Allons au fond, et dans ces profils d’un autre âge, prenons ce qu’il y a de plus vieux, les légendes.
Filles des hauteurs et de la solitude, écloses le plus souvent au bord des glaciers, en ces temps reculés où, sans relations suivies avec le dehors, le Valais demeurait pour ses voisins un livre fermé, elles nous font saisir les traits les plus caractéristiques de ce génie de la montagne que chaque jour maintenant éloigne davantage de nous.
Ici les légendes furent légion. Durant le cours des siècles, à l’abri derrière les remparts naturels, fossés et bastions, que leur faisaient les hauts monts, elles y germèrent et foisonnèrent à l’aise. Mais aujourd’hui que, refoulées dans leurs derniers retranchements par le souffle montant de l’esprit moderne, le plus grand nombre en est perdu, les autres déflorées ou éparpillées ça et là ; à l’égal de certaines plantes alpestres curieuses et rares, on ne les retrouve guère que dans quelques endroits écartés et obscurs, où il devient de plus en plus malaisé de les recueillir.
Néanmoins, nous ne nous sommes pas laissés rebuter par les difficultés de cette tâche, et profitant de la dernière heure, avant que le sifflet des locomotives ait mis en fuite les derniers follatons, avant que les kobolds [7] aient déserté les sommets rocheux, et pendant que les nains et les fantômes hantent toujours les masures et les vieux mayens – glanant tout ce qui était à notre portée, – rameaux bénits, épis perdus, fleurs desséchées, – nous en avons composé une gerbe pour l’instruction et le délassement de ceux qui gardent le culte du passé, et prennent plaisir aux récifs de ces temps anciens « où l’esprit était encore naïf et le cœur innocent. »
Mais en présentant le résultat de nos recherches au public, il nous appartient de payer un tribut de reconnaissance à la mémoire du patient collectionneur des Walliser Sagen, M. le curé Tscheinen, à Grächen, pour l’autorisation gracieusement accordée peu de temps avant sa mort, de détacher de son ouvrage pour la donner ici telle ou telle légende qu’il nous conviendrait de traduire en français, – car pour ce qui est des traditions fictives de la partie allemande du pays, c’est au soin qu’il a pris de réunir ces récits naïfs que nous sommes en mesure d’offrir à nos lecteurs les derniers lambeaux de la mythologie Haut Valaisanne.
La plupart de ces légendes reposent sur une donnée morale et portent le reflet des préoccupations populaires. Trois points significatifs s’en détachent : 1°la ferme croyance à un lieu de purification pour les pauvres âmes ; 2°la nécessité d’expier les fautes où entraîne la passion de la danse ; 3°la malédiction qui retombe sur ceux qui négligent d’exercer la charité.
Ceci veut une explication.
Autrefois une croyance, t