: George Sand
: François le Champi
: Books on Demand
: 9782322256273
: 1
: CHF 2.70
:
: Erzählende Literatur
: French
: 191
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
La misère et la simplicité d'esprit de François, enfant trouvé de six ans élevé par la Zabelle, locataire du meunier Cadet Blanchet, émeuvent la jeune et douce femme de ce dernier, Madeleine. À l'insu de son mari et de sa belle-mère, elle secourt François et sa nourrice. Cadet Blanchet, qui a cessé d'aimer sa femme, laisse libre cours à son caractère emporté et avare. Trompée par son mari avec la Sévère, Madeleine trouve un réconfort dans la tendresse de Jeannie, son fils, et de François. Mais elle est victime de la haine jalouse de sa belle-mère, qui incite la Zabelle à ramener François à l'hospice...

George Sand, pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, par mariage baronne Dudevant, est une romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876.

I


Un matin que Madeleine Blanchet, la jeune meunière du Cormouer, s’en allait au bout de son pré pour laver à la fontaine, elle trouva un petit enfant assis devant sa planchette et jouant avec la paille qui sert de coussinet aux genoux des lavandières. Madeleine Blanchet, ayant avisé cet enfant, fut étonnée de ne pas le connaître, car il n’y a pas de route bien achalandée de passants de ce côté-là, et on n’y rencontre que des gens de l’endroit.

 

– Qui es-tu, mon enfant ? dit-elle au petit garçon, qui la regardait d’un air de confiance, mais qui ne parut pas comprendre sa question. Comment t’appelles-tu ? reprit Madeleine Blanchet en le faisant asseoir à côté d’elle et en s’agenouillant pour laver.

 

– François, répondit l’enfant.

 

– François qui ?

 

– Qui ? dit l’enfant d’un air simple.

 

– à qui es-tu fils ?

 

– Je ne sais pas, allez !

 

– Tu ne sais pas le nom de ton père !

 

– Je n’en ai pas.

 

– Il est donc mort ?

 

– Je ne sais pas.

 

– Et ta mère ?

 

– Elle est par là, dit l’enfant en montrant une maisonnette fort pauvre qui était à deux portées de fusil du moulin et dont on voyait le chaume à travers les saules.

 

– Ah ! je sais, reprit Madeleine, c’est la femme qui est venue demeurer ici, qui est emménagée d’hier soir ?

 

– Oui, répondit l’enfant.

 

– Et vous demeuriez à Mers !

 

– Je ne sais pas.

 

Tu es un garçon peu savant. Sais-tu le nom de ta mère, au moins ?

 

– Oui, c’est la Zabelle

 

– Isabelle qui ? tu ne lui connais pas d’autre nom ?

 

– Ma foi non, allez !

 

– Ce que tu sais ne te fatiguera pas la cervelle, dit Madeleine en souriant et en commençant à battre son linge.

 

– Comment dites-vous ? reprit le petit François.

 

Madeleine le regarda encore ; c’était un bel enfant, il avait des yeux magnifiques. C’est dommage, pensa-t-elle, qu’il ait l’air si niais.

 

– Quel âge as-tu ? reprit-elle. Peut-être que tu ne le sais pas non plus.

 

La vérité est qu’il n’en savait pas plus long là-dessus que sur le reste. Il fit ce qu’il put pour répondre, honteux peut-être de ce que la meunière lui reprochait d’être si borné, et il accoucha de cette belle repartie :

 

– Deux ans.

 

– Oui-da ! reprit Madeleine en tordant son linge sans le regarder davantage, tu es un véritable oison, et on n’a guère pris soin de t’instruire, mon pauvre petit. Tu as au moins six ans pour la taille, mais tu n’as pas deux ans pour le raisonnement.

 

– Peut-être bien ! répliqua François.

 

Puis, faisant un autre effort sur lui-même, comme pour secouer l’engourdissement de sa pauvre âme, il dit :

 

– Vous demandiez comment je m’appelle ? On m’appelle François le Champi.

 

– Ah ! ah ! je comprends, dit Madeleine en tournant vers lui un œil de compassion ; et Madeleine ne s’étonna plus de voir ce bel enfant si malpropre, si déguenillé et si ab