: Bruno Guadagnini
: Les sacrifiés de l'an 40
: Books on Demand
: 9782322416752
: 1
: CHF 3.90
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: Essays, Feuilleton, Literaturkritik, Interviews
: French
: 180
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Mai 1940, la France s'apprête à tourner une des pages les plus sombre de son histoire. Pierre Malet, personnage imaginaire, plus vrai que nature, héros anonyme de la bataille de France, se fond dans une aventure sentimentalo-dramatique, où il devient difficile de différencier le vrai du faux.

Bruno Guadagnini, passe de la réalité à la fiction. Auteur de plusieurs ouvrages sur l'athlétisme et le sport automobile, il se lance pour un premier roman, sur fond de vérité historique.

CHAPITRE 2 : l’Age Adulte.


Je me trouve aux aurores Gare de Lyon, en ce premier lundi de Février. Muni d’un billet aller simple de 3e classe, direction Montargis avec mon ordre de mission dans la poche. Je me pose la question de savoir, si j’ai fait le bon choix ? Le temps maussade, s’accompagne d’une pluie fine et glaciale, qui n’a rien de motivant. 7h11, la locomotive tire le lourd convoi pour quitter la gare. Un grand nombre d’hommes en uniformes fréquente le wagon. Je ne leur adresse pas la parole, non seulement par timidité, mais aussi parce que je crains de passer pour un « bleu ignare », sortant des jupes de sa mère.

La pendule approche des 9 heures, j’arrive à mon terminus. Un camion Citroën type 45 bâché, attend les futurs recrues et leurs bagages. Les conscrits eux, doivent rejoindre à pied le quartier Gudin, par les rues Emile Mangin et Paul Doumer. Nous passons le poste de garde du 38e régiment du Génie. La caserne, ressemble à une fourmilière en pleine activité. Un nombre important de matériel disparate s’empile çà et là. Poutrelles et éléments de ponts, côtoient d’autres objets plus ou moins hétéroclites.

La matinée, est consacrée à notre installation dans les chambrées. Nous touchons notre paquetage, dont le concept n’a pas beaucoup évolué depuis la grande guerre. Le marron clair, a simplement remplacé le bleu horizon et le casque Adrian modèle 1926, conçu d’une seule pièce par rapport au modèle 1915, se distingue par une couleur kaki.

La première instruction, porte sur la pose des bandes molletières au-dessus des brodequins. Quelle belle invention ! Le jeu consiste à boucler l’exercice en 30 secondes tout au plus. Je ne fais pas mieux que 45’’ et je suis loin d’être le plus mauvais. Le sergent instructeur, insiste sur la nécessité d’être rapide en cas d’alerte nocturne. De mon côté, je ne suis pas convaincu, que l’ennemi soit impressionné, par la grosseur de nos mollets.

Séance, chez le coiffeur, les miens sont déjà courts, mais le préposé aux ciseaux, trouve encore le moyen d’en couper. Nous terminons la journée par des exercices de « garde à vous » et de tentative de marche au pas cadencé, dans la cours de la caserne. Je ne sais pas si c’est pour nous accueillir, mais la nourriture est loin d’être mauvaise, je m’attendais à pire. L’extinction des feux se fait à 22 heures, j’essaye de me replonger dans les rêves, de mes longues chevauchées sur la cendrée de Colombes, ou de mes plaquages énergiques sur la pelouse.

Le clairon, fait entendre ses notes le lendemain à 6 heures. Après le café matinal, la journée commence toujours de la même manière, par un footing énergique en dehors de la caserne. Là, je suis dans mon élément et je n’hésite pas à prendre la tête du groupe. Une grande partie de mes nouveaux camarades, tire la langue. Ce deuxième jour, est voué au conseil de révision, avec une grande partie médicale. Assis tranquillement sur une chaise, j’attends mon tour patiemment, tout en préparant mes raisons, pour intégrer ce service. Si je me suis engagé, c’est bien pour faire partie d’un corps médical, c’est le vœu que j’ai formulé par écrit, lors de la constitution de mon dossier. Mon tour arrive, je garde au fond de ma tête, tous les arguments que je m’apprête à débiter.

Je suis reçu par un Capitaine Médecin :

- Malet, je vois dans votre dossier que vous étiez étudiant en médecine ?

- Oui mon capitaine !

- Vous étiez en combientième année ?

- Heu… Première année, mon capitaine !

- Autrement dit vous n’y connaissez rien !

- Mais…je ne demande qu’à apprendre, mon capitaine !

- Oui, nous verrons ça plus tard, en attendant vous allez être soumis à un certain nombre de tests, je vous conseille de les faire sérieusement !

Pour le reste, après examen je suis bon pour le service. Des tests, j’avoue que pris de court, je n’ai pas osé demander de détails. Je vais être fixé demain mercredi. En discutant le soir avec mes compagnons de chambrée, qui sont tous plus ou moins de mon âge, la quasi-totalité, se prépare à une école d’officiers ou de sous-officiers dans les transmissions. L’un d’eux, me fait un historique sur le 38e régiment de Génie de Montargis.

J’apprends, que les transmissions sont intégrées dans les régiments de Génie (les transmissions, deviendront une arme distincte du Génie par décret du 1erjuin 1942.). J’ai ensuite droit, à un historique sur le quartier Gudin, lieu d’implantation du 38e RG. Charles Etienne Gudin, est un général d’empire, mort pendant la campagne de Russie en 1812. Je commence à comprendre que les « fameux tests », rentrent dans le cadre de l’école de transmissions, pour former des sapeurs-télégraphistes et des radiotélégraphistes. Tout cela, m’éloigne un peu plus de mon projet initial, d’intégrer le corps médical. Après réflexion, je me dis que ce n’est pas le moment de jouer au plus malin. Le capitaine m’a demandé de faire les tests sérieusement, je vais donc m’y atteler.

Le lendemain matin, nous « les bleubites », avons tous droit à un cours théorique sur l’apprentissage de l’alphabet du code Morse international, ainsi que sur l’alphabet phonétique.

Je profite de mes facultés de mémoire pour ingurgiter facilement, les différents signes matérialisés par des points et des traits. Alfred Morse, a inventé son système en 1832, l’armée l’a adopté en 1903. Le sergent instructeur, insiste sur ce mode de communication moderne. Pour nous en convaincre, il fait remarquer que l’armée allemande a un temps d’avance sur nous. Il nous dispense la méthode de Ludwig Karl Koch, qui facilite l’apprentissage selon lui, par rapport à la méthode de Philo Farnsworth, basée sur des codes couleurs.

L’après-midi, un casque sur les oreilles, une Radio Marconi me diffuse ma première pratique. Il s’agit de noter les différents signaux et ensuite de les traduire. Les premiers exercices sont relativement simples et je n’éprouve aucun mal à les retranscrire. Finalement je ne suis pas insatisfait de ma journée, la transmission n’a rien avoir avec le médical, néanmoins je suis plutôt sous le charme.

D’entrée, nous avons été prévenus, qu’aucune sortie ne se fera en dehors de la caserne, à l’exception du footing quotidien, pendant les trois premières semaines, de notre incorporation. Pas de sortie, pas de permission, et une campagne de vaccination, est au calendrier de vendredi prochain.

L’apprentissage, continue le jeudi matin à partir de 10h00, avec une révision des travaux effectués la veille. L’après-midi j’ai droit à ma première pratique de « piano »(le piano est l’expression attribuée au manipulateur morse). Là encore nous sommes sur du basique et si je suis encore loin des 60 mots minutes, critère indispensable pour valider la formation, j’effectue néanmoins un sans-faute. Puis je passe de l’autre côté, en me mettant à la réception pour évaluer un camarade. Au bout de 10 minutes, je suis en panique ma lecture devient incompréhensible. Le sergent instructeur éclate de rire, il s’aperçoit que mon homologue, n’est pas bon à la « frappe ». Il demande d’échanger nos postes, la confiance me revient de nouveau.

Nous sommes déjà vendredi, je n’ai pas vu filer la semaine, entre cours théorique et pratique, j’ai un peu perdu la notion du temps. La formation s’intensifie, le matin nous faisons une grosse séance de lecture, une évaluation devant avoir lieu l’après-midi.

Nous avons une entretien individuel à partir de 14 heures, en présence de Baumann, notre sergent instructeur et du Lieutenant Duval, responsable de la formation. Les entretiens, sont plus ou moins longs entre 5 minutes et un quart d’heure, en fonction du stagiaire. Certains sortent soulagés, d’autres font grise mine.

Je dois être le cinquième ou sixième à passer. « Ah Malet ! s’exclame le lieutenant, asseyez-vous ! Dites-moi, vous avez été radio amateur dans le...