: George Sand
: La Mare au Diable
: Books on Demand
: 9782322252374
: 1
: CHF 2.60
:
: Erzählende Literatur
: French
: 151
: Wasserzeichen
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: ePUB
Germain, veuf inconsolable, père de trois enfants, suit sans enthousiasme le conseil de son beau-père, le père Maurice, qui l'incite à chercher une nouvelle épouse. Il rendra donc visite à la riche veuve Guérin, qui habite Fourche, à douze kilomètres. On lui confie en même temps la petite Marie, jeune voisine pauvre, qu'il escortera aux Ormeaux, près de Fourche, où elle est engagée comme bergère. Les deux voyageurs emmènent un compagnon imprévu: Petit-Pierre, fils aîné du laboureur. Ayant pris un raccourci, ils s'égarent dans l'obscurité et le brouillard. Les voilà forcés de passer la nuit à la belle étoile: Germain, émerveillé des qualités de sa jolie compagne, tombe amoureux de la jeune fille, peu encline, lui confie-t-elle, à épouser un homme de son âge...

George Sand, pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, par mariage baronne Dudevant, est une romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876.

IV. Germain le fin laboureur


– Oui, j’ai quelqu’un en vue, répondit le père Maurice. C’est une Léonard, veuve d’un Guérin, qui demeure à Fourche.

 

– Je ne connais ni la femme ni l’endroit, répondit Germain résigné, mais de plus en plus triste.

 

– Elle s’appelle Catherine, comme ta défunte.

 

– Catherine ? Oui, ça me fera plaisir d’avoir à dire ce nom-là : Catherine ! Et pourtant, si je ne peux pas l’aimer autant que l’autre, ça me fera encore plus de peine, ça me la rappellera plus souvent.

 

– Je te dis que tu l’aimeras : c’est un bon sujet, une femme de grand cœur ; je ne l’ai pas vue depuis longtemps, elle n’était pas laide fille alors ; mais elle n’est plus jeune, elle a trente-deux ans. Elle est d’une bonne famille, tous braves gens, et elle a bien pour huit ou dix mille francs de terres, qu’elle vendrait volontiers pour en acheter d’autres dans l’endroit où elle s’établirait ; car elle songe aussi à se remarier, et je sais que, si ton caractère lui convenait, elle ne trouverait pas ta position mauvaise.

 

– Vous avez donc déjà arrangé tout cela ?

 

– Oui, sauf votre avis à tous les deux ; et c’est ce qu’il faudrait vous demander l’un à l’autre, en faisant connaissance. Le père de cette femme-là est un peu mon parent et il a été beaucoup mon ami. Tu le connais bien, le père Léonard ?

 

– Oui, je l’ai vu vous parler dans les foires, et à la dernière, vous avez déjeuné ensemble ; c’est donc de cela qu’il vous entretenait si longuement ?

 

– Sans doute ; il te regardait vendre tes bêtes et il trouvait que tu t’y prenais bien, que tu étais un garçon de bonne mine, que tu paraissais actif et entendu ; et quand je lui eus dit tout ce que tu es et comme tu te conduis bien avec nous, depuis huit ans que nous vivons et travaillons ensemble, sans avoir jamais eu un mot de chagrin ou de colère, il s’est mis dans la tête de te faire épouser sa fille ; ce qui me convient aussi, je te le confesse, d’après la bonne renommée qu’elle a, d’après l’honnêteté de sa famille et les bonnes affaires où je sais qu’ils sont.

 

– Je vois, père Maurice, que vous tenez un peu aux bonnes affaires.

 

– Sans doute, j’y tiens. Est-ce que tu n’y tiens pas aussi ?

 

– J’y tiens si vous voulez, pour vous faire plaisir ; mais vous savez que, pour ma part, je ne m’embarrasse jamais de ce qui me revient ou ne me revient pas dans nos profits. Je ne m’entends pas à faire des partages et ma tête n’est pas bonne pour ces choses-là. Je connais la terre, je connais les bœufs, les chevaux, les attelages, les semences, la battaison, les fourrages. Pour les moutons, la vigne, le jardinage, les menus profits et la culture fine, vous savez que ça regarde votre fils et que je ne m’en mêle pas beaucoup. Quant à l’argent, ma mémoire est courte, et j’aimerais mieux tout céder que de disputer sur le tien et le mien. Je craindrais de me tromper et de réclamer ce qui ne m’est pas dû, et si les affaires n’étaient pas simples et claires, je ne m’y retrouverais jamais.

 

– C’est tant pis, mon fils, et voilà pourquoi j’aimerais que tu eusses une femme de tête pour me remplacer quand je n’y serai plus. Tu n’as jamais voulu voir clair dans nos comptes, et ça pourrait t’amener du désagrément avec mon fils, quand vous