: Bruno Guadagnini
: Monsieur Bouillin est mystère Levegh
: Books on Demand
: 9782322179299
: 1
: CHF 4.40
:
: Allgemeines, Lexika, Handbücher, Jahrbücher, Geschichte
: French
: 210
: DRM
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Qu connaissez vous de Pierre Levegh? Sans doute qu'il tient le"rôle principal" dans l'accident qui coûte la vie à plus de 80 personnes, dont la sienne aux 24 heures du Mans 1955. Vous avez entendu parler du mélodrame, vécu pendant les 24 heures du Mans 1952, sans en saisir les tenants et aboutissants. Pionnier de la formule 1, il dispute 90 courses, ses fréquentations , dans les années 40, se nomment Sommer, Ascari, Farina, ou Fangio. Pierre Levegh, se pilote dont on a tous entendu parler, sans vraiment le connaître, s'appelle en réalité Pierre Bouillin dans le civil. Son activité professionnelle, passe par le négoce de voitures, la bijouterie et la brosserie fine. De quoi occuper toute une vie, où le sport passion, n'est jamais très loin. Pilote par défit, mais surtout par héritage, entré de plain-pied dans une histoire, qui aurait pu...qui aurait du s'écrire autrement...

Après trois ouvrages écris sur l'athlétisme, Bruno Guadagnini s'attaque à la biographie de Pierre Levegh. Passionné par la compétition"de l'âge d'or de l'automobile", l'auteur s'attache à dépeindre une personne ambigüe, maintes fois décriées. Aujourd'hui, c'est à vous lecteur de juger...

Chapitre 1


PIERRE BOUILLIN, L’HÉRITIER DE LA VITESSE


Le passé ou l’histoire de nos familles, guide souvent notre avenir, Pierre Bouillin ne peut enfreindre la règle. Bercé depuis sa plus tendre enfance, par les exploits de son oncle maternel Alfred Velghe, comment « le petit Pierre », aurait pu échapper au milieu automobile.

Le « tonton » Alfred est né à Courtrai le 16 juin 1870. Si nous partons du principe, que Torino Asti Torino disputé le 18 mai 1895, reste le point de départ de la compétition automobile en Europe, « l’oncle Alfred », n’est pas loin d'être l'un des premiers pilotes. En effet, Louis et Emile Mors, lui confient une de leur création, lors de la course St Germain en Laye Vernon du 20 octobre 1898. Le pari s’avère gagnant, Alfred Veghe sous le pseudonyme de « Levegh » s’impose sur les 126 Km du parcours.

L’anagramme de son nom lui porte bonheur, il décide de le garder pour le reste de sa carrière. L’année 1899, se présente bien. Le 30 juillet, Levegh termine 2e de Paris-Saint Malo, derrière « Anthony », plus connu sous son nom de coureur cycliste, Henry Robert Debray. Le 1er septembre il remporte Paris-Ostende toujours sur Mors. Le 17 septembre, Léonce Girardot sur Panhard Levassor est le seul à le devancer dans Paris-Boulogne, enfin le 1er novembre, c'est le triomphe dans Bordeaux-Biarritz.

Alfred « Levegh » est désormais reconnu comme un pilote redoutable. 1900, va être le couronnement de sa carrière. Le 30 mars, il remporte la course de côte internationale de la Turbie, puis celle de l’Estérel le 1er avril. Retour aux courses entre villes de provinces, avec une 5e place dans Nice-Marseille-Nice, puis le 3 et 4 juin pour un nouveau succès sur Bordeaux-Périgueux-Bordeaux. Le 14 juin, il prend le départ de la première édition de la Coupe Gordon Bennett disputée entre Paris-Lyon. Alors qu’il mène et qu’une nouvelle victoire se dessine, il est contraint à l’abandon sur ennuis mécaniques.

Disputé entre le 25 et le 28 juillet, Paris-Toulouse-Paris, représente le plus beau succès d’Alfred Levegh. La course rentre dans le cadre de l’Exposition Universelle de 1900, elle-même impliquée dans les Jeux Olympiques de Paris. La prime au vainqueur, représente la coquette somme de 8 000 francs. À la fin de l’année Levegh est désigné « Driver of the Year », devenant ainsi, « officieusement » numéro 1 mondial.

Considérant sans doute qu’il ne peut pas faire mieux, il met un terme à sa carrière lors de la 2e édition de la Coupe Gordon Bennett en 1901. Atteint d’une phtisie pulmonaire, une forme de tuberculose, il en décède à 34 ans le 28 février 1904 à Pau. Ses obsèques ont lieu 5 jours plus tard, en l’église de la Sainte Trinité de Paris. Il est ensuite inhumé dans le caveau familial, au cimetière du Père Lachaise.

Pierre né le 22 décembre 1905 à Paris, n’a donc jamais connu son oncle. Adolescent, sa passion de la vitesse se traduit d’abord par le patinage sur glace. Rapide et adroit, il est repéré par les dirigeants du club de hockey du CSH Paris, qui réussissent à le convaincre de prendre une licence au cours de l’année 1923. Bien que sa technique soit encore frustre, il se distingue par une vitesse de patinage et un changement de carre cross en main très prometteur. Du coup bien que junior, il est vite incorporé dans l’équipe fanion du club parisien. Le 17 novembre 1923, il fait le déplacement en Belgique, face à l’équipe d’Anvers.

Les parisiens s’inclinent 1 à 2, mais Pierre a tapé dans l’œil des sélectionneurs de l’équipe de France de Hockey. Il est retenu comme réserviste, dans l’équipe qui doit participer aux prochains Jeux Olympiques de Chamonix en 1924.

L’expérience en tricolore s’arrête là, néanmoins Pierre continue de faire le bonheur de son club. Le 25 janvier 1925, le CSH Paris, retrouve en finale du championnat de France, le redoutable Chamonix Hockey Club. Le club savoyard incontestablement numéro 1 français, avec une équipe plus expérimentée, donne la leçon 4 à zéro aux jeunes parisiens. Les deux joueurs qui ressortent du lot pour le CSHP, sont Hubert Grunwald et Pierre Bouillin.

Pierre, n’est pas à proprement parlé un séducteur. Sa tendance réservée et timide lui interdisent Toutefois son côté « petit jeune homme »(il ne dépasse pas 1m65), sportif, bien élevé, aux traits réguliers et au regard ténébreux, ne manque de faire tourner les têtes, de la gente féminine. Il plaît aux jeunes et aux moins jeunes avec son look de « gendre idéal ». Celle qui a ses faveurs, s’appelle Marie Josèphe Claire Christiane Auber, réputée pour son humour, tout le monde l’appelle Christiane. Les deux tourtereaux, régularisent leur union dans le 5e arrondissement à Paris, le 31 décembre 1926. Pierre vient de fêter ses 21 ans moins de 10 jours plus tôt, Christiane est de 6 ans son aînée.

Leurs différences les ont rapprochés, elles vont être sans doute la cause de leur séparation. Pierre, pour oublier se replonge dans le sport. Finit le badinage et le patinage, il se tourne vers le tennis avec un certain succès, mais aussi vers le golf et la voile. Malheureux en amour, outre le sport son activité professionnelle occupe le reste de ses journées. Rigoureux et méticuleux, il gravit vite les échelons, chez le grand concessionnaire Ford parisien pour lequel il travaille. Toujours froid et distant au premier abord, il réserve ses sentiments, à un cercle restreint d’amis sûrs. De l’automobile de tous les jours, à la compétition, il n’y a qu’un pas, qu’il ne va pas tarder bientôt à franchir.

Pierre a désormais la trentaine, le « petit jeune homme » a mûri sa silhouette s’est un peu épaissie, un début de calvitie ronge son crâne. Il engage sa Bugatti T57t fraîchement acquise dans la Coupe de Printemps sur le circuit routier de Montlhéry, le 2 mai 1937.

Cette T57 est une merveilleuse mécanique de luxe avec 140cv, bien trop sage par rapport à la version sport qui en développe 180, ou encore au modèle à compresseur qui atteint les 200cv. Le plateau proposé, pour cette première course, est d’un niveau modeste. Néanmoins deux pilotes Eugène Chaboud, et Georges Raphael Béthenod de Montbressieux, alias « Raph » sortent du lot. Les deux jeunes gens aux volants de Delahaye 135CS, commencent à se faire un nom dans le milieu. Handicapé par le manque de puissance de sa Bugatti, Pierre fait ce qu’il peut, pour finir à une honnête 5e place. L’expérience de Joseph Paul, fait la différence pour la victoire, face à la jeunesse de Chaboud 2e et de « Raph » 3e.

Après cette première expérience Pierre Bouillin, décide de la prolonger le 6 juin dans les 3 heures de Marseille, disputées sur le circuit de Miramas. La concurrence est autrement plus relevée, avec 27 voitures engagées. Parmi les concurrents, les deux meilleurs français du moment Jean Pierre Wimille sur Bugatti T59 et Raymond Sommer sur Talbot 150C. L’épreuve, se déroule sous la formule de 3 manches d’une heure chacune, dans laquelle il s’agit de faire le plus grand nombre de tours possibles.

Dans la première manche, Wimille et Sommer sont aux deux premières places en ayant bouclé 27 tours. Pierre, toujours en manque « de chevaux » termine 12e avec 23 tours. Sommer profite d’un début de problème moteur de Wimille, pour s’imposer dans la seconde manche avec 32 tours. Pierre, plus à l’aise, finit 9e avec 30 tours. Dans la dernière manche, le moteur de Wimille lâche, laissant Sommer seul pour la victoire. Derrière Gianfranco Comotti et Albert Divo, tous deux sur Talbot complètent le podium. Pierre Bouillin termine 8e au classement final des 3 manches.

Notre parisien, s’engage encore une fois à Montlhéry, dans la Coupe d’Automne le 19 septembre. L’épreuve tourne court, une casse moteur aux essais, le contraint à déclarer forfait pour la course.

Loin de se décourager, Pierre tire la conclusion de sa première saison de course. Sa magnifique Bugatti, est inadaptée à la compétition. Il lui faut une voiture à la fois performante et polyvalente. Son choix se tourne vers une Talbot Lago 150C.

Anthony Lago, a repris en 1934, la vieille marque Talbot-Darracq, à bout...