J’avais si fortement appliqué mon regard
à calmer cette soif vieille de dix années[332],
que tous les autres sens m’avaient abandonné ;
outre que mes yeux même avaient des deux côtés
des murs de nonchaloir, tant ce sourire saint
les retenait lui seul dans ses rets de jadis ;
quand mon regard se vit tourné par ces déesses
soudain du côté gauche, et presque par la force,
quand je les entendis dire : « Tu fixes trop ! »
Et la difficulté de voir clair, qui persiste
après que le soleil nous donne dans les yeux,
fit que pour un instant je restai sans rien voir.
Mais l’œil s’habituant avec moins de lumière
(je dis « moins », seulement par rapport à l’éclat
suprême dont je fus séparé par la force),
je vis le groupe heureux qui venait d’esquisser
un demi-tour à droite et qui se retournait,
faisant face au soleil et aux sept candélabres.
Comme sous les pavois qui lui font un rempart
tourne le bataillon avec son étendard,
avant que tous les rangs puissent changer de front,
de même ces soldats du royaume céleste
qui venaient les premiers passèrent devant nous,
avant que le timon du char tournât à gauche.
Les dames furent lors se placer près des roues
et le griffon tira la charge bienheureuse,
sans qu’un seul mouvement fît frissonner ses plumes.
Celle qui m’avait fait traverser la rivière,
jointe à Stace et à moi, nous suivîmes la roue
qui traçait, en tournant, le petit arc de cercle.
Traversant le haut bois déserté par la faute
de la femme qui fut trop crédule au serpent,
d’angéliques concerts nous mesuraient les pas.
Une flèche en