: Victor Hugo
: La Legende des Siecles
: Seltzer Books
: 9781455351107
: 1
: CHF 0.10
:
: Lyrik
: French
: 528
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Poème de livre classique, publié à l'origine en 1859. Le poème est en français; la préface est en anglais. Selon Wikipédia: «La Légende des siècles est un recueil de poèmes de Victor Hugo, conçu comme une immense représentation de l'histoire et de l'évolution de l'humanité, écrite par intermittence entre 1855 et 1876, tandis que Victor Hugo exilé travaillait sur de nombreux autres projets. Des poèmes ont été publiés en trois séries en 1859, 1877 et 1883. Témoin d'un talent poétique inégalé dans lequel tout l'art de Hugo est évident, la Légende des Siècles est souvent considérée comme la seule véritable épopée française et, selon la formulation de Baudelaire, la seule Épopée moderne possible Le poète rêveur contemple le «mur des siècles», indistinct et terrible, sur lequel sont dessinées des scènes du passé, du présent et du futur, et où l'on peut voir toute la longue procession de l'humanité. de ces scènes, fugitivement perçu et entrecoupé de visions terrifiantes.Hugo ne cherchait ni l'exactitude historique ni l'exhaustivité, il se concentrait plutôt sur des figures obscures, habituelles ses propres inventions, qui incarnaient et symbolisaient leurs époques. En se proclamant dans la préface de la première série, «c'est de l'histoire, espionnée à la porte de la légende». Les poèmes, tour à tour lyriques, épiques et satiriques, forment une vision de l'expérience humaine, cherchant moins à résumer qu'à illustrer l'histoire de l'humanité, et à témoigner de son long voyage des ténèbres à la lumière. Wikipedia: 'Victor-Marie Hugo (26 février 1802 - 22 mai 1885) était un poète, dramaturge, romancier, essayiste, artiste visuel, homme d'État, activiste des droits de l'homme et représentant du mouvement romantique en France. En France, la renommée littéraire de Hugo vient d'abord de sa poésie, mais repose aussi sur ses romans et ses réalisations dramatiques. '

SULTAN MOURAD


 

I

 

  Mourad, fils du sultan Bajazet, fut un homme

  Glorieux, plus qu'aucun des Tibères de Rome;

  Dans son sérail veillaient les lions accroupis,

  Et Mourad en couvrit de meurtres les tapis;

  On y voyait blanchir des os entre les dalles;

  Un long fleuve de sang de dessous ses sandales

  Sortait, et s'épandait sur la terre, inondant

  L'orient, et fumant dans l'ombre à l'occident;

  Il fit un tel carnage avec son cimeterre

  Que son cheval semblait au monde une panthère;

  Sous lui Smyrne et Tunis, qui regretta ses beys,

  Furent comme des corps qui pendent aux gibets;

  Il fut sublime; il prit, mêlant la force aux ruses,

  Le Caucase aux Kirghis et le Liban aux Druses;

  Il fit, après l'assaut, pendre les magistrats

  D'Éphèse, et rouer vifs les prêtres de Patras;

  Grâce à Mourad, suivi des victoires rampantes,

  Le vautour essuyait son bec fauve aux charpentes

  Du temple de Thésée encor pleines de clous;

  Grâce à lui, l'on voyait dans Athènes des loups,

  Et la ronce couvrait de sa verte tunique

  Tous ces vieux pans de murs écroulés, Salonique,

  Corinthe, Argos, Varna, Tyr, Didymothicos,

  Où l'on n'entendait plus parler que les échos;

  Mourad fut saint; il fit étrangler ses huit frères;

  Comme les deux derniers, petits, cherchaient leurs mères

  Et s'enfuyaient, avant de les faire mourir

  Tout autour de la chambre il les laissa courir;

  Mourad, parmi la foule invitée à ses fêtes,

  Passait, le cangiar à la main, et les têtes

  S'envolaient de son sabre ainsi que des oiseaux;

  Mourad, qui ruina Delphe, Ancyre et Naxos,

  Comme on cueille un fruit mûr tuait une province;

  Il anéantissait le peuple avec le prince,

  Les temples et les dieux, les rois et les donjons;

  L'eau n'a pas plus d'essaims d'insectes dans ses joncs

  Qu'il n'avait de rois et de spectres épiques

  Volant autour de lui dans les forêts de piques;

  Mourad, fils étoilé de sultans triomphants,

  Ouvrit, l'un après l'autre et vivants, douze enfants

  Pour trouver dans leur ventre une pomme volée;

  Mourad fut magnanime; il détruisit Élée,

  Mégare et Famagouste avec l'aide d'Allah;

  Il effaça de terre Agrigente; il brûla

  Fiume et Rhode, voulant avoir des femmes blanches;

  Il fit scier son oncle Achmet entre deux planches

  De cèdre, afin de faire honneur à ce vieillard;

  Mourad fut sage et fort; son père mourut tard,

  Mourad l'aida; ce père avait laissé vingt femmes,

  Filles d'Europe ayant dans leurs regards des âmes,

  Ou filles de Tiflis au sein blanc, au teint clair;

  Sultan Mourad jeta ces femmes à la mer

  Dans des sacs convulsifs que la houle profonde

  Emporta, se tordant confusément dans l'onde;

  Mourad les fit noyer toutes; ce fut sa loi.

 

         *       *       *       *   &