: Josiane Wolff
: Frère Thomas ne se repose jamais F-Nl Théâtre
: Books on Demand
: 9782322232277
: 1
: CHF 3.90
:
: Erzählende Literatur
: French
: 100
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Après"Game Over ! Play Again ?" Josiane Wolff nous revient avec une nouvelle histoire pour le théâtre, en français et en néerlandais : celle de Jean Lenormand, ex-flic à l'Antigang de Paris, en revalidation dans une abbaye où il se prépare à devenir moine sous le nom de frère Thomas. Flic un jour, flic toujours. Il ne peut s'empêcher de fourrer son nez dans des affaires pas très catholiques... Laboureuse d'idées à la plume atypique, l'auteure nous invite à accompagner Frère Thomas dans ses délires et ses confidences. Frère Thomas ne se repose jamais ! Na"Game Over ! Play Again ?" verschijnt Josiane Wolff opnieuw ten tonele met een theaterstuk : dit van Jean Lenormand, ex-politieman van de antigangbrigade van Parijs, die in revalidatie is in een abdij waar zij zich voorbereidt op zijn intrede als Broeder Thomas. Eens flic, altijd flic. Hij kan het niet laten zijn neus in niet al te katholieke zaken te steken... Een vat vol ideeën en met een atypische pen, zo nodigt de auteur ons uit om Broeder Thomas te volgen in zijn waanbeelden en geheimen. Broeder Thomas rust nooit !

Sous la plume de Josiane Wolff, l'invraisemblable devient convainquant. L'auteure est atypique et multi-genres. Présidente d'un Centre d'Action laïque, elle ne craint pas de collaborer aux chroniques du"Croire ou ne pas croire" d'un magazine chrétien. En duo avec un historien, elle propose des conférences-débats sur le thème des croyances et des superstitions.

Scène 2


Un meuble bar perpendiculaire au public.

Frère Thomas est accroupi d’un côté. Un homme et une femme se trouvent de l’autre côté.

L’homme: Nous n’avons toujours rien de précis après deux mois de filature. Je pense qu’on devrait laisser tomber.

La femme: Rien pour le moment, mais je suis certaine que nous allons trouver quelque chose. Il est notre principal suspect. Et ce type se comporte bizarrement, je vous assure. Il est parvenu à semer un de nos meilleurs pisteurs la semaine dernière.

L’homme: Je vous laisse encore 8 jours, ensuite, on referme le dossier Tony Taminiau et on cherche ailleurs.

Frère Thomas chuchote au public

Chuuuut. Je me fais aussi discret qu’une petite souris. Le ton est en train de monter. J’ai envie de savoir ce qu’ils manigancent. Je les ai repérés tout à l’heure à l’accueil. Deux cadres d’Ergo Sum. Ils n’ont pas l’air d’accord. Ils font suivre un de leurs employés.

Il essaie de changer de position. Il reste accroupi.

Et merde. Je commence à avoir des crampes.

L’homme: Si on continue, on va se retrouver au tribunal du travail ou au pénal pour atteinte à sa vie privée.

Frère Thomas chuchote au public

C’est le mec qui veut lâcher l’affaire. C’est le boss de la bonne femme, à tous les coups.

La femme: On ne risque rien. Si nous obtenons la certitude qu’il vend des informations à la concurrence, nous le contraindrons à quitter l’entreprise sans indemnité. Je ne vous conseille pas d’aller au procès. Par ailleurs, en qualité de Security Manager, j’ai toute légitimité pour vérifier la fiabilité de nos cadres supérieurs et je pourrai toujours, si nécessaire, jurer que la filature n’a pas excédé sept jours. A partir du moment où les moyens mis en œuvre sont proportionnés au but recherché, pas de problème. Profitons de ce week-end pour lui faire boire un coup. On va faire en sorte qu’il se lâche.

Frère Thomas chuchote au public.

Nous y voilà. La bonne femme est Security Manager et elle se la pète. Elle croit que tout lui est permis, comme toutes les bonnes femmes, non?

Les acteurs s’éloignent et quittent la scène. Il se relève, se masse les jambes et s’accoude au bar.

Ils s’en vont. Tony Taminiau. J’ai lu ce nom sur la liste. Je vais aller voir dans quelle chambre il loge. Affaire à suivre, comme on dit.

Vous voyez ce qui se passe ? Je suis là, complètement pépère, la tête dans les frigos, à préparer le bahut pour le week-end, et c’est quand même sur moi que ça tombe, les petites confidences sur le gars qui se fait suivre par son boss, non ? Pour finir, on croit que c’est moi qui fouille et qui refouille, mais pas du tout ! On vient me mettre des affaires bancales sous le nez. Flic un jour, flic toujours, non ? C’est comme cette histoire avec frère Dominique…

Il s’interrompt. Il s’étire. Se masse le dos.

Frère Dominique, c’est un bon gros moine. Je l’aime bien. C’est le plus gros d’entre nous, je crois. Eh bien, l’autre jour, c’est quand même sur moi que cette lettre anonyme est tombée… Je vous raconte?

Au monastère nous avons un système très particulier de distribution du courrier. Le frèreLa Poste, comme nous l'avons baptisé affectueusement, trie le courrier entrant et le glisse sous la porte de la cellule du destinataire.

Il s’interrompt. Interpelle le public.

Oui, on ditcellule chez nous. Quand je dirai chambre, c'est pour faire joli. C'est du marketing pour attirer le client. Côté hôtellerie,chambre. Côté Monastèrecellule. Pigé ? Bon, arrêtez de m'interrompre, sinon on ne va pas y arriver.

Il rit de sa bonne blague.

Ce qui pose un léger problème, avec le FrèreLa Poste, c’est qu’il est d’une distraction quasiment poétique et que souvent nous héritons d’une missive qui ne nous est pas destinée. C’est ce qui m’est arrivé. J’ai ramassé sous ma porte une lettre pour Frère Dominique. Sa chambre se trouve juste en face de la mienne. Ce n’est pas la première fois que ça arrive.Encore cette tête en l’air de Frère La Poste ! me suis-je dis…

J’étais déjà dans le couloir pour glisser ce pli sous la porte de son destinataire légitime lorsque mon œil est tombé sur un détail intrigant. Un semblant de timbre était dessiné grossièrement au bic bleu. Une tête de mort et 2 tibias. Vous voyez…

Il dessine en l’air une tête de mort et 2 tibias en croix.

Le logo qu’on met sur les trucs qui vous tuent si vous les avalez. POISON. Un timbre dessiné…

Il recommence le dessin en l’air

POISON…

J’ai fait demi-tour aussi sec et suis revenu dans ma cellule examiner ce pli suspect de plus près – à la loupe, pour tout vous dire – et devinez quoi ? Je l’ai ouvert… Oui. Bon. Ça va ! Je l’ai ouvert, point barre. Une tête de mort en guise de timbre, ça pue la menace à deux kilomètres, non ? Et moi, Frère Dominique, je l’aime bien. Mais attention, n’allez pas croire que j’ai fait ça n’importe comment… D’abord, j’ai passé des gants bleus en nitrile, ceux que nous utilisons en cuisine et dont je garde toujours quelques exemplaires dans mes poches, vieux réflexe de ma vie antérieure. J’ai pulvérisé délicatement un petit nuage de mon produit miracle à nettoyer les lunettes et, Dieu soit loué !

Il met sa main devant la bouche et regarde vers le haut.

Oups, pardon ! Eh bien, l’enveloppe s’est décollée proprement pour me livrer son contenu. Une feuille blanche soigneusement pliée en quatre avec un message personnel sans ambiguïté à l’attention de Frère Dominique. Je me doutais bien que cette missive n’était pas catholique !

Il ricane.

Pas catholique… Soit. L’expéditeur avait visiblement utilisé une machine à écrire. Son style était direct. Ses insultes détaillées. Ses menaces limpides. En intro, il dénonçaitl’innommable goinfrerie du Frère Dominique. Il écrivaitTa superbe femme était tellement dégoûtée qu’elle ne voulait plus coucher avec toi et qu’elle s’est taillée avec son prof de gym. Pauvre veuf, mon œil ! Pour te faire plaindre ? Moi je sais ce qu’il s’est passé… Tu devrais avoir honte, moine de merde. La goinfrerie est un des sept péchés capitaux, mais ce qui est beaucoup plus grave c’est que tu as cafté et que tu vas le payer. Je te l’avais dit de fermer ta grande gueule, connard.

Et il poursuivaitTu croyais peut-être que je n’allais plus jamais sortir de tôle ? Bonne conduite, mon gars. C’est tout moi. Je suis dehors et je sais où tu es allé te cacher au fin fond de ton Abbaye de merde, Bernard Collot, et que tu te fais appeler Frère Dominique. J’arrive, Dominique, nique, nique ta mère. Tu vas me le payer, et très cher. Et il signait :Lazare.

Pour être honnête avec vous, je dois avouer que Frère Dominique est un tantinet monomaniaque avec la nourriture. Il peut vous faire l’apologie interminable du croustillant qu’il dégustait, enfant, chez sa grand’mère. C’est comme si vous y étiez:La couleur changeante, suivant le temps de cuisson, entre miel doré et miel cuivré, qui occupe toute la superficie de l’assiette en grosse faïence blanche, le petit craquement lorsque la fourchette pénètre au cœur de la promesse, le fumet étourdissant qui vous monte au nez, et puis ce fondant sur la langue dans lequel le goût de la volaille se mêle à la crème épaisse améliorée d’un soupçon de fromage de brebis…

Le salaud! Quand il me raconte ce genre de choses j’en ai presque une érection gustative… Quand je pense qu’au moment où on a dû lui enlever la vésicule biliaire, il y a environ un an, sa seule préoccupation était de pouvoir à nouveau mangerun peu gras. Il a été rassuré quand le chirurgien lui a expliqué que, contrairement à certaines idées reçues, l'ablation de la vésicule...