture en date avait été un dytique écrit par David Khara mettant en scène l’amitié improbable entre un flic new-yorkais anéanti par les attentats du 11 septembre et un vampire énigmatique issu de la Guerre de Sécession. Une bien agréable découverte livresque qui avait eu le mérite de renouveler le genre.

Cette fois, nous avions quitté la départementale pour suivre de petites routes à une voie, en pleine campagne. De celles qui donnent l’impression d’un voyage hors du temps, loin de l’urbanisme à outrance du XXIe siècle. Heureusement, notre véhicule avait la place de circuler, mais la rencontre d’une voiture arrivant en face occasionnait parfois des manœuvres pour que tout le monde puisse passer sans dommage.

De mon côté, j’avais abaissé ma fenêtre pour profiter autant de la vue sur les étendues sylvestres abondantes que pour m’enivrer de l’air doux embaumé après une nuit de pluie. Merveilleuse odeur.

À l’intersection suivante, un panneau fléché mentionnait les lieux les plus proches : le village de La Chapelle-Montbrandeix, mais aussi Le Grand Puyconnieux et, notre destination, le château de Montbrun.

Il m’était impossible de me concentrer sur quoi que ce soit d’autre que la route que nous arpentions à travers champs et forêts où quelques bâtisses et maisons de pierres nous invitaient à elles seules à un voyage dans le passé. Il était même plaisant de s’imaginer dans une calèche tractée par de puissants chevaux sur les chemins cahotants. Dommage que le GPS vint interrompre cette escapade onirique en annonçant d’une voix atone que nous étions sur la rue de Montbrun. Ce qu’un petit panneau noir avec le terme « Montbrun » écrit en blanc confirma quelques kilomètres après.

Le château ne serait plus très loin.

Une insolite impression de déjà-vu me tenaillait tandis que l’édifice m’apparut dans son ensemble. Un trouble qui se mua en une certitude dès que je le vis de mes propres yeux… mais sans parvenir à me rappeler à quel moment je serais venue en ces lieux.

Le minibus se gara près d’une taverne au lettrage gothique sur les murs en pierres, juste en face du portail menant au château. Il faudrait faire le reste du trajet à pieds, mais il n’y avait pas loin à aller.

Nous étions arrivés.

Une fois...