Au milieu d’une clairière formée par des bouleaux chauves de vieillesse, s’élevait le rez-de-chaussée d’un de ces châteaux en ruines que les seigneurs féodaux semèrent jadis dans l’Europe au retour des croisades.
Les porches sculptés de fins ornements, et dont chaque cavité, au lieu de la statue, mutilée et précipitée au pied de la muraille, recelait une touffe de bruyères ou de fleurs sauvages, découpaient sur un ciel blafard leurs ogives dentelées par les éboulements.
Le voyageur, en ouvrant les yeux, se trouva devant les marches humides et moussues du portique principal : sur la première de ces marches se tenait debout le fantôme à la main osseuse qui l’avait amené jusque-là.
Un long suaire l’enveloppait de la tête au pied ; sous les plis du linceul, ses orbites sans regard étincelaient, sa main décharnée était étendue vers l’intérieur des ruines, et semblait indiquer au voyageur, comme terme de sa route, une salle dont l’élévation au-dessus du sol cachait les parties inférieures, mais aux voûtes effondrées de laquelle on voyait trembler une lumière sourde et mystérieuse.
Le voyageur inclina sa tête en signe de consentement. Le fantôme monta lentement un à un et sans bruit les degrés, et s’enfonça dans les ruines ; l’inconnu le suivit du même pas tranquille et solennel sur lequel il avait toujours réglé sa marche, franchit un à un à son tour les degrés qu’avait franchis le fantôme, et entra.
Derrière lui se referma, aussi bruyamment qu’un mur vibrant d’airain, la porte du porche principal.
À l’entrée d’une salle circulaire vide, tendue de noir et éclairée par trois lampes aux reflets verdâtres, le fantôme s’était arrêté.
À dix pas de lui le voyageur s’arrêta à son tour.
– Ouvre les yeux, dit le fantôme.
– J’y vois, répondit l’inconnu.
Tirant alors avec un geste rapide et fier une épée à deux tranchants de son linceul, le fantôme frappa sur une colonne de bronze qui répondit au coup par un mugissement métallique.
Aussitôt et tout autour de la salle des dalles se soulevèrent et des fantômes sans nombre, pareils au premier, apparurent armés chacun d’une épée à double tranchant et prirent place sur des gradins de même forme que la salle où se reflétait particulièrement la lueur verdâtre des trois lampes et où ils semblaient, confondus avec la pierre par leur froideur et leur immobilité, des statues sur leurs piédestaux.
Chacune de ces statues humaines se détachait étrangement sur la draperie noire qui, comme nous l’avons dit, couvrait les murs.
Sept sièges étaient placés en avant du premier degré ; sur ces sièges étaient assis six fantômes qui paraissaient des chefs ; un de ces sièges était vide.
Celui qui était assis sur le siège du milieu se leva.
– Combien sommes-nous ici, mes frères ? demanda-t-il en se tournant du côté de l’assemblée.
– Trois cents, répondirent les fantômes d’une seule et même voix qui tonna dans la salle, puis presque aussitôt alla se briser sur la tenture funéraire des murailles.
– Trois cents, reprit le président, dont chacun représente dix mille associés ; trois cents épées qui valent trois millions de poignards.
Puis se retournant vers le voyageur.
– Que désires-tu ? lui demanda-t-il.
– Voir la lumière, répondit celui-ci.
– Les sentiers qu