: Anton Soliman
: Le Grand Ski-Lift L'Espace De Zerbi
: Tektime
: 9788873048862
: 1
: CHF 3.90
:
: Erzählende Literatur
: French
: 288
: DRM
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Le Grand Ski-lift : un gigantesque réseau de remontées mécaniques permettant aux skieurs d'évoluer dans un domaine qui couvre l'hémisphère boréal tout entier. Poussé par son besoin de renaissance, désirant oublier le Monde connu et les règles de la Tradition, Oskar Zerbi s'introduit illégalement dans ce circuit. Dans cette infinité de pistes et de sommets blancs, il est poursuivi par un mystérieux interlocuteur, et fait des rencontres étranges qui le renvoient aux bribes d'un passé oublié. Investi d'une dangereuse mission, il comprendra petit à petit la nature réelle de sa quête. Se dirigeant toujours vers le nord, il se réappropriera la connaissance de lui-même et de son passé, découvrant à quel point il est lié au Grand Ski-lift. Dans les terres désolées du Nord extrême, il accèdera enfin à la révélation ultime...

PUBLISHER: TEKTIME

Le point d'émersion


Oskar Zerbi était arrivé au départ du Grand Ski-lift. Une gigantesque esplanade sans aucun bâtiment, mis à part une baraque en bois qui devait être la cabane des forfaits, et une autre construction inachevée, sans fenêtres. Des tiges de fer rouillées sortaient du toit. Des tas de neige sale, alourdis par une pluie fine, étaient amoncelés tout autour. De la montagne descendaient les bancs d'un brouillard épais que les faîtes d'une forêt de conifères s'étendant à perte de vue dans la vallée peinaient à retenir.

Il descendit de voiture, mit un bonnet de laine pour se protéger du froid, puis tourna lentement sur lui-même, à la recherche d'un habitant à qui demander des renseignements. Mais l'endroit était désert.

Les câbles d'acier qui supportaient les cabines du téléphérique sortaient de la baraque en bois. Il suivit du regard les pylônes de l'installation qui, comme une rangée de géants pétrifiés par l'hiver, montaient tout droit dans la montagne, disparaissant après quelques centaines de mètres, engloutis par le brouillard.

Il se souvint alors de ce qu'on lui avait dit sur le Grand Ski-lift. Peut-être tout cela n'était-il qu'un quiproquo. Il se trouvait en fait dans un lieu abandonné, et cette installation ne servait probablement qu'à transporter le bois que l'on faisait en altitude pendant l'été. C'était étrange : c'était un ami, que l'on disait fiable, et passionné de montagne qui plus est, qui lui avait donné des informations sur le Grand Ski-lift. Il lui en avait parlé avec passion : des centaines de milliers de pistes sur les pentes de chaînes de montagnes ensevelies sous la neige, des lacs gelés, des forêts, des paysages alpins vierges... Il avait en somme évoqué un monde sublime dans lequel Oskar aurait pu passer ses vacances dans une liberté absolue. Et où il espérait pouvoir oublier bien des choses.

Peut-être s’était-il trompé en chemin ?On lui avait pourtant clairement indiqué la route à prendre, avec des repères qu’il avait tous retrouvés sur son trajet. Il avait suivi les instructions de telle sorte qu’aucune erreur n’était possible. D’un autre côté, il pouvait penser à des informations déformées, mais il se dit que, dans ces circonstances particulières, il ne devait pas s’agir d’un simple malentendu. 

« Mais pourquoi s’étonner ? » se demanda-t-il enfin. Dans le fond, il n’avait jamais reçu de ses semblables que des informations imprécises sur les objets de ce monde ; des faits, et des lieux, évoqués de façon excessive par une multitude d’hommes dont l’égo tente de se maintenir à la surface de la Réalité comme un naufragé à la dérive. 

 

Ce n’était que le début de l’après-midi, mais il faisait déjà presque sombre. Oskar avait froid ; impossible de rester plus longtemps sur cette esplanade sans vie. La fatigue se faisait sentir : il s’était levé à l’aube et avait conduit tout ce temps avec une concentration extrême, car il s’agissait d’un voyage étrange … la traversée d’un territoire inconnu. Le tracé de l’autoroute 26 sud dessinait un demi-cercle vers l’ouest et contournait les montagnes juste au pied de la chaîne de la Sierra, en direction des grandesplaines. Ensuite, il avait suivi une route forestière pleine de nids de poule, au tracé sinueux, tout à fait inédit pour lui. 

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