Chapitre 1
CAROLL SHELBY « THE CHICANE BOY »
11 janvier 1923, dans le foyer Shelby à Leesburg, un village de 200 âmes, à 200km au nord-est de Dallas, le petit Caroll pousse son premier cri. Dire qu’il est bercé dès son plus jeune âge par le ronronnement des moteurs, serait à peine exagéré. Doit - on voir un signe en cet année 1923, avec la première édition des 24 heures du Mans ? Toujours est-il que son futur adversaire Enzo Ferrari, est déjà un fringant jeune homme de 25 ans, Directeur Sportif d’Alfa Roméo.
Il doit attendre ses quatre ans, pour s’asseoir dans une voiture, quand son père, Warren Hall Shelby, fait l’acquisition d’une Overland modèle 1925. Cette première expérience l’a visiblement marqué, quand nous voyons la description qu’il en fait dans ses mémoires : « C’était une limousine bleu sombre, aux ailes noires, décapotable avec des roues en noyer qui avaient conservées leur vernis. » Première expérience au volant également, pour le petit Caroll, sur les genoux de son papa, dans les chemins peu fréquentés autour de la maison.
Ayant obtenu une mutation dans les services postaux de la ville son père installe la famille à Dallas en 1930. Caroll, commence à prendre un volant « sans assistance », à quinze ans à peine. Il fait ses classes sur plusieurs montures, une Dodge 1934, une incontournable Ford modèle T, et une Willys 1938.
Caroll fait son entrée à la « high school », avec l’histoire et géographie, pour passion, plus que l’anglais ou les mathématiques. Un désir d’aventure, pour un adolescent, déjà en recherche de sensations fortes. L’automobile, reste sa passion première, avec l’aviation par envie des voyages.
Son père n’est pas insensible à son goût pour l’automobile, et lui fait découvrir la compétition. Dans les années 30, la course populaire se dispute dans une arène sur une piste ovale en terre battue. Baptisé stock-cars et sprint-cars, ces épreuves attirent un nombreux public. Il faut bien le reconnaître Caroll, poursuit plus ses courses que ses cours…
La bienveillance du paternel, compense la mine réprobatrice de la maman. Sauf qu’à un moment, il faut bien avouer que Caroll a l’intention de faire carrière « dans le milieu ». Toutefois les doutes ne sont pas levés. En cause, un souffle au cœur détecté par le médecin de famille à 9 ou 10ans. La médecine de l’époque, préconise une sieste l’après-midi, seul remède pour éviter les grands coups de fatigue. Physiquement, il tient de son grand-père, un échalas grand et mince. Sa taille lui vaut quelques sobriquets désagréables de la part de ses camarades : « Tête-à- trous », « Perche-du-Texas », « Longues-Tripes ».
Pour assouvir sa seconde passion l’aviation, Caroll se lance dans la mécanique. Il offre ses services à aéro-club du coin, contre quelques heures de vol. Caroll rencontre à 16 ans sa future épouse, Jeanne Fields, de leur union naîtront 3 enfants, Sharon, Patrick et Michael Hall. Les fiançailles se font rapidement et durent pratiquement 4 ans, avant le mariage en décembre 1943.
Entre temps, les États-Unis s’engagent dans la seconde guerre mondiale après Pearl Harbor en décembre 1941. Notre texan, devance l’appel en début d’année, pour entrer dans « l’Air force ». L’examen physique, qui aurait pu être un obstacle, se passe bien. Caroll fait ses classes à Randolph Filds, chez lui en plein Texas, après avoir décliné une offre dans l’infanterie qui devait l’expédier aux Philippines.
Les heures passées à l'aéro-club, lui ont permis de voler, mais…sans vraiment tenir le manche. Sa première expérience dans l’armée, consiste à aller récupérer du fumier dans les fermes alentours, pendant 3 mois, pour entretenir les plates-bandes de fleurs de la base. Le soldat Shelby, devient ensuite « pompier de service », au volant d’une autopompe, pour 3 mois supplémentaires.
Ses études secondaires, doivent néanmoins lui permettre, de tenter l’examen de sergent-pilote, après avoir passé de nouveaux tests physiques. Avec la prochaine entrée en guerre de « l’oncle Sam », les instructeurs, face aux besoins humains, se montrent moins exigeants. Néanmoins, le rapport taille/poids de l’individu rentre en ligne de compte et Caroll doit s’efforcer de prendre 4 à 5kg. Il passe au régime « banane lait » pour combler le manque.
Novembre 1941, l’élève pilote Shelby est muté à la base de Lackland pour poursuivre son instruction. Les leçons restent toutefois théoriques, basées sur des cours de navigation, de radio, et de mécanique. Caroll fait tout sauf monter dans un avion, d’ailleurs, il n’y en a aucun sur la base. Après 6 semaines, il est envoyé à Cuero, une petite ville située à 130 km à l’Est de San Antonio, pour passer à la pratique.
Le Fairchild PT 19, un biplace monomoteur, monoplan à aile basse, très moderne, convient parfaitement pour son apprentissage. Néanmoins, Shelby est perturbé par une pneumonie, qui le cloue pendant deux semaines à l’hôpital. Bien entendu, ensuite, il doit ramer pour rattraper le retard sur les autres élèves. 9 ou 10 heures de travail par jour, sont nécessaires pour éviter d’être viré. Le temps de formation s’en trouve limité. Il y-a finalement beaucoup d’appelés pour peu d’élus.
Puis vient l’instant du premier vol solo, savoir vaincre ses peurs et ses doutes. Shelby avoue avoir loupé 4 ou 5 atterrissages, lors de ses premières sorties. La phase suivante, passe par d’autres types d’avions bimoteur ou chasseur, pour une nouvelle étape de développement à Solerman, toujours au Texas.
Caroll « le romantique » en profite, pour lâcher des messages en avion, tout en passant en rase-motte, au-dessus de la ferme des parents de Jeanne, sa fiancée. En septembre 1942, il devient enfin sergent-pilote à Ellington Field, près de Houston, avant de passer sous-lieutenant à la fin de la même année.
Poussant un peu plus loin la conquête de sa belle, au début de 1943, le sous-lieutenant Shelby, décide de lui offrir un baptême de l’air. Jeanne accepte, à condition d’être accompagnée par sa maman. Vendu ! c’est toujours bien, de se mettre dans la poche sa future belle-mère. Embarquer deux civiles dans un avion militaire, sans autorisation n’est pas très réglementaire. Mais pas vu pas pris, les deux femmes ont la chance de voler au-dessus de Dallas, dans un Beechcraft AT11 bimoteur. Caroll leur fait la totale avec piqué, chandelle et feuille morte, sous le regard conquis de belle-maman.
Shelby commence à avoir une sérieuse expérience en vol, néanmoins ses supérieurs décident de le perfectionner sur bombardier. Tous les modèles y passent, B18 « superforteresse », B24 « liberator », B25 « marauder ». Sa dernière expérience se fait en 1945 sur B29, le type d’appareil portant la bombe atomique, sur Hiroshima et Nagasaki. En quatre ans et demi dans l’Air Force, Caroll n’a jamais été engagé dans le conflit. Au cours des deux dernières années, il est alternativement instructeur ou pilote d’essai.
Même loin du combat, les risques sont bien présents. Ainsi, un jour il instruit sur un Beechcraft, deux élèves bombardiers. Un feu se déclenche, sous le tableau de bord dans la cabine. Les trois hommes sont obligés de sauter en parachute. Arrivé au sol, Shelby se trouve séparé de ses deux compagnons d’infortune. Il fait nuit, en plein désert, il doit se taper cinquante kilomètres de marche à pied pour rentrer au bercail, guidé uniquement par le cri des coyotes.
Porté disparu, par les élèves rentrés à la base, Caroll trouve refuge dans une grange, épuisé avec une hanche endolorie par son saut, puis est recueilli par des cow-boys.
Autre aventure sur un Beechcraft, mais cette fois avec un problème de « vapor lock ». Deux moteurs qui se coupent en même temps, ne laissent rien augurer de bon. Cette fois, c’est en plein jour, avec le paysage qui grossit à vue d’œil. L’atterrissage forcé sur le ventre, dans un ranch, lui laisse en souvenir,...