: George Sand
: La Petite Fadette
: Books on Demand
: 9782322256303
: 1
: CHF 2.70
:
: Erzählende Literatur
: French
: 235
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
À la Cosse naissent des jumeaux, Landry et Sylvinet, fils du père Barbeau, paysan aisé. Négligeant les conseils de la sage-femme, soucieuse d'éviter des liens trop forts entre les deux enfants, les parents les laissent devenir inséparables au fil des ans. Cependant, le père Barbeau se voit obligé d'employer l'un d'eux dans une ferme voisine: Landry, plus fort, part chez le père Caillaud. Il s'habitue à sa nouvelle vie, tandis que Sylvinet, malheureux, devient jaloux des amis de son frère, au point qu'un jour sa mère le croit parti se noyer. Landry, lancé à sa recherche, s'adresse à la mère Fadet, mi-guérisseuse mi-sorcière. Renvoyé brutalement, il accepte le marché de sa petite-fille, Fadette: elle lui indiquera où trouver Sylvinet à condition qu'il lui accorde ce qu'elle lui demandera. Landry ramène donc son frère, qui se montre plus raisonnable. Un soir Landry lui-même échappe à la noyade grâce à Fadette, qui lui reproche son ingratitude: il devra lui faire danser sept bourrées le lendemain. À contrecoeur il s'exécute, malgré le dépit de Madelon, la nièce du père Caillaud...

George Sand, pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, par mariage baronne Dudevant, est une romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876.

I


Le père Barbeau de la Cosse n'était pas mal dans ses affaires, à preuve qu'il était du conseil municipal de sa commune. Il avait deux champs qui lui donnaient la nourriture de sa famille et du profit par-dessus le marché. Il cueillait dans ses prés du foin à pleins charrois et, sauf celui qui était au bord du ruisseau et qui était un peu ennuyé par le jonc, c'était du fourrage connu dans l'endroit pour être de première qualité.

 

La maison du père Barbeau était bien bâtie, couverte en tuile, établie en bon air sur la côte, avec un jardin de bon rapport et une vigne de six journaux. Enfin il avait, derrière sa grange, un beau verger, que nous appelons chez nous une ouche, où le fruit abondait tant en prunes qu'en guignes, en poires et en cormes. Mêmement, les noyers de ses bordures étaient les plus vieux et les plus gros de deux lieues aux entours.

 

Le père Barbeau était un homme de bon courage, pas méchant, et très porté pour sa famille, sans être injuste à ses voisins et paroissiens.

 

Il avait déjà trois enfants quand la mère Barbeau, voyant sans doute qu'elle avait assez de bien pour cinq et qu'il fallait se dépêcher, parce que l'âge lui venait, s'avisa de lui en donner deux à la fois, deux beaux garçons ; et, comme ils étaient si pareils qu'on ne pouvait presque pas les distinguer l'un de l'autre, on reconnut bien vite que c'étaient deux bessons, c'est-à-dire deux jumeaux d'une parfaite ressemblance.

 

La mère sagette, qui les reçut dans son tablier comme ils venaient au monde, n'oublia pas de faire au premier-né une petite croix sur le bras avec son aiguille parce que, disait-elle, un bout de ruban ou un collier peut se confondre et faire perdre le droit d'aînesse. Quand l'enfant sera plus fort, dit-elle, il faudra lui faire une marque qui ne puisse jamais s'effacer ; à quoi l'on ne manqua pas. L'aîné fut nommé Sylvain, dont on fit bientôt Sylvinet, pour le distinguer de son frère aîné, qui lui avait servi de parrain ; et le cadet fut appelé Landry, nom qu'il garda comme il l'avait reçu au baptême parce que son oncle, qui était son parrain, avait gardé de son jeune âge la coutume d'être appelé Landriche.

 

Le père Barbeau fut un peu étonné, quand il revint du marché, de voir deux petites têtes dans le berceau.

 

– Oh ! oh ! fit-il, voilà un berceau qui est trop étroit. Demain matin, il me faudra l'agrandir.

 

Il était un peu menuisier de ses mains, sans avoir appris, et il avait fait la moitié de ses meubles. Il ne s'étonna pas autrement et alla soigner sa femme, qui but un grand verre de vin chaud et ne s'en porta que mieux.

 

– Tu travailles si bien, ma femme, lui dit-il, que ça doit me donner du courage. Voilà deux enfants de plus à nourrir, dont nous n'avions pas absolument besoin ; ça veut dire qu'il ne faut pas que je me repose de cultiver nos terres et d'élever nos bestiaux. Sois tranquille ; on travaillera ; mais ne m'en donne pas trois la prochaine fois, car ça serait trop.

 

La mère Barbeau se prit à pleurer, dont le père Barbeau se mit fort en peine.

 

– Bellement, bellement, dit-il, il ne faut te chagriner, ma bonne femme. Ce n'est pas par manière de reproche que je t'ai dit cela, mais par manière de remerciement, bien au contraire. Ces deux enfants-là sont beaux et bien faits ; ils n'ont point de défauts sur le corps et j'en suis content.

 

– Alas ! mon Dieu, dit la femme, je sais bien que vous ne me les reprochez pas, notre maître ; mais moi j'ai du souci, parce qu'on m'a dit qu'il n'y avait rien de plus chanceux et de plus malaisé à élever que des bessons. Ils se font tort l'un à l'autre et, presque toujours, il faut qu'un des deux périsse pour que l'autre se porte bien.

 

– Oui-da ! dit le père : est-ce la vérité ? Tant qu'à moi, ce sont les premiers bessons que je vois. Le cas n'est point fréquent. Mais voici la mère sagette qui a de la connaissance là-dessus et qui va nous dire ce qui en est.

 

La mère sag