: Cathy Jardry, Sylvie Dumez
: Raphaël, le secret
: Books on Demand
: 9782322197774
: 1
: CHF 3.50
:
: Mensch
: French
: 134
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Raphaël, un garçon de dix ans, fils unique,vit dans une famille où l'on a enseveli un lourd secret. Cet enfant sensible, calme et observateur, dont les parents sont peu disponibles,est choyé par ses grands-parents. Toute la famille vit dans une vaste demeure dans un village provincial, bâtisse qui deviendra un véritable terrain d'exploration pour Raphaël à partir du moment où il cherchera à percer les mystères contenus dans un vieux carnet mystérieusement apparu dans son cartable. Au fur et à mesure de ses découvertes, avec l'aide et le soutien de Léna, sa meilleure amie, il va devoir combattre ses angoisses,ses retenues, pour aller jusqu'au bout de sa quête. Ce parcours initiatique va le faire brutalement sortir de son enfance douillette et naïve en bouleversant tous ses repères, et le mener jusqu'à l'impensable vérité. Cette aventure aux confins de la vie et de la mort, destinée à des préadolescents, amène à réfléchir sur les non-dits et sur la réécriture de l'histoire familiale opérée par certains en pensant protéger ceux qu'ils aiment. Le tout dans un contexte de suspense, de frissons et de manifestations surnaturelles.

Cathy Jardry, ex-enseignante, concernée par le handicap, très attachée aux valeurs de la vie, du partage et de l'inclusion de chacun dans la société. Co-auteure d'un roman jeunesse en auto-édition : Les Matthéo, l'été des aventures (2019).

Chapitre I


Raphaël se réveilla très tôt. Il avait mal dormi, des rêves étranges avaient surgi pendant la nuit. Bizarre… D’habitude il ne rêvait pas ou, pour être plus précis, il ne se souvenait jamais de ses rêves. Il avait appris récemment que tout le monde rêvait et avait eu beaucoup de mal à le croire…

Il faisait encore nuit et c’était la pleine lune. Sa mère, du genre insomniaque, répétait souvent qu’elle ne pouvait pas fermer l’œil les nuits de pleine lune : était-il en train de suivre le même chemin ? Qui plus est, il avait mal accroché les volets de sa chambre et ils avaient claqué pendant des heures au rythme du vent violent qui s’était levé vers minuit. La vieille demeure dans laquelle il vivait avec ses parents et ses grands-parents aurait eu besoin de réparations : la toiture était à refaire, les volets à repeindre, les portes grinçaient, les fenêtres laissaient passer l’air et plusieurs pièces n’avaient pas encore été rénovées. Ses ancêtres avaient vécu depuis plusieurs générations dans cette immense bâtisse, qui fut probablement bourgeoise en son temps. Aujourd’hui ses grands-parents n’occupaient que quatre vastes pièces au rez-de-chaussée. Raphaël et ses parents, quant à eux, disposaient de huit pièces situées sur deux niveaux, mais en réalité n’utilisaient que leur salle de bains et leurs chambres. Ils prenaient leurs repas avec les grands-parents, comme cela se faisait encore parfois à la campagne. La maison avait été bâtie en haut de la rue de l’église, dominant ainsi tout le village. Aujourd’hui, seule sa taille en imposait, ainsi que le splendide jardin d’agrément réaménagé par les grands-parents, jardin visible depuis la grille du portail qui donnait sur la rue à l’arrière de la propriété. Parfois quelques visiteurs s’arrêtaient pour photographier les massifs resplendissants où mamie Luce montrait son habileté à marier les couleurs des vivaces aux tailles et formes variées. Ces clichés étaient le plus souvent postés sur les réseaux sociaux, du coup, lorsque l’on tapait le nom du village dans un moteur de recherche, les images obtenues présentaient régulièrement les fleurs de Luce ! Quant à papi Philippe, il avait davantage investi la partie potager, qui s’était agrandie avec le temps, jusqu’à devenir une de ses plus grandes fiertés. Depuis sa plus tendre enfance, Raphaël avait passé des journées entières dans ce jardin qu’il avait exploré sous toutes les coutures dès qu’il avait su marcher. Il adorait s’installer sous le grand tilleul pour écouter de la musique, lire ses mangas ou simplement rêvasser en regardant son papi s’occuper de ses plantations avec amour… Gare aux limaces qui tentaient de s’approcher des laitues ! Ce jardinier talentueux avait plus d’un tour dans son sac, ne serait-ce que l’utilisation du marc de café autour des salades. Il cultivait des légumes bio depuis toujours et pouvait se vanter d’avoir converti toute sa famille aux vertus d’une alimentation saine, et au respect de la nature. À commencer par Laure et Thierry, les parents de Raphaël. La trentaine bien avancée, un brin idéalistes et surtout très motivés, ils s’étaient lancés dans la réalisation du projet de leur vie : redynamiser le centre-bourg, renforcer les liens humains, l’entraide, la convivialité entre les habitants. Transformer l’ancienne échoppe fermée depuis quinze ans avait nécessité pas mal de travaux et de sacrifices. Le résultat en valait la peine, se disaient-ils chaque matin en relevant le rideau de leur boutique moderne, écologique, agrémentée d’un coin restauration. On pouvait consommer sur place diverses variétés de café et des thés biologiques et équitables, des jus de fruits frais, des pâtisseries locales entre autres. La philosophie de l’établissement était de favoriser les circuits de distribution les plus courts possibles et de valoriser les petits producteurs et l’artisanat de la région. Ils avaient dû emprunter beaucoup d’argent et ne pouvaient se permettre un second emprunt afin de restaurer leur propre maison. En fait, la grande demeure appartenait à mamie Luce et papi Francis, mais ils avaient seulement pu faire rénover le rez-de-chaussée, limités par leur modeste pension de retraite.

Raphaël se tournait et se retournait dans son lit, impossible de se rendormir. Il essaya de se rappeler son dernier rêve. Les autres s’étaient déjà évaporés ! Qu’est-ce qui avait bien pu l’agiter à ce point ? Ah oui, il était en classe et s’apprêtait à sortir sa trousse et sa règle, comme chaque matin, quand ses doigts avaient effleuré quelque chose d’étrange. Comme si un animal s’était glissé dans son cartable… Un frisson lui avait parcouru la colonne vertébrale et il s’était mis à hurler, provoquant la colère de Monsieur Lesévère, son maître. On peut dire qu’il portait bien son nom celui-là ! C’est à ce moment précis qu’une claque monumentale avait retenti sur sa joue droite, en même temps que le claquement des volets. Était-ce la gifle ou le vacarme qui venait d’interrompre son rêve… ou plutôt son cauchemar ? Difficile de le savoir, mais comment retrouver le sommeil après ça ? Raphaël se frotta la joue où s’était imprimée une horrible sensation de brûlure.J’comprends pas comment ça peut faire aussi mal, on dirait que ma peau est en feu !

Un coup d’œil au réveil lui indiqua qu’il était quatre heures. Pas moyen de se lever sans réveiller ses parents avec le parquet qui grinçait. Il décida donc de réviser ses leçons, il avait déjà mal au ventre en pensant au contrôle qui l’attendait à l’école aujourd’hui… Sans parler de la récitation à « interpréter devant la classe », pour reprendre les mots de Monsieur Lesévère. Faire vivre un texte avec le talent d’un acteur, c’était au-dessus des forces de Raphaël, élève plutôt timide, et manquant de confiance en lui. Léna, sa meilleure copine, dotée d’un talent théâtral inné, avait beau lui dire que c’était drôle et qu’il ne risquait rien, sa voix devenait inaudible au moment de réciter. Pire, la récitation s’effaçait de sa mémoire ! Et pour couronner le tout, le maître l’accusait de ne jamais apprendre ses récitations. À chaque fois, le garçon se tapait la honte devant tout le monde.

— Que vas-tu devenir en 6ème l’an prochain ? Tes professeurs n’auront pas ma patience, je peux te l’affirmer ! Quand te mettras-tu au travail, Raphaël Duchemin ? Il s’agit de faire travailler ta mémoire, ce n’est quand même pas sorcier ! Je dois dire que « du chemin », il t’en reste à parcourir, Duchemin ! hurlait le maître, fier de son méchant jeu de mots.

Le jeune garçon rougissait et se mettait à bafouiller de plus belle. Il aurait voulu rentrer sous terre pour échapper au regard moqueur de certains élèves qui n’hésitaient jamais à se ranger du côté du maître, les traîtres ! Malheureusement pour lui, la seule chose qui se volatilisait, c’était le texte de la récitation… Il était toujours honteux d’avoir échoué quand il retournait s’asseoir. Sans compter les jours où Monsieur Lesévère convoquait sa mère pour lui parler de son manque de travail. La tristesse se lisait dans les grands yeux bleus de cette maman affectueuse, inquiète pour l’avenir de son fils. Elle était déçue. Résultat, Raphaël était désespéré de lui faire tant de peine.

— Raphaël ! Debout ! Ton petit-déjeuner est prêt ! s’écria joyeusement mamie Luce, comme chaque matin.

C’était elle qui s’occupait des repas. Laure et Thierry partaient souvent très tôt et ne rentraient jamais avant 20 h 30. Ils ne fermaient l’épicerie qu’une heure, vers 14 heures, et encore… La priorité était de rendre service à la clientèle locale, qui appréciait la disponibilité des jeunes entrepreneurs, et n’hésitait pas à les déranger pendant leur pause s’ils avaient oublié d’acheter une bricole....