CHAPITRE UN
Paul Storey sesouvenait trèsbiendu jour où il l’avait vue pour la troisième fois, lorsque toutavaitcommencé.
Elle ne l’avait ni regardé, ni parlé, du moins pasdans un premier temps. Mais il savait qu’elle l’avait remarqué,dès qu’elle avait franchi la porte. Même dans une sallebondéede monde,il y avait un je ne sais quoi dans sa façon de l’ignorer– une prise de conscienceréfléchie.
Il se demandait s’il devait se lancer dans une introduction décontractée, s’asseoir en face d’elle à l’une des tables carrées noires et entamer une conversation.Vous venez ici tous les jours, n’est-ce pas ?… Non, trop flagrant. Ce n’était pas l’effet qu’il recherchait. Peut-être devrait-il nerien dire, juste tirer une chaise, ouvrir un journal, lui faireun signe de tête etfaire les mots croisés.
Dans ce cas, elle pourraitcroirequ’il la traquait. Ce qui n’était pasdu toutle cas.C’étaitune femme attirante et il venait juste de laremarquer…
Elle venait à Starbucks tous les matins à la même heure, juste avant le déjeuner. Des vêtements différents chaque jour mais élégants, une jupe bien taillée juste en dessous des genoux, unechemise moulantsapoitrine. Elle avaitl’allured’une femme d’affaires, mais qui voulait tout de même exhiber un peu de sensualité. Elle tenait une petite mallette à fermoirs dorés.Elle portait des talonsun peu hauts,maissans êtrevulgaire. Cheveux blonds biens peignés, raides, coincésderrière les oreilles… non,uneoreille : l’oreille qu’elle utilisaitpour parlerau téléphone.
Ellearrivaittoujoursà trouverune table près de la fenêtre, donnant sur Broadgate,derrièrela statue de Lady Godivaen face deWagamama etducafé à côté. Elle avait un petit ordinateur qu’elle ouvrait et sur lequel elle se mettait à tapoter, puis s’arrêtait et regardait par la fenêtre. Mordait sa lèvre inférieure, prenait une gorgée de son gobelet blanc Starbucks. Elle avait une bonne ossature, un grand front et de