: Marie Trolliet
: Un vieux pays
: Booklassic
: 9789635268351
: 1
: CHF 0.10
:
: Erzählende Literatur
: French
: 82
: kein Kopierschutz
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB

8 chroniques qui ont pour cadre Zermatt, Savieze, Vercorin, Chermignon, le val d'Anniviers et le Lötschental. Marie Troillet y décrit les coutumes ancestrales, les légendes, les traditions et les pratiques religieuses.

Fichier publié sans les llustrations d'Édouard John Ravel.

À ZERMATT


Avant que la voie ferrée ait jeté ses rails tout le long de la Viège, j’ai bonne envie de prendre les devants et, en dépit du hâle et des ondées, de refaire avec vous une course que je fis il y a trois ans. Bientôt ils seront rares les touristes qui, pour aller à Zermatt, voudront encore comme nous du plancher des vaches.

C’est que, voyez-vous, les vieux sont des vieux. Ils voyagent pour voir, et aussi pour observer ; si bien que la perspective d’être transportés à grande vitesse, et, pour dire le fin mot, jetés sans façon et tout d’une pièce, ni plus ni moins qu’un colis, au pied du mont Cervin : cela, dis-je, leur entre difficilement dans l’esprit.

Nous autres, gens sur le retour, et grimpeurs endurcis, nous qui avons pratiqué pendant un demi-siècle, si ce n’est plus, les sentiers de chèvres et les chemins en dévaloir, nous ne pourrons jamais nous faire à l’idée qu’on puisse arriver aux glaciers en chemin de fer et en souliers vernis ; et l’on aura beau dire, mais dans les montagnes nous croirons toujours qu’il y a des distances et que les lieues se comptent par heures.

Pardonnez si je fais erreur. Dans notre temps, – le vieux – on ne comptait point autrement.

 

Or cette année-là, – c’était en 1884, – juin, le mois couronné de roses, s’était montré grincheux. Toujours froid, menaçant ou morose, à son début il avait eu pour nous des rigueurs sans pareilles. Sur les sommets la neige, plus bas, sur les prés fleuris, la gelée. On grelottait sur les hauteurs, dans la plaine, et partout. Les paysans regardaient le ciel d’un air consterné, et parmi eux les vieillards disaient que dans leur jeunesse, les choses ne se passaient point ainsi : alors, les saisons défilaient d’une manière normale, chacune à son heure. Après l’hiver venait le printemps, après le printemps, l’été ; le froid et la chaleur au temps que leur assigne le calendrier et sans jamais empiéter sur les droits du voisin. Mais cette année, bonté divine ! si ce n’était pas la fin du monde, c’était au moins le monde renversé ! Chauffer le poêle et porter les vêtements d’hiver au mois de juin, cela ne