L’âme tout entière de Luisa était passée dans ses yeux, et ses yeux étaient fixés sur ceux de Salvato, qui, reconnaissant la jeune femme dans celle qui lui donnait des soins, revenait à lui avec un sourire.
Il rouvrit complétement les yeux et murmura :
– Oh ! mourir ainsi !
– Oh ! non, non ! pas mourir ! s’écria Luisa.
– Je sais bien qu’il vaudrait mieux vivre ainsi, continua Salvato ; mais…
Il poussa un soupir dont le souffle fit frémir les cheveux de la jeune femme et passa sur son visage comme l’haleine brûlante du sirocco.
Elle secoua la tête, sans doute pour écarter le fluide magnétique dont l’avait enveloppée ce soupir de flamme, reposa la tête du blessé sur l’oreiller, s’assit sur le fauteuil auquel s’appuyait le chevet du lit ; puis, se tournant vers Michele et répondant un peu tardivement peut-être à sa question :
– Non, je n’ai plus besoin de toi, dit-elle, heureusement ; mais entre toujours, et vois comme notre malade va bien.
Michele s’approcha sur la pointe du pied, comme s’il eût eu peur d’éveiller un homme endormi.
– Le fait est qu’il a meilleur mine que lorsque nous l’avons quitté, la vieille Nanno et moi.
– Mon ami, dit la San-Felice au blessé, c’est le jeune homme qui, dans la nuit où vous avez failli être assassiné, nous a aidés à vous porter secours.
– Oh ! je le reconnais, dit Salvato en souriant ; c’est lui qui pilait les herbes que cette femme que je n’ai pas revue appliquait sur ma blessure.
– Il est revenu depuis pour vous voir, car, comme nous tous, il prend un grand intérêt à vous ; seulement, on ne l’a point laissé entrer.
– Oh ! mais je ne me suis point fâché de cela, dit Michele ; je ne suis pas susceptible, moi.
Salvato sourit et lui tendit la main.
Michele prit la main que Salvato lui tendait et la regarda en la retenant dans les siennes.
– Vois donc, petite sœur, dit-il, on dirait une main de femme ; et quand on pense que c’est avec cette petite main-là qu’il a donné le fameux coup de sabre au beccaïo ; car vous lui avez donné un fameux coup de sabre, allez !
Salvato sourit.
Michele regarda autour de lui.
– Que cherches-tu ? demanda Luisa.
– Je cherche le sabre, maintenant que j’ai vu la main ; ce doit être une fière arme.
– Il t’en faudrait un comme celui-là quand tu seras colonel, n’est-ce pas, Michele ? dit en riant Luisa.
– M. Michele sera colonel ? demanda Salvato.
– Oh ! ça ne peut plus me manquer maintenant, répondit le lazzarone.
– Et comment cela ne peut-il plus te manquer ? demanda Luisa.
– Non, puisque la chose m’a été prédite par la vieille Nanno, et que tout ce qu’elle t’a prédit, à toi, se réalise.
– Michele ! fit la jeune femme.
– Voyons : ne t’a-t-elle pas prédit qu’un beau jeune homme qui descendait du Pausilippe courait un grand danger, qu’il était menacé par six hommes, et que ce serait un grand bonheur pour toi s’il était tué par ces six hommes, attendu que tu devais l’aimer et que cet amour serait cause de ta mort ?
– Michele ! Miche