: Rudyard Kipling
: Capitaines courageux
: Booklassic
: 9789635249367
: 1
: CHF 0.80
:
: Erzählende Literatur
: French
: 113
: kein Kopierschutz
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB

À quinze ans, Harvey Cheyne possède au suprême degré le don de se rendre antipathique. Les passagers du paquebot sur lequel a pris place ce fils d'un multi-millionnaire américain sont unanimes à lui reprocher son insolence prétentieuse. Harvey tombe par-dessus le bastingage. Est-ce pour lui la fin? Non, c'est le commencement de l'existence. Les hommes du We're Here, géolette britannique que commande le rude, mais bienveillant Disko Troop, se chargent de lui apprendre à vivre, au cours d'une campagne de pêche mouvementée.
Capitaines courageux est un roman d'apprentissage dont le didactisme serait irritant s'il n'était tempéré par la délicatesse qui préside aux portraits des personnages. Auprès des marins duSommes-Ici, Harvey, jeune blanc-bec vaniteux, apprend le sens de la discipline, du mérite et du courage. Les marins ne défient pas les éléments, ils les subissent avec dignité. Des événements tragiques, tels que la folie de Pen ou la mort des marins broyés par des steamers, rappellent à l'homme sa condition de mortel. À bord duSommes-Ici, le courage ne se mesure pas à l'aune de conquêtes techniques ou guerrières. L'aventure peut se passer d'intrigues compliquées.

II


– Je vous avais averti, dit Dan, pendant que les gouttes se succédaient lourdes et pressées sur le plancher sombre, passé à l’huile. Papa n’est pas le moins du monde emporté, mais vous l’avez joliment mérité. Bah ! est-ce qu’il y a du bon sens à prendre les choses comme ça ? (Les épaules de Harvey allaient et venaient dans des spasmes de sanglots sans larmes.) Je connais cet effet-là. La première fois que papa me corrigea, ce fut aussi la dernière – c’était à ma première campagne. On se sent tout chose et tout abandonné. Je connais ça.

– Oh ! oui, gémit Harvey. Cet homme a perdu la tête ou il est ivre, et – et je ne peux rien faire.

– Ne dites pas ça de papa, dit Dan tout bas. Il est l’ennemi de toute espèce d’alcool, et – eh bien ! oui, il m’a dit que c’était vous le toqué. Qu’est-ce qui au monde a bien pu vous le faire traiter de voleur ? C’est mon père.

Harvey s’assit sur son séant, s’essuya le nez, et raconta l’histoire de la liasse de billets manquante.

– Je ne suis pas fou, dit-il en terminant. Seulement – votre père n’a jamais vu plus d’un billet de cinq dollars à la fois, et mon père, à moi, pourrait, une fois la semaine, sans en manquer une, acheter ce bateau sans marchander.

– Vous ne savez pas ce que vaut leSommes Ici. Votre père doit en avoir une pile d’argent. Comment l’a-t-il gagné ? Papa prétend que les fous ne sont pas fichus de mettre de la suite dans leurs histoires. Allons, vas-y.

– Dans les mines d’or et autres choses, dans l’Ouest.

– J’ai lu de ces machines-là. Et là-bas dans l’Ouest ? Voyage-t-il armé d’un pistolet sur un poney dressé, comme au cirque ? On appelle ça l’Ouest Sauvage, et j’ai entendu dire que leurs éperons et leurs brides étaient en argent massif.

– Vous n’êtes qu’une cruche, dit Harvey, amusé malgré lui. Mon père n’a nul besoin de poneys. Quand il veut se déplacer, il prend son wagon.

 

– Comment ? Un « lobster-car »[3].

– Non. Son propre wagon privé, naturellement. Vous n’avez jamais de votre vie vu un wagon privé ?

– Slatin Beeman en a un, dit Dan avec circonspection. Je l’ai vu au Dépôt de l’Union, à Boston, avec trois nègres en train de le gratter. (Dan voulait dire en train de nettoyer les glaces.) Mais Slatin Beeman possède presque tous les chemins de fer de Long Island, à ce qu’on dit ; et on prétend qu’il a acheté presque la moitié de New Hampshire et fait courir autour une ligne de défense, et qu’il l’a remplie de lions, de tigres, d’ours, de buffles, de crocodiles, et de toutes sortes de bêtes pareilles. Slatin Beeman, c’est un millionnaire. Je l’ai vu, son wagon. Oui ?

– Eh bien ! mon père est ce qu’on appelle un multimillionnaire ; et il a deux wagons privés. L’un s’appelle, à cause de moi, le « Harvey », et l’autre à cause de ma mère, le « Constance ».

– Jurez-le. Papa ne me laisserait