I.
Les apparitions de la Sainte Vierge à notre époque n’ont rien qui puisse surprendre ; Lourdes n’est, dans l’histoire de la France, ni une exception, ni une nouveauté ; toujours la Mère du Christ a considéré ce pays comme son fief. En aucun temps, sauf au XVIIIe siècle, Elle ne l’a déshérité de l’aubaine continue de sa présence ; mais si l’on songe à l’effrayante bassesse des Bourbons et à l’inexorable infamie des Jacobins, cet abandon s’explique.
Il fallut même attendre la fin de la première moitié du XIXe siècle pour la voir réapparaître aux âmes privilégiées, dans certains coins réservés de ses domaines.
La dernière de ses apparitions qui ne puisse faire de doute, celle de Lourdes, n’est donc qu’un succédané de manifestations plus anciennes ; il me semble dès lors curieux d’en préciser les antécédents.
Ils dérivent de deux sources :
L’une, purement régionale, l’autre parisienne.
Les précédents de Lourdes dans la région des Pyrénées sont nombreux. Si l’on prenait une carte des diocèses de Bayonne et de Tarbes, on pourrait y tracer, autour de Lourdes, un cercle formé par les hameaux ou les chapelles qui furent autrefois des centres de pèlerinages à la Madone ; Lourdes surgirait alors, au milieu de ce rond, tel qu’un astre vivant, entouré de neuf satellites à peu près morts.
Ces satellites sont : Notre-Dame de Héas ; Notre-Dame de Piétat, à Barbazan ; Notre-Dame de Piétat, à Saint-Savin ; Notre-Dame de Poueylahün ; Notre-Dame de Bourisp ; Notre-Dame de Nestès ; Notre-Dame de Médoux ; Notre-Dame de Bétharram ; Notre-Dame de Garaison.
Tous ces sanctuaires, hormis l’avant-dernier qui relève de l’évêché de Bayonne, appartiennent au diocèse de Tarbes.
Voici, en quelques lignes, la biographie de chacun d’eux :
Notre-Dame de Héas, élevée dans un village situé entre Barèges et Saint-Sauveur, près du cirque de Gavarnie, existait avant le XVIe siècle, car elle est mentionnée dans un titre daté de 1415. La chapelle aurait été fondée par la famille d’Estrade d’Esquièze, afin de permettre aux bergers perdus dans ses pâturages d’entendre la messe, le dimanche ; elle est aujourd’hui quelquefois visitée par des touristes que tente l’escalade des monts sur la crête desquels elle est perchée.
Notre-Dame de Piétat. L’origine de cette chapelle, sise à Barbazan, disparaît dans le recul des âges et les documents sur sa vie, désormais terminée, manquent : l’autre Notre-Dame de Piétat, érigée à Saint-Savin, se dressait au-dessus de l’abbaye bénédictine de ce nom, construite par un solitaire du Poitou qui possède encore un autel dans l’église abbatiale de Ligugé.
Ses reliques, que contient une antique châsse, guignée par les brocanteurs, reposent dans l’église du village de Saint-Savin où, entre parenthèses, subsiste un vieil orgue démantibulé du Moyen-âge, bien étrange. Les pédales, quand on les remue, mettent en branle, les mâchoires de têtes fantastiques qui tirent la langue aux ouailles.
Ces mascarons dont les grimaces, dans un temple, surprennent, sont en bois, gaiement sculptés et violemment peints.
Notre-Dame de Poueylahün, à Arrens, est dominée, de tous côtés, par de hautes montagnes ; sa chapelle est bâtie dans le style de la Renaissance ; la Vierge y fut jadis très adulée, mais elle ne l’est plus guère maintenant que par les bonnes femmes du pays ; quant à sa monographie, elle est nulle.
Notre-Dame de Bourisp, à Vieille-Aure, est née de la légende tant de fois racontée par les historiens du Moyen-âge,