: Jean-Marie Paglia
: Considérations philosophiques sur les enjeux politiques et culturels La Voie de l'humanité, Livre 2
: Books on Demand
: 9782322197132
: 1
: CHF 12.30
:
: Philosophie
: French
: 264
: DRM
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
L'humanité trace sa voie par elle-même, en suivant ses aspirations et en s'adaptant à son milieu naturel. Ce livre s'attache à découvrir les principaux aspects de la situation actuelle, ainsi que les orientations nouvelles dont l'humanité a besoin, et qu'elle cherche obscurément. Cet ouvrage s'inscrit donc dans une perspective qui nous concerne tous . L'auteur a voulu restituer le tableau d'ensemble que nous composons dans le monde actuel, en ajoutant les connaissances de sagesse ancienne qui peuvent nous aider. En se penchant sur ces réflexions, le lecteur se sentira naturellement enclin à apporter sa contribution au parcours et au sens qu'il doit prendre.

Jean-Marie Paglia a suivi une carrière de professeur et praticien certifié en Médecine chinoise, principalement au Canada. Il s'est ensuite attaché à l'observation de notre monde actuel en rapport avec les questions fondamentales de l'existence et du développement spirituel. Il trouve son inspiration dans une étude approfondie de la sagesse orientale autant que dans les savoirs modernes. Il souhaite que les lecteurs puissent partager ses réflexions et que cela soit une expérience enrichissante pour eux.

2. Démocratie imparfaite


Le contrôle de l’institution politique

La démocratie est souvent définie comme le système de gouvernement le moins mauvais, ce qui laisse entendre qu’il pourrait recevoir des améliorations. Le système où toutes les contributions sont mises en commun et où les opinions majoritaires l’emportent.

Cependant quand on examine son fonctionnement, il apparaît de graves anomalies.

On constate que souvent les politiques suivies ne correspondent pas du tout à celles que souhaiterait la majorité de la population.

Nous avons vu quelles fabuleuses sommes d’argent sont consacrées depuis des lustres immémoriaux aux dépenses militaires. Or, le plus souvent, la population des pays concernés souhaite qu’il en soit autrement.

Exemple : dansLe Monde diplomatique (1) Noam Chomsky déclarait :

« La plupart des Américains souhaitent une réduction des dépenses militaires et une augmentation des dépenses sociales … mais la politique de la Maison Blanche est totalement contraire aux réclamations de l’opinion publique. »

Or, continue-t-il, la teneur de l’opinion publique est occultée, si bien que :

« Les citoyens sont non seulement écartés des centres de décision politique, mais également tenus dans l’ignorance de l’état réel de cette même opinion publique. »

Voilà quel est le fonctionnement de nos démocraties à l’heure actuelle. Les décisions ne dérivent pas des voeux majoritairement exprimés par les citoyens, mais les décisions se fondent sur les désirs des centres de pouvoir économique. Le scénario est connu comme le loup blanc, le fonctionnement démocratique est un spectacle de théâtre qui nous répète jusqu’à le faire croire que nous vivons dans le régime le plus juste et le plus équilibré. Tout le monde se doute bien que ce n’est pas la voix majoritaire du peuple qui décide, mais la voix très minoritaire des pouvoirs économiques.

Étudions quelques exemples pour montrer à l’homme ordinaire bourrelé de doutes, d’incertitudes et de perplexité à quel point il a raison.

Le chapitre du site InternetGlobal Issues (Problèmes Planétaires) (2) sur les grosses compagnies indique en détail comment fonctionne le pouvoir du capital. Nous lui empruntons les données qui suivent :

La concentration de richesse dans ces grands groupes leur donne un pouvoir de plus en plus envahissant :

En contrôlant les principaux médias directement ou par l’intermédiaire de la publicité, ces groupes sont en mesure de façonner à leurs fins l’opinion publique et même le mode de vie de la société.

Ils peuvent influencer les politiques publiques de diverses manières, notamment par les groupes de pression et les contributions électorales. Des dizaines de lobbies représentant les principales branches d’industrie participent aux levées de fonds des candidats aux élections présidentielles. Ces faveurs ne seront pas ignorées par la suite.

Ils peuvent souvent obtenir des subventions, des avantages fiscaux ou des aménagements des réglementations assurant que leurs intérêts soient bien protégés. Ces aides représentent des milliards de dollars.

Par exemple, on a fait remarquer que lorsque les compagnies pétrolières engrangent des profits fantastiques liés aux variations des prix du baril, aucune taxe supplémentaire ne vient effleurer ces profits.

Ces grands groupes peuvent aussi avoir recours au chantage : ainsi en 1999, des compagnies allemandes parmi les plus puissantes dans l’automobile et la finance ont-elles pu se protéger d’augmentations de taxes en menaçant simplement de délocaliser jusqu’à 14000 emplois. Par conséquent les taxes ont baissé, un conseiller du gouvernement concluait : ces géants industriels sont tout simplement « trop puissants face au gouvernement élu. »

John Bunzl fait observer que le même chantage s’adresse aux syndicats pour qu’ils rentrent dans les rangs et acceptent les conditions offertes.

Arundhati Roy écrit que les leaders libérateurs et démocratiques les plus acclamés, tels que Lula ou Mandela sont totalement impuissants face aux pouvoirs de ces cartels. (3)

Certes, le monde des affaires est soumis à une stricte réglementation, ses activités sont fortement encadrées, sa contribution à la société est très importante, il doit souvent régler de très fortes amendes, mais cela fait partie du jeu des pouvoirs entre l’état et le capital. Tous deux sont à la fois complices et rivaux dans la domination et l’utilisation de la société pour leurs propres finalités.

La démocratie n’est donc en réalité qu’un idéal lointain et inachevé qui n’est jamais passée dans les faits.

Fritjof Capra résume parfaitement la situation :

« Les avoirs de ces géants internationaux dépassent le produit national brut de la plupart des nations ; leur pouvoir économique et politique surpasse celui de beaucoup de gouvernements, et menace la souveraineté nationale ainsi que la stabilité monétaire mondiale. Dans la plupart des pays occidentaux, mais surtout aux États-Unis, la puissance des grandes compagnies se fait sentir dans presque tous les domaines de la vie publique.

Ces compagnies contrôlent en grande partie le processus législatif, déforment l’information que les médias dispensent au public et déterminent, à un degré non négligeable, le fonctionnement de notre système éducatif ainsi que l’orientation de la recherche universitaire. » (4)

Passage est à mettre en parallèle avec cet avertissement prophétique cité parGlobal Issues :

« Je vois se dessiner dans un proche avenir une crise qui me déconcerte et me fait craindre pour la sûreté de mon pays … Les grandes compagnies sont aux commandes, il va s’ensuivre une ère de corruption dans les hautes sphères et la puissance de l’argent dans le pays s’efforcera de prolonger son règne en travaillant les préjugés du peuple jusqu’à ce que la richesse toute entière soit rassemblée entre quelques mains et qu’il en soit fini de la République. »(Le président Abraham Lincoln, le 21 novembre 1864)

Il ne peut pas apparaître de façon plus évidente que les défauts qui pervertissent la démocratie sont les mêmes insuffisances de développement moral qui se retrouvent chez les individus : le désir de profit, de puissance, les ambitions personnelles égocentriques. Pousse-toi de là que je prenne la place, et que je fasse mes affaires.

Il s’ensuit donc que le niveau d’évolution des personnes reflète et détermine le degré de démocratie dans lequel elles vivent, et le degré de démocratie qu’elles ont atteint détermine les conditions culturelles dans lesquelles peut se poursuivre cette évolution.

Définir l’objectif de la démocratie
La liberté d’entreprendre

La démocratie est l’organisation politique qui garantit les conditions dans lesquelles la personne peut réaliser au mieux sa destinée. Elle est donc l’institution qui garantit les libertés fondamentales.

La première condition de bonne vie, c’est un niveau économique satisfaisant, dans une perspective stable et assurée. Par conséquent, la première liberté fondamentale est la liberté d’entreprendre.

Oui, mais il ne faut pas que la liberté d’entreprendre des uns aboutisse à refuser la possibilité d’entreprendre aux autres. Autrement dit, il faut qu’il s’agisse nécessairement de la liberté d’entreprendre solidairement.

Il faut éviter la formation de groupes tout puissants qui escamotent à leur profit le fonctionnement de la vie publique comme on l’a observé plus haut.

Le degré de démocratie qui règne dans un pays correspond au degré auquel l’ensemble des citoyens parvient à contrôler le système politique. C’est par conséquent le degré auquel l’ensemble des citoyens est parvenu à contrôler le système économique. Cela implique idéalement une économie solidaire dont le maillage relie l’ensemble du corps social.

Établir une démocratie, c’est établir une économie...