: Victor Hugo
: Quatrevingt-Treize
: Seltzer Books
: 9781455353231
: 1
: CHF 0.10
:
: Erzählende Literatur
: French
: 644
: DRM
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB

Roman historique classique mis en place pendant la Révolution française, dans le français original. Selon Wikipedia: 'Quatre-vingt-treize (Quatrevingt-treize) est le dernier roman de l'écrivain français Victor Hugo, publié en 1874, peu après le bouleversement sanglant de la Commune de Paris, le roman concerne la révolte de la Vendée et de la Chouannerie. révolte contre-révolutionnaire en 1793 pendant la Révolution française, divisée en trois parties, mais pas chronologiquement, chaque partie raconte une histoire différente, offrant une vision différente des événements généraux historiques. Toujours selon Wikipedia: 'Victor-Marie Hugo (26 février 1802 - 22 mai 1885) était un poète, dramaturge, romancier, essayiste, artiste visuel, homme d'État, militant des droits de l'homme et représentant du mouvement romantique en France. La renommée littéraire de Hugo vient d'abord de sa poésie, mais repose aussi sur ses romans et ses réalisations dramatiques Parmi les nombreux volumes de poésie, Les Contemplations et La Légende des siècles sont particulièrement estimés et Hugo est parfois identifié comme le plus grand poète français. En dehors de la France, ses œuvres les plus connues sont les romans Les Misérables et Notre-Dame de Paris (connu aussi en anglais sous le nom de Le Bossu de Notre Dame), bien que royaliste conservateur engagé quand il était jeune. Il est devenu un partisan passionné du républicanisme et son travail touche à la plupart des questions politiques et sociales et aux tendances artistiques de son temps: il est enterré au Panthéon.

 II.  CIMOURDAIN


 

Cimourdain était une conscience pure, mais sombre. Il avait en lui l'absolu. Il avait été prêtre, ce qui est grave. L'homme peut, comme le ciel, avoir une sérénité noire; il suffit que quelque chose fasse eu lui la nuit. La prêtrise avait fait la nuit dans Cimourdain. Qui a été prêtre l'est.

 

Ce qui fait la nuit en nous peut laisser en nous les étoiles. Cimourdain était plein de vertus et de vérités, mais qui brillaient dans le ténèbres.

 

Son histoire était courte à faire. Il avait été curé de village et précepteur dans une grande maison; puis un petit héritage lui était venu, et il s'était fait libre.

 

C'était par-dessus tout un opiniâtre. Il se servait de la méditation comme on se sert d'une tenaille; il ne se croyait le droit de quitter une idée que lorsqu'il était arrivé au bout; il pensait avec acharnement. Il savait toutes les langues de l'Europe et un peu les autres; cet homme étudiait sans cesse, ce qui l'aidait à porter sa chasteté; mais rien de plus dangereux qu'un tel refoulement.

 

Prêtre, il avait, par orgueil, hasard ou hauteur d'âme, observé ses voeux; mais il n'avait pu garder sa croyance. La science avait démoli sa foi; le dogme s'était évanoui en lui. Alors, s'examinant, il s'était senti comme mutilé, et ne pouvant se défaire prêtre, il avait travaillé à se refaire homme; mais d'une façon austère; on lui avait ôté la famille, il avait adopté la patrie; on lui avait refusé une femme, il avait épousé l'humanité. Cette plénitude énorme, au fond, c'est le vide.

 

Ses parents, paysans, en le faisant prêtre, avaient voulu le faire sortir du peuple; il était rentré dans le peuple.

 

Et il y était rentré passionnément. Il regardait les souffrants avec une tendresse redoutable. De prêtre il était devenu philosophe, et de philosophe athlète. Louis XV vivait encore que déjà Cimourdain se sentait vaguement républicain. De quelle république? De la république de Platon peut-être, et peut-être aussi de la république de Dracon.

 

Défense lui était faite d'aimer, il s'était mis à haïr. Il haïssait les mensonges, la monarchie, la théocratie, son habit de prêtre; il haïssait le présent; et il appelait à grands cris l'avenir; il le pressentait, il l'entrevoyait d'avance, il le devinait effrayant et magnifique; il comprenait, pour le dénoûment de la lamentable misère humaine, quelque chose comme un vengeur qui serait un libérateur. Il adorait de loin la catastrophe.

 

En 1789, cette catastrophe était arrivée, et l'avait trouvé prêt. Cimourdain s'était jeté dans ce vaste renouvellement humain avec logique, c'est-à-dire, pour un esprit de sa trempe, inexorablement. La logique ne s'attendrit pas. Il avait vécu les grandes années révolutionnaires, et avait eu le tressaillement de tous ces souffles, 89, la chute de la Bastille, la fin du supplice des peuples; 90, le 19 juin, la fin de la féodalité; 91, Varennes, la fin de la royauté; 92, l'avènement de la république. Il avait vu se lever la révolution; il n'était pas homme à avoir peur de cette géante; loin de là, cette croissance de tout l'avait vivifié; et, quoique déjà presque vieux, il avait cinquante ans et un prêtre est plus vite vieux qu'un autre homme,--il s'était mis à croître, lui aussi. D'année en année, il avait regardé les évènements grandir, et il avait grandi comme eux. Il avait craint d'abord que la révolution n'avortât, il l'observait, elle avait la raison et le droit, il exigeait qu'elle eût le succès et, à mesure qu'elle effrayait, il se sentait rassuré. Il voulait que