: Charles Barbara
: L'assassinat du Pont-Rouge
: Books on Demand
: 9782322269518
: 1
: CHF 3.50
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: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 147
: DRM
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Maximilien Destroy, petit musicien de profession, retrouve lors d'une promenade au jardin du Luxembourg un ami, Clément, qu'il avait récemment perdu de vue. Max va rentrer dans le cercle intime de Clément et découvrir au fil de ses visites, la vie tumultueuse de cet ami...

Charles Barbara, né à Orléans le 5 mars 1817 et mort à Paris le 19 septembre 18661, est un écrivain français.

Chapitre 3 - Sur la mort d'un agent de change.


 

Le lendemain, dans l'après-midi, Destroy descendit chez ses voisines, avec quelques autres préoccupations que celles d'y faire simplement de la musique. En traversant l'antichambre, il aperçut, par la porte entre-bâillée d'une petite cuisine, le vieux Frédéric qui attisait les charbons d'un fourneau. La mère et la fille accueillirent Max comme elles faisaient toujours, avec un empressement affectueux.

Il est à remarquer que celui-ci, dans sa conversation avec Rodolphe, avait singulièrement atténué la beauté surprenante de Mme Thillard : peut-être avait-il craint que la vivacité de son enthousiasme n'inspirât quelque épigramme à son ami. Outre qu'elle était grande, pas trop cependant, et svelte, elle avait des épaules incomparables, que le deuil faisait plus belles encore. Son visage ovale, d'une chaude pâleur, n'offrait, quoique d'une régularité parfaite, aucun de ces contours arrêtés, délicats, qui donnent aux figures anglaises quelque chose de si froid ; le modelé en était gras, doux, harmonieux ; on n'y eût pas découvert l'ombre d'un pli. Un regard de ses yeux noirs produisait l'effet d'un éclair ; quand elle souriait, l'ivoire légèrement doré de ses dents ne faisait point mal sur le rouge des lèvres un peu fortes. Il semblait qu'elle rougit de ses charmes, par exemple, de sa chevelure brune, dont elle essayait, mais en vain, de dissimuler l'exubérance splendide ; de ses mains blanches coquettement enfouies sous des nuages de dentelles ; des courbes gracieuses de son pied que gardaient en jaloux les ombres de sa robe. Par-dessus cela, tout, dans ses mouvements, était souplesse et grâce, et du bout de son pied à l'extrémité de ses cheveux, les séductions ruisselaient vraiment de sa personne. Si, à la voir, le moins qu'on pût faire était de l'aimer, aux sons de sa voix musicale et sympathique, c'était miracle que cet amour n'allât pas jusqu'à l'adoration.

L'autre femme, avec sa grave et belle figure, encadrée de boucles blanches, comparables à des flocons de soie, avec ses yeux d'où la bonté coulait comme d'une source, était bien la digne mère de Mme Thillard. D'un mot, Destroy faisait de Mme Ducornet un éloge auquel on ne peut rien ajouter : « C'était, disait-il, une de ces rares femmes qui savent vieillir, une de celles qu'on voudrait pour mère, quand on n'a plus la sienne. »

Mme Thillard s'assit au piano et Max accorda son violon ; ils jouèrent une des grandes sonates de Beethoven pour ces deux instruments. Destroy avait une manière large et une vigueur qui naturellement nuisaient beaucoup au fini de son exécution. Mais il avait un mérite rare : celui de sentir et de s'identifier à ce point avec son violon, qu'il semblait que l'instrument fît partie intégrante de lui-même. Bien que la façon tout exceptionnelle dont il interpréta l'andante manquât de ces tatillonnages prémédités qui mettent l'instrumentiste au niveau d'un bateleur de haut goût, il n'en fit pas moin